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24heures.ch, 14 novembre 2004

République démocratique du Congo : Un fusil dans les bras pour tout jouet

par Vincent BOURQUIN


Vue du Nyiragongo

Plus de 300000 mineurs sont forcés à participer aux combats dans trente conflits armés. Reportage en République démocratique du Congo.

République démocratique du Congo


Elisabeth somnole sous une toile beige prêtée par l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance). Depuis trois mois, elle vit dans ce camp de transit situé à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, à quelques mètres de la frontière avec le Rwanda.

Vue de Goma

Les 35 jeunes présents ont entre 14 et 17 ans. Tous ont porté un fusil. Désormais ils veulent en finir avec cette vie militaire et renouer avec leur enfance perdue. Ils passent donc quelques mois ici, avant de rejoindre leur famille. Certains apprennent à lire, d’autres à jardiner ou à travailler le bois : « On aide ces enfants à se réadapter à la vie civile, en leur enseignant aussi la tolérance et la cohabitation. C’est d’autant plus difficile que certains d’entre eux combattaient dans des groupes armés opposés », raconte Albert Mushayuma, secrétaire régional de l’ONG (organisation non gouvernementale) SOS Grands-Lacs, qui gère ce centre.

Un enfant soldat

Soldate pour aider sa famille

Elisabeth est la seule fille de ce camp de fortune construit sur la lave du Nyiragongo qui avait dévasté la ville en 2002. C’est pourquoi elle dort dans une tente, à l’écart des baraquements où s’entassent les garçons. Péniblement, elle se lève de sa couche. Remet ses tresses derrière son cou et s’assied sur un tabouret en plastique. Elle raconte son histoire en se tenant le ventre. La jeune fille a tout juste 16  ans, mais elle est enceinte.

Elisabeth

Avec sa famille, elle vivait paisiblement dans un village de l’est du Congo. Lorsque soudain la guerre a éclaté. Son oncle a été tué. Les soldats venaient sans cesse dans les maisons pour piller : « On n’avait plus rien pour vivre », raconte-t-elle, le regard empli de larmes. Pour que sa famille ne souffre plus et ait suffisamment à manger, elle décide de rejoindre les militaires qui occupent son village : en l’occurrence les Maï Maï. Durant un an, le fusil sur l’épaule, elle fera la guerre avec de nombreuses autres filles, elles aussi enfants soldats. Elle jure n’avoir tué personne. Par contre, elle a été violée par l’un de ses compagnons d’armes plus âgé qu’elle. Le bébé qui va naître est le résultat de ce viol.

Un enfant soldat

Après un long silence, Elisabeth raconte les duretés de la vie d’enfant soldat : « Il fallait sans cesse se déplacer. Je n’étais pas payée. » Pour se nourrir ou se vêtir, elle et ses camarades d’infortune volaient de la nourriture et des vêtements dans les villages qu’ils occupaient : « Je buvais beaucoup d’alcool pour oublier ce que je faisais et me défouler », dit-elle d’une voix très douce.

Un enfant soldat

Un jour, elle a entendu dire qu’il existait un programme pour démobiliser les enfants soldats. Elle s’est donc rendue volontairement auprès des Nations Unies. Toutefois, elle ne cache pas une certaine inquiétude : « Les autres filles sont restées, je ne sais pas ce qui va leur arriver. » A 16  ans, Elisabeth se sent déjà adulte. Elle espère pouvoir rejoindre prochainement sa famille qui l’aidera à élever son bébé : « Je ferai tout pour qu’il ne soit jamais un enfant soldat. »

Un enfant soldat

Christian Barhalibirhu, éducateur social, ne peut dissimuler une certaine émotion au moment de traduire ces dernières paroles, prononcées comme toutes les autres en swahili. Ce collaborateur de l’ONG SOS Grands-Lacs ne cache pas que son travail est périlleux. « Nous craignons qu’ils ne soient réenrôlés dès qu’ils sortent d’ici, c’est pourquoi nous rencontrons leurs familles pour qu’elles acceptent de les reprendre ».

Un enfant soldat

Dans la cour de ce camp de transit, un tableau noir permet d’apprendre à lire aux enfants, pour la plupart analphabètes. A la craie, il y est écrit la pensée du jour : « Si tu donnes un poisson, je mangerai, si tu m’apprends à pêcher, je n’’aurai plus faim ».

Vincent BOURQUIN

Un enfant soldat

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