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mercredi 29 mars 2017
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AFP, AP, 10 novembre 2004

Côte d’Ivoire : Washington soutient sans réserve Paris dans la crise


WASHINGTON (AFP) - Les Etats-Unis ont directement mis en cause, mardi 9 novembre 2004, le gouvernement ivoirien, dans les violences survenues au cours des derniers jours en Côte d’Ivoire, à l’encontre de Français, affichant un soutien sans réserve à la France dans sa gestion de la crise.


La Maison Blanche a appelé, mardi 9 novembre 2004, le président ivoirien, Laurent Gbagbo, à faire "immédiatement cesser toute forme de violence autorisée par le gouvernement" ivoirien. "Nous condamnons fermement les attaques aériennes commises par les militaires ivoiriens", a déclaré le porte-parole de la présidence américaine Scott McClellan lors d’un point de presse. "Les Etats-Unis continuent d’appeler le président ivoirien à mettre fin immédiatement à toute forme de violence autorisée par le gouvernement ivoirien contre des citoyens de Côte d’Ivoire et les forces de maintien de la paix envoyées par les Nations Unies" dans ce pays, a-t-il ajouté.

Cette déclaration au plus haut niveau survient après un soutien appuyé -et plutôt rare depuis l’invasion de l’Irak en 2003- des militaires américains à la décision du président français, Jacques Chirac, de détruire des avions et hélicoptères ivoriens, après la mort, le 6 novembre 2004, de 9 militaires français.

"Les Français ont agi exactement comme il fallait : ils ont détruit ces avions", a déclaré, mardi 9 novembre 2004, le général américain Charles Wald, commandant adjoint des forces aériennes américaines en Europe et en Afrique. "Ils ont bombardé deux de leurs avions Sukhoï et en ont endommagé deux, et ils ont détruit six hélicoptères, ce qui est exactement ce qu’il fallait faire", a-t-il ajouté. Selon ce haut responsable militaire, le gouvernement ivoirien a commis une "erreur stupide" en autorisant le bombardement des troupes françaises, par des avions, a-t-il précisé, piloté par des mercenaires venant du Belarus. Un Américain est également mort lors de ce bombardement. De son côté, Abidjan a affirmé que l’attaque des Français n’avait pas été intentionnelle.

Lundi 8 novembre 2004, le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, avait déjà apporté un soutien très appuyé à la France dans la crise ivoirienne. Le département d’Etat s’était félicité, dans la journée, de la décision "nécessaire" de la France de détruire l’aviation ivoirienne. Les Etats-Unis poursuivent leurs efforts "pour aider les Nations Unies et nos amis français en Côte d’Ivoire", a souligné Colin Powell, devant des journalistes, lors d’un voyage vers le Mexique. Il a précisé avoir passé "la plupart de son week-end" sur le dossier de la Côte d’Ivoire, "parlant au président Gbagbo et au ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier".

L’appui des Etats-Unis à la France se reflète aussi au Conseil de sécurité de l’ONU, où Paris cherche à faire voter une résolution dure à l’égard de la Côte d’Ivoire, prévoyant des sanctions contre ce pays, notamment un embargo sur les armes, et une interdiction de voyager pour ceux qui menacent la paix et la réconciliation. Si les discussions pour résoudre la crise menées par le président sud-africain Thabo Mbeki "ne produisaient par les effets attendus, le Conseil de sécurité pourrait envisager des actions supplémentaires", a fait valoir, mardi 9 novembre 2004, Scott McClellan.

La semaine dernière, le président Gbagbo, dans sa lettre félicitant George W. Bush pour sa réélection à la Maison Blanche, s’était déclaré "convaincu qu’au cours de son deuxième mandat, les liens de coopération qui unissent la Côte d’Ivoire et les Etats-Unis allaient se raffermir davantage pour le plus grand bien des deux peuples ivoirien et américain".

Sur l’aéroport d’Abidjan, évacuation des premiers civils français

ABIDJAN (AFP) - L’air fatigué et calme à la fois, comme après une grande tempête, un couple franco-africain, assis sur un chariot à bagages au bord du tarmac de l’aéroport d’Abidjan, attend d’être évacué par l’armée française. "Ca fait 14 ans que je vivais ici. On a eu de la chance, on a pas été molestés, mais ca suffit. Je pars", raconte Eric, cadre commercial, la quarantaine. "On reviendra peut-être, dit sa compagne d’origine burkinabè, mais, avant, il faudra que Gbagbo (le président ivoirien) ait quitté le pouvoir". Le couple, sans bagages, est entouré d’une poignée d’autres Francais, dont des enfants et une femme, assise, l’air éprouvée, et qui ne parle pas. Autour d’eux quelques petits groupes de soldats français. Certains viennent d’arriver de Paris en début de soirée, avec un gros frêt de munitions, d’autres s’occupent des personnes à évacuer.

