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AFP, 7 novembre 2004

Côte d’Ivoire : Une nuit d’enfer pour les Français d’Abidjan


ABIDJAN (AFP) - Les Français ont vécu une nuit d’enfer à Abidjan où des dizaines de milliers de manifestants étaient descendus dans la rue pour clamer leur "haine" de la France.


Perchés sur les toits, parfois barricadés, assistant impuissants au pillage et à l’incendie de leurs maisons ou de leurs immeubles par des manifestants chauffés à blancs par des responsables de mouvements proches du président Laurent Gbagbo, nombre d’Européens ont passé des heures plus que difficiles. Plus de cent cinquante Français ont d’ailleurs été exfiltrés par les militaires français, pour être placés à l’abri, au 43ème BIMA, la base militaire française d’Abidjan.

D’autres se regroupaient pour assurer eux-mêmes leur sécurité face aux pillages perpétrés dans les quartiers résidentiels de la "zone 4" et de Biétry, près du port, particulièrement visés. "Beaucoup de Français ont évacué leurs maisons. Ils se sont regroupés et sont armés jusqu’aux dents" a déclaré un Français à l’AFP.

Un autre, joint par la radio RMC, qui a trouvé refuge dans les locaux d’une société de gardiennage en compagnie d’une cinquantaine de compatriotes, a expliqué disposer au total de cinq pistolets et d’une carabine. "Des centaines de milliers de gens sont en train de tout casser, de tirer en l’air. Alors on tire des sommations pour essayer de les impressionner, mais ils sont là, ils attendent. On va pas tenir", a-t-il raconté en espérant la venue de l’armée française : "Il faut qu’ils fassent quelque chose ; il y a des enfants, on n’a rien à manger, rien à boire. C’est l’horreur".

Les scènes de pillage se sont multipliées, rappelant les sombres heures déjà traversées, en janvier 2003, après la signature des Accords de paix Marcoussis (région parisienne) censés mettre fin à la crise, quand la communauté française avait été prise pour cible.

Une entreprise qui emploie 28 expatriés à fait état de six attaques contre les domiciles de ces derniers, dans la nuit de samedi 6 novembre à dimanche 7 novembre 2004. "Une famille a été encerclée avec son bébé. Les pillages ont commencé, mais la police ivoirienne est intervenue et les a exfiltrés vers un lieu sûr", explique le responsable de l’entreprise. "Un peu plus tard, une de nos cadres a été attaquée dans son immeuble de la zone 4 (près du port). Elle a été dévalisée et foutue dehors en petite tenue. On lui a tout volé, ses vêtements, son électroménager. Elle n’a même plus de chaussures", a-t-il ajouté.

"La ville a été livrée en pâture aux pilleurs qui s’en sont donnés à coeur joie. Ces jeunes sont disciplinés dans leur anarchie, car ils n’ont blessé personne. Ils n’ont pas créé de situation dramatique", constate le responsable d’une entreprise.

Des dizaines de milliers de manifestants et de pillards s’étaient rassemblés dans l’idée de "reprendre" l’aéroport international d’Abidjan, où des combats avaient opposé, samedi 6 novembre, en fin d’après-midi, des militaires ivoiriens et français. Toujours fermé, l’aéroport restait, dimanche 7 novembre 2004 au matin, sous contrôle français.

Les manifestants criaient leur colère contre l’armée française, qui a anéanti l’intégralité des petits moyens aériens de la Côte d’Ivoire, en riposte à la mort de neuf de ses soldats (et de 22 blessés), dans le bombardement, par l’armée ivoirienne, de leur camp à Bouaké, au centre du pays.

Mais à plusieurs reprises, l’armée ivoirienne est intervenue pour assurer la sécurité des Français : "Un militaire ivoirien a conduit le 4x4 de ma belle-soeur, dont l’appartement était en train d’être pillé (...) pour la mettre en sécurité avec son mari et leur enfant de 6 ans", témoigne un Français de la zone 4.

Dimanche 7 novembre 2004 au matin, les pillards refluaient vers leurs quartiers, avec des baluchons de vêtements, des imprimantes voire même des frigos. Le partage des gains a parfois été l’objet de rixes, comme a pu le constater l’AFP.

Agence France Presse

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