retour article original

vendredi 23 juin 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Côte d’Ivoire (1ère partie) : Du 18 février 2004 au 24 décembre (...)
AFP, 11 novembre 2004

Côte d’Ivoire : L’évacuation des occidentaux se poursuit


ABIDJAN (AFP) - La France et plusieurs pays occidentaux ont continué, jeudi 11 novembre 2004, à évacuer leurs ressortissants d’Abidjan fuyant les violences meurtrières qui ont secoué la ville, alors que le régime est toujours confronté à la menace de sanctions internationales.


Après l’évacuation, mercredi 10 novembre, de 900 étrangers, essentiellement Français, un nouvel avion affrété par Paris a quitté, jeudi 11 novembre 2004, l’aéroport d’Abidjan, à la mi-journée, avec environ 270 personnes à bord. Un deuxième avion d’Air France, transportant 500 personnes, devrait quitter Abidjan en fin de journée, ainsi qu’un appareil de l’armée de l’air allemande, avec une vingtaine d’Allemands et d’autres européens.

Une centaine d’Européens ont déjà été évacués à leur demande, jeudi 11 novembre 2004, à bord d’un avion militaire des Pays-Bas, et une centaine de civils américains devaient l’être rapidement par un vol militaire espagnol.

Dans un climat de peur partagé par la communauté des expatriés traumatisés par les derniers événements dans le pays, la radio-télévision publique ivoirienne, étroitement contrôlée par le pouvoir, a cessé, jeudi 11 novembre, ses appels à la mobilisation et contre la présence militaire française. Et les "jeunes patriotes", partisans du président Laurent Gbagbo, ont levé, jeudi 11 novembre 2004 au matin, de nombreux barrages à Abidjan.

Dans les grandes artères de la ville, quelques employés municipaux ont commencé à charger dans un camion-benne les déchets qui débordent des poubelles et à nettoyer les dégâts des derniers jours. Le long du boulevard "VGE", quelques commerces éventrés témoignent des pillages qui ont secoué la ville depuis samedi 6 novembre 2004. De nombreux magasins du secteur, comme la Librairie de France, ont été saccagés : "la ville est méconnaissable", selon un agent municipal.

Dans la matinée, alors que la circulation redevenait fluide dans la capitale économique, quelques Blancs, cloîtrés chez eux depuis samedi 6 novembre 2004, ont été aperçus se déplaçant en voiture.

Profitant de ce début de normalisation, les travailleurs de l’administration se sont détournés des bureaux pour affluer vers les guichets automatiques des banques, formant de longues files d’attente.

Les "patriotes" -souvent drapés dans des drapeaux ivoiriens orange-blanc-vert- n’étaient plus que quelques centaines rassemblés, jeudi 11 novembre, près de la présidence et du siège de la télévision, dans le quartier résidentiel de Cocody, ainsi qu’au siège de la radio dans le quartier du Plateau. Leur leader, Charles Blé Goudé, qui avait ces derniers jours accusé la France de tentative de coup d’Etat, était intervenu à la télévision, jeudi 11 novembre 2004 au matin, pour "demander aux jeunes de quitter les rues", de ne pas s’attaquer aux Français, tout en appelant "à la vigilance".

Les militaires français continuaient de mener des "extractions" d’occidentaux, notamment dans des hôtels, tandis que les forces de sécurité ivoiriennes étaient déployées à tous les points stratégiques de la ville.

Le commandant de la Force Licorne en Côte d’Ivoire, le général Henri Poncet, a confirmé, jeudi 11 novembre 2004, que des femmes avaient été violées pendant les exactions contre les Français de ces derniers jours. "Je confirme les viols (...) Il y a eu des exactions, des tragédies pour un certain nombre de femmes. Je ne commenterai pas plus, par respect", a-t-il déclaré à la presse à Abidjan.

Certains Français, évacués, mercredi 10 novembre 2004 au soir, d’Abidjan vers le Togo, ont fait état de viols de femmes par les "jeunes patriotes", partisans du président ivoirien, Laurent Gbagbo, pendant les pillages de ces derniers jours.

Une source diplomatique a par ailleurs indiqué, jeudi 11 novembre 2004, à l’AFP, n’avoir connaissance d’aucun décès dus aux violences dans la communauté française. Cette source a toutefois fait état de plusieurs blessés ces derniers jours parmi les ressortissants français dont certains ont reçu des coups de machette.

A Pretoria, où devait débuter dans la soirée des entretiens entre le président sud-africain, Thabo Mbeki, médiateur de l’Union africaine, et des membres de l’opposition ivoirienne, l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara, a affirmé qu’il n’était pas question "de négocier un nouvel accord" de paix. M. Ouattara a plaidé pour la tenue de nouvelles élections en octobre 2005, en application des accords de Marcoussis (2003) et d’Accra (2004)

En revanche, Guillaume Soro, chef des rebelles des Forces nouvelles, a fait savoir, depuis son fief de Bouaké (centre) qu’il ne participerait pas à cette médiation qui "ne marchera pas". "On s’avance vers la guerre civile, il n’y a plus de doute", a renchéri jeudi 11 novembre 2004, dans un entretien avec l’AFP, le porte-parole des FN, Sidiki Konaté, depuis Bouaké, privée d’eau potable et l’électricité depuis une semaine comme toute la moitié nord du pays (sous contrôle rebelle depuis septembre 2002).

Au plan diplomatique, le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir, lundi 15 novembre, pour adopter une résolution prévoyant l’imposition conditionnelle de sanctions à la Côte d’Ivoire -premier producteur mondial de fèves de cacao-, à partir du 10 décembre 2004, si certains éléments clés des accords de paix ne sont pas pleinement appliqués d’ici là, selon une source diplomatique.

Depuis le début des manifestations anti-françaises, qui auraient fait de 30 à 64 morts et "plus d’un millier" de blessés depuis samedi 6 novembre 2004, selon des sources ivoiriennes, quelque 1500 européens se sont réfugiés dans la base française d’Abidjan et plus de 1600 sont sous la protection de l’ONU.

Agence France Presse

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source