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vendredi 23 juin 2017
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Reuters, AP, 14 novembre 2004

Irak : Toujours des tirs à Falloudja, combats à Baïdji et Mossoul

par Michael GEORGY et Omar ANOUAR


FALLOUDJA, Irak (Reuters) - Les blindés américains ont continué, dimanche 14 novembre 2004, de pilonner et de mitrailler des positions d’insurgés dans Falloudja, empêchant un convoi du Croissant-Rouge d’atteindre les civils irakiens pris au piège des fusillades qui font rage depuis près d’une semaine.


"Ils (les camions) ne seront pas autorisés à traverser le pont aujourd’hui", a déclaré un officier des US Marines à Reuters, à l’hôpital de Falloudja, où le convoi attendait de pouvoir franchir l’Euphrate pour entrer dans la principale partie de la ville.

Les sept camions et ambulances du Croissant-Rouge qui stationnent, depuis samedi 13 novembre 2004, devant l’hôpital, n’ont pas pu apporter la moindre aide aux civils.

"Notre situation est très difficile", a expliqué un habitant, Abou Moustafa, contacté par téléphone dans le quartier central de Hay al Doubat. "Nous n’avons ni vivres ni eau. Mes sept enfants souffrent tous de diarrhée. L’un de mes fils a été blessé par des éclats, hier soir, et il saigne, mais je ne peux rien faire pour lui". On ignore combien de civils, sur une population initiale de 300000 habitants, se trouvent coincés dans Falloudja.

Des explosions et des tirs d’armes automatiques sporadiques étaient entendus, dimanche 14 novembre, dans la ville, même si les combats n’avaient plus l’intensité des derniers jours, à déclaré un journaliste de Reuters. Depuis le déclenchement de la bataille, le 8 novembre 2004 au soir, les forces américano-irakiennes se sont emparées de la quasi-totalité de la ville.

Dimanche 14 novembre 2004, selon un officier des US Marines, la résistance diminuait dans au moins un des bastions des résistants, le quartier de Chouhada, dans le sud de la ville. "Voici deux jours, ils venaient à notre rencontre. Hier soir, ils fuyaient. Il semble que nous soyons sur le point de briser leur volonté. Je ne crois pas que cela durera longtemps encore", a expliqué un capitaine des US Marines, Robert Bodish, qui commande une unité de blindés.

Combats à Baiji

Samedi 13 novembre 2004, un ministre irakien estimait à plus de 1000 le nombre de résistants qui avaient été tués depuis le déclenchement de l’offensive contre Falloudja. L’armée américaine parle de 22 militaires américains et de cinq soldats irakiens tués.

L’offensive contre Falloudja a alimenté, par contrecoup, la résistance dans le reste des territoires sunnites d’Irak, notamment à Mossoul, grande ville de deux millions d’habitants dans le nord du pays. Le commandant américain pour le nord de l’Irak, le général Carter Ham, a assuré à Reuters que les neuf commissariats de la ville pillés ces derniers jours par les résistants étaient repassés aux mains des forces américaino-irakiennes.

Mais, dimanche 14 novembre, un commissariat a été pris d’assaut par des résistants, signe que les troubles ne sont pas terminés dans la troisième ville d’Irak. "Je ne dirais pas que nous étions au bord du précipice, mais c’était alarmant", a confié le général Ham à Reuters, samedi 13 novembre 2004 au soir, lors d’une interview téléphonique.

"Les affirmations voulant que Mossoul échappe à tout contrôle ont été considérablement grossies. Mais je reste préoccupé par la situation sécuritaire", a-t-il ajouté. "Je suis certain que les problèmes ne sont pas encore finis", a-t-il dit, de son QG de Mossoul, sur les rives du Tigre.

A Baïdji, autre ville du nord de l’Irak, des hélicoptères et des blindés américains ont ouvert le feu, dimanche 14 novembre 2004, sur des positions résistantes.

Les forces américaines, appuyées par des chars, ont pénétré dans le centre de la ville, où se trouve la plus grande raffinerie d’Irak. La raffinerie en question a continué sans interruption à fonctionner, et les exportations se sont poursuivies au rythme de 500000 barils par jour (bpj) via l’oléoduc Irak-Turquie, qui passe près de la ville.

En revanche, un oléoduc secondaire, reliant les champs pétrolifères, de Kirkouk à la raffinerie de Baïdji a été dimanche la cible d’un acte de sabotage, le deuxième en deux jours, ont rapporté les autorités.

Dans le centre de Bagdad, enfin, une explosion s’est fait entendre, dimanche 14 novembre 2004 au soir, non loin d’hôtels où descendent des étrangers, ont rapporté des témoins.

