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lundi 24 avril 2017
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Reuters, 5 novembre 2004

Côte d’Ivoire : Une colonne militaire gouvernementale arrêtée par l’Onuci


BOUAKE, Côte d’Ivoire (Reuters) - Une colonne des forces armées ivoiriennes se dirigeant du sud vers le nord du pays et tentant de pénétrer en "zone de confiance" a été arrêtée par les forces de l’Onuci, a déclaré, vendredi 5 novembre 2004, la ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie.


L’aviation gouvernementale a bombardé pour la deuxième journée consécutive le Nord ivoirien, tenu par les rebelles. Des officiers des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (Fanci) avaient déclaré, vendredi 5 novembre 2004, qu’une intervention terrestre devrait suivre ces raids aériens pour déloger les insurgés. "Il semble qu’aujourd’hui même il y ait eu une colonne qui a essayé de pénétrer dans la zone, d’aller du sud vers le nord, et qui a été arrêtée par des forces de l’Onuci", a déclaré sur RFI Michèle Alliot-Marie, faisant référence au contingent de maintien de la paix déployé par l’ONU en Côte d’Ivoire. Priée de dire si elle craignait une offensive terrestre des forces gouvernementales ivoiriennes dans les jours à venir, la ministre a par la suite fait état d’"indications" en ce sens.

Trois hélicoptères équipés de lance-roquettes ont ouvert le feu dans le secteur de Bonguera et deux avions Soukhoï-25 ont bombardé la ville de Baoulifla peu après, a fait savoir de son côté le colonel Henry Aussavy, porte-parole du contingent français déployé dans le cadre de l’opération Licorne. Bonguera se trouve à 85 km environ à l’est de Bouaké, le fief des Forces nouvelles, appellation officielle des rebelles ivoiriens, Baoulifla se trouvant à 165 km à l’ouest.

Le colonel Aussavy a également fait état de l’attaque à la roquette, dans l’après-midi, d’un point de contrôle de Séguéla, à l’ouest de Bouaké, par deux Soukhoï-25. Un commandant de la rébellion a affirmé que Vavoua, près de Baoulifla, avait elle aussi été bombardée vendredi. "Il y a de nombreux morts parmi la population civile", a ajouté Zacharia Koné, commandant local de la rébellion.

"Nous devons contre-attaquer"

La veille, l’armée ivoirienne avait bombardé Bouaké et Korhogo, dans la partie nord du pays que la rébellion tient depuis le coup d’Etat manqué de septembre 2002.

Chérif Ousmane, un commandant des forces rebelles, a déclaré que trois civils maliens avaient été tués dans les frappes de jeudi 4 novembre 2004. "On est très pressés de faire la bataille. Il n’y a pas de choix à faire, nous devons attaquer", a-t-il déclaré à Reuters, qui l’a contacté par téléphone à Bouaké. "On peut pas rester là éternellement à regarder les avions nous bombarder."

Ces bombardements marquent les premières hostilités majeures depuis la trêve signée en mai 2003, faisant craindre que la Côte d’Ivoire ne bascule de nouveau dans la guerre civile.

Toute la nuit, des camions transportant des soldats et des munitions ont circulé à Yamoussoukro, la capitale administrative, située à une centaine de kilomètres au sud de Bouaké. Des soldats marocains de l’Onuci, la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire, ont bloqué la route reliant Yamoussoukro et Bouaké au niveau de Tiébissou.

Abidjan n’a pas été épargnée. Dans la nuit, des partisans du président Gbagbo ont attaqué les sièges de deux partis d’opposition, le Rassemblement des républicains (RDR), la formation de l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara empêché de se présenter à la magistrature surprême pour "ivoirité" douteuse, et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), l’ancien parti unique de l’ex-président Henri Konan Bédié.

L’essentiel des 10000 casques bleus et soldats français de l’opération Licorne sont déployés le long de la "ligne de confiance" pour veiller au respect des accords de cessez-le-feu.

Mais ce regain de tension fait craindre un basculement dans la guerre civile, enrayée par le déploiement de soldats français et par les accords de Linas-Marcoussis signés sous la férule de la France en janvier 2003.

Michèle Alliot-Marie évoque d’éventuelles sanctions

A New York, Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU, s’est dit très préoccupé, jeudi 4 novembre 2004 au soir, et à rappelé toutes les parties à leurs responsabilités "pour garantir la sécurité des populations civiles, du personnel de l’ONU et des expatriés".

En France, le Quai d’Orsay, "extrêmement préoccupé" lui aussi, a appelé, dès jeudi 4 novembre 2004, toutes les parties ivoiriennes "à ne pas céder à la logique du pire". Quelque 4500 soldats français sont déployés en Côte d’Ivoire dans le cadre de l’opération "Licorne".

Michèle Alliot-Marie a précisé qu’une "réflexion" devrait "déboucher bientôt sur des décisions concernant les moyens et le cadre juridique de l’intervention des forces de l’Onuci pour un mandat plus robuste".

La ministre n’a pas exclu le déploiement de forces d’interposition "notamment s’il y avait un certain nombre de tentatives terrestres", et a de nouveau condamné "totalement" les bombardements effectués par l’aviation gouvernementale. "Les chefs d’Etat (...) de la région sont extrêmement préoccupés et extrêmement mécontents que des accords qui ont été pris devant eux, qui ont été signés devant eux et avec eux ne soient pas respectés", a ajouté la ministre de la Défense, précisant que des sanctions étaient "envisagées".

Alors que le président Gbagbo affirmait, le 19 octobre 2004, dans Le Figaro, que l’option militaire n’était pas "dans (ses) plans", des observateurs redoutent qu’une guerre civile en Côte d’Ivoire, premier pays producteur mondial de cacao et "poumon économique" de la région, ne déstabilise tous ses voisins.

Le président nigérian Olusegun Obasanjo a décidé de tenir, samedi 6 novembre 2004, dans sa ferme du sud-ouest du pays, une réunion d’urgence sur ce dossier avec des responsables de l’Union africaine, dont son président, l’ancien chef d’Etat malien Alpha Oumar Konaré. Le porte-parole d’Olusegun Obasanjo a précisé que celui-ci était "profondément préoccupé" par la reprise des combats en Côte d’Ivoire, et qu’il s’en était entretenu, vendredi 5 novembre 2004, avec le président américain George Bush.

Abdoul KADER

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