Quelques Casques bleus africains de l’Onuci (Force des Nations Unies en Côte d’Ivoire) regardent placidement les va-et-vient. Un bus arrive, et une quinzaine de soldats français en descendent, blessés plus ou moins légèrement. L’un d’eux est amené en ambulance sur une civière par des infirmiers de l’armée. Tous vont partir, à une heure non précisée, vers la France. "Je ne sais pas quand on arrivera, mais l’essentiel, c’est de revenir en France", dit, l’air soulagé, l’un des jeunes soldats blessés.

En début de soirée, quelques avions civils ou militaires décollent. L’un d’eux, aux couleurs sud-africaines, ramène vraisemblablement, selon un Casque bleu togolais en faction, le président sud-africain, Thabo Mbeki, venu, mercredi 10 novembre 2004, à Abidjan, discuter avec les autorités au nom de l’Union africain (UA). Un autre avion de la République ghanéenne est également reparti presque en même temps. L’armée française tient bien l’aéroport, sans aucune présence des Forces armées ivoiriennes (Fanci).

En bout de piste, un Transall français est stationné avec son fuselage troué par un tir de roquette, selon un lieutenant français, au moment des affrontements, samedi 6 novembre 2004, entre armée française et Fanci, pour le contrôle de l’aéroport.

Dans la lourde chaleur abidjanaise, la nuit tombe sur l’aéroport, toujours fermé au trafic civil. Un C130-Hercules en provenance de Libreville atterrit, avec 15 tonnes de matériel, dont des munitions. Deux Transall lui succèdent.

Dans un bus de militaires français attendant de partir vers le camp du 43ème Bima (Bataillon d’infanterie de marine), la radio nationale ivoirienne diffuse des appels au calme. "Si vous voyez des gens qui veulent piller et commettre l’irréparable, dénoncez-les", dit une commentatrice.

Mais des informations indiquaient que l’Hôtel Ivoire, dans le quartier résidentiel de Cocody, était en train d’être pillé, après des heurts entre l’armée française et des manifestants, partisans du président Gbagbo.

Agence France Presse

Pas d’ordre d’évacuation, selon le Quai d’Orsay

PARIS (AP) - Aucun ordre d’évacuation n’a été donné par la France à ses ressortissants en Côte d’Ivoire, a indiqué, mercredi 10 novembre 2004, une porte-parole du Quai d’Orsay, dans une mise au point relative aux informations provenant de sources diplomatiques à Abidjan. "Il n’y a pas un ordre d’évacuation", a assuré Cécile Pozzo di Borgo à l’Associated Press. "Il s’agit d’assistance, de mettre des moyens à disposition à ceux qui le souhaitent." Il s’agit, a-t-elle ajouté, d’"aider nos compatriotes, ceux qui n’ont pas de moyens et qui sont en danger, à quitter le pays". Ils pourront ainsi "se rendre en France éventuellement, s’ils le souhaitent".

De sources diplomatiques, dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire, on précise, mercredi 10 novembre 2004, que la France et les Nations Unies ont commencé l’évacuation de Côte d’Ivoire de milliers de ressortissants français et étrangers et de personnel de l’ONU, après des jours de violences anti-françaises.

On ajoute de mêmes sources que la France doit, à elle seule, évacuer entre 4000 et 8000 ressortissants, soit virtuellement la majorité des 14000 Français vivant dans cette ancienne colonie. Ces rapatriements se font sur la base du volontariat.

Associated Press

Soulagés ou tristes, des centaines de Français quittent la Côte d’Ivoire

ABIDJAN (AFP) - Soulagés ou tristes, souvent les deux, des centaines de Français de Côte d’Ivoire, réfugiés au camp du 43ème Bataillon d’infanterie de marine (BIMa) d’Abidjan, s’enregistrent sur les premiers vols qui quitteront, mercredi 10 novembre 2004, la capitale ivoirienne, en direction de Paris.

Dans la queue patientent calmement une majorité d’enfants et de femmes. Nombre d’entre elles laissent ici leur mari, qui reste par obligation professionnelle ou dans le vague espoir de sauver une entreprise ou quelques biens.