Michael GEORGY et Omar ANOUAR

La bataille de Falloujah creuse le fossé entre sunnites et chiites

BAGDAD (AP) - L’assaut américain sur Falloujah, assorti de raids sur des mosquées et d’arrestations de plusieurs dignitaires religieux sunnites, laisse craindre l’approfondissement du fossé entre les différentes communautés religieuses irakiennes, la minorité sunnite se sentant directement visée.

La semaine dernière, le cheikh Mahdi Al-Soumaïdei, chef de l’Association suprême pour l’orientation et l’accueil, organisation conservatrice, accusait le Premier ministre, Iyad Allaoui, d’avoir "lancé une guerre contre les sunnites". Jeudi 11 novembre 2004, il a exhorté les siens à la désobéissance civile, pour protester contre l’assaut sur Falloujah.

Quelques heures plus tard, les forces de sécurité irakiennes investissaient sa mosquée, Oum Al-Touboul, dans l’ouest de Bagdad, l’arrêtant avec une vingtaine de ses fidèles et s’emparant d’un stock d’armes.

Pour les sunnites, l’arrestation d’au moins quatre de leurs chefs religieux ces derniers jours est une politique délibérée, visant à marginaliser leur communauté, minoritaire en Irak.

Pour beaucoup d’Irakiens sunnites et dans le reste du monde arabe, où cette branche de l’Islam est majoritaire, Falloujah est devenu le symbole de la résistance à l’occupation américaine. Mais nombre de chiites et de Kurdes ne l’entendent pas ainsi.

Selon Nawshirwan Mustafa, responsable de l’UPK (Union patriotique du Kurdistan), Falloujah était un "foyer de terroristes". Sa seule critique de l’attaque américaine est qu’elle aurait dû avoir lieu bien plus tôt... D’anciens peshmergas, servant aujourd’hui dans la Garde nationale irakienne, sont d’ailleurs venus en renfort combattre l’insurrection à Mossoul, pendant la bataille de Falloujah.

Modher Chaoukat, haut responsable du Parti du Congrès national chiite, s’inquiète pour l’unité nationale. Elle serait, selon lui, la première victime du sentiment qu’ont les sunnites d’être "pris pour cible". "Et c’est une réalité, même si ça n’était pas l’intention", ajoute-t-il.

Iyad Allaoui, lui-même chiite, balaye toute suggestion de ce type et réaffirme qu’il fallait attaquer Falloujah pour ramener la stabilité avant les élections de janvier 2005. "Ce n’est pas un problème de sunnites ou de chiites. Ce sont tous les Irakiens contre les terroristes", a-t-il tonné, samedi 13 novembre 2004.

Mais l’Association des oulémas, groupe sunnite le plus influent avec 3000 religieux, a appelé au boycott des élections de janvier 2005, pour protester contre l’assaut sur Falloujah. Et M. Chaoukat de souligner que ces élections devront être invalidées si les sunnites les boycottent effectivement.

De leur côté, les prêcheurs chiites répètent à leurs ouailles que ce serait péché de ne pas voter. Les chiites, environ 60 % des 26 millions d’Irakiens, pensent pouvoir garantir par le nombre un gouvernement majoritairement chiite.

Et la plupart de leurs imams, dont le premier d’entre eux, le Grand ayatollah Ali Al-Sistani, sont restés silencieux sur l’attaque de Falloujah, à l’heure où les sunnites s’inquiètent de leur perte d’influence face aux chiites et kurdes.

Mahdi Al-Soumaïdei dénonce : "J’imagine qu’ils sont contents ou effrayés. Quoi qu’il en soit, lorsqu’il y avait des attaques sur les villes chiites, le clergé sunnite irakien les a immédiatement condamnées".

Quant à l’ennemi public numéro un, le terroriste Abou Moussab Al-Zarqaoui, il a accuse aussi Kurdes et chiites d’avoir renié leur religion. Dans une cassette diffusée sur Internet, il accuse Ali Al-Sistani, surnommé "l’imam des infidèles", d’avoir béni l’assaut sur Falloujah.

A Kerbala, un des proches de l’ayatollah Ali Al-Sistani, Afdhal Al-Moussaoui, dément ces accusations. Mais juge qu’il fallait "libérer (Falloujah) de ceux qui l’avaient prise en otage". Et rappelle que ce qu’y ont vécu les sunnites n’est rien, à côté de la répression subie par les chiites pendant 40 ans de régime baassiste.

Un sentiment de vengeance partagé semble-t-il par les chiites de la rue. Mohammed Hussein Abbas, 40 ans, estime que l’attaque de Falloujah était la punition divine pour le rôle joué par la ville sous le régime de Saddam. "Souvenez-vous, les forces de sécurité et les responsables gouvernementaux venaient tous de Falloujah. Les habitants de Falloujah sont les fils de Saddam qui nous torturaient".

Associated Press

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