Rachel, 28 ans, retourne en Moselle (est de la France). Arrivée courant 2002 en Côte d’Ivoire, sa première expatriation, elle n’en aura quasiment connu que ses crises, la violence, la peur, le stress et sait qu’elle n’y reviendra pas. "Pour moi, la Côte d’Ivoire c’est fini. Pour nous, il n’y a plus rien à faire ici", explique-t-elle. Elle part seule avec ses deux enfants de trois et cinq ans, son mari étant bloqué à Bouaké, le fief des rebelles dans le centre du pays, où il travaillait. "J’ai tout laissé, je n’ai pris que quelques affaires", dit-elle. Comme elle, les Français sur le départ transportent peu de valises.

Les violences de ces derniers jours l’ont définitivement dégoûtée de la Côte d’Ivoire. "C’était horrible, surtout lundi" 7 novembre 2004, raconte Rachel qui a eu "très peur" après que les jeunes patriotes, comme se nomment eux-mêmes les jeunes miliciens partisans du président ivoirien Laurent Gbagbo, furent entrés dans la concession du quartier Riviera 3 où elle habitait. "Tout le monde est choqué, surtout les enfants", poursuit la jeune femme qui a été secourue par les soldats français en compagnie de compatriotes avec qui elle s’était regroupée.

Deux vols emporteront au total 780 personnes, mercredi 10 novembre 2004, à Paris. La plupart ont de la famille ou des amis en France, prêts à les héberger.

Michel, Français de père ivoirien, lui, ne sait pas où il ira une fois arrivé. A 52 ans, dont 20 passés en Côte d’Ivoire, il part avec son épouse Solange, Ivoirienne et deux de leurs enfants. Installés à Man, ils avaient déjà tout perdu fin 2002, lors des pillages, après les affrontements entre rebelles et forces gouvernementales dans cette ville du grand ouest ivoirien. A Abidjan, où il vivait depuis deux ans, les manifestants "ne pouvaient pas piller grand chose, on n’avait déjà plus rien", ironise-t-il amèrement. Mais "les menaces verbales" récentes et la peur ont pris le dessus. Revenir un jour ? "Je vais voir, je n’ai plus 20 ans. L’éternel recommencement c’est lassant", dit-il.

Morgane, 18 ans, a elle toujours vécu en Côte d’Ivoire, où elle est née. Au milieu de ses camarades du lycée Jean Mermoz, incendié et saccagé, elle rit beaucoup, mais avoue sa profonde tristesse au moment de quitter le pays, pour toujours pense-t-elle. La boulangerie familiale, déjà pillée en février 2003, a de nouveau été prise pour cible et la famille part presque sans rien.

Plus loin, pendant que son compagnon remplit les formalités, Stéphanie, 34 ans en Côte d’Ivoire, veille sur Mathieu, son bébé de cinq mois. Comme tous les Français réfugiés au Bima, elle a eu très peur. "Le pire, c’est les cris des jeunes qui arrivent, puis le bruit des choses qu’on casse", raconte-t-elle. Sa maison du quartier Biétry a été épargnée grâce à un ami ivoirien aux relations bien placées, mais la maison de son voisin a été entièrement pillée. Venue "par amour" dans le pays il y a 18 mois, elle espère néanmoins revenir. "C’est un beau pays, un pays où il fait bon vivre en temps normal. Et la majorité des Ivoiriens n’ont rien à voir avec les abrutis qui courrent sur le (boulevard) VGE" (Valéry Giscard d’Estaing), souligne Stéphanie en référence aux jeunes auteurs des exactions contre les Francais.

Agence France Presse

La situation est "calme" en Côte d’Ivoire, selon Michèle Alliot-Marie

PARIS (AP) - "Ce matin, la situation est calme sur l’ensemble de la Côte d’Ivoire et Abdijan", a affirmé, mercredi 10 novembre 2004, la ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, à l’issue du Conseil des ministres.

Interrogée sur la sécurité des ressortissants français, Mme Alliot-Marie a répondu : "nous faisons le maximum avec les forces de l’ONU et avec la participation des soldats ivoiriens".

Elle a démenti les accusations selon lesquelles des soldats français auraient tiré sur la foule, mardi 9 novembre 2004, à Abidjan. "C’est absolument faux", a-t-elle déclaré. "Abidjan est un lieu où il y a beaucoup de rumeurs, utilisées pour essayer de monter la foule contre la communauté étrangère", a souligné la ministre.

"Il y a eu des échanges de coups et de tirs entre la foule, les jeunes patriotes et des soldats, militaires ou gendarmes ivoiriens, qui étaient en interposition entre la foule et les blindés français", a-t-elle expliqué. "Des soldats et gendarmes ivoiriens ont été molestés et, à ma connaissance, un gendarme ivoirien a même été tué."

Associated Press

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