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Le Temps, 15 novembre 2004

Proche Orient : La course à la succession de Yasser Arafat commence dans le sang

par Serge DUMONT


Les gardes du corps forment un écram devant Mahmoud Abbas, pour le protéger des tireurs, à Gaza, le 14 novembre 2004

A peine désigné comme candidat officiel du Fatah, le parti de feu Yasser Arafat, dominant en Cisjordanie, aux élections présidentielles prévues le 9 janvier 2005, le nouveau « numéro 1 » de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a fait l’objet d’une tentative d’assassinat, dimanche 14 novembre 2004, alors qu’il visitait la bande de Gaza.

Mahmoud Abbas, protégé par ses gardes du corps, alors qu’une fusillade éclate, à Gaza, le 14 novembre 2004


Selon son entourage, Mahmoud Abbas s’était rendu à Gaza-City, en compagnie de Mohammed Dahlan, l’un de ses hommes de confiance, afin de participer à une soirée de deuil organisée à la mémoire d’Arafat et de prendre contact avec les milices autonomes contrôlant une partie de la rue palestinienne.

Mohamed Dahlan

« A peine était-il arrivé qu’un groupe d’une quinzaine d’hommes cagoulés et armés de Kalachnikov a scandé des slogans accusant Mahmoud Abbas d’être un agent du Mossad et de la CIA, raconte un journaliste de la Voix de la Palestine. Certains d’entre eux ont bousculé les gardes du corps du candidat et des rafales visant Mahmoud Abbas et Mohammed Dahlan sont parties. » Deux gardes membres des services de sécurité de l’Autorité palestinienne, dont le propre garde du corps de Mahmoud Abbas, sont morts et plusieurs autres ont été blessés. Le candidat officiel du Fatah et Mohammed Dahlan ont alors été exfiltrés vers un lieu sûr.

Ses gardes du corps éloignent Mahmoud Abbas du lieu de l’attentat, à Gaza, le 14 novembre 2004

Interrompant leurs émissions, toutes les radiotélévisions arabes et israéliennes ont immédiatement relaté l’incident. Pour leur part, Mahmoud Abbas et Mohammed Dahlan ont tenté de calmer le jeu en affirmant que « il ne s’agit pas d’une tentative d’assassinat » et que « il n’y a pas de fawda », un terme signifiant à la fois l’anarchie et le chaos, dans la bande de Gaza. En revanche, la plupart des chroniqueurs estiment que cette fusillade est le prélude à la campagne électorale qui s’annonce animée, et ce d’autant plus que Mahmoud Abbas ne fait pas l’unanimité au sein du Fatah.

Un résistant palestinien, à Gaza, le 14 novembre 2004

Source de tension supplémentaire, Marwan Barghouti, député de Ramallah et secrétaire général du Fatah de Cisjordanie, et condamné, par la justice israélienne, à cinq fois la perpétuité, pour sa participation à une série d’attentats ayant provoqué la mort de vingt-six ressortissants de l’Etat hébreu, a annoncé, depuis sa prison, son intention de présenter sa candidature au scrutin du 9 janvier 2005.

Marwan Barghouthi

Pour l’heure, cet ancien professeur de musique dans un lycée de Ramallah croupit dans un pénitencier de haute sécurité du sud d’Israël. Mais, selon les sondages effectués, en septembre 2004, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, Marwan Barghouti apparaissait comme la deuxième personnalité politique palestinienne la plus populaire derrière le raïs alors que Mahmoud Abbas ne figurait même pas dans le hit-parade.

Des résistants palestiniens exhibent un nouveau modèle de fusée, à Gaza, le 14 novembre 2004

En fin de soirée, dimanche 14 novembre 2004, Marwan Barghouti n’avait toutefois pas encore annoncé sa décision définitive (il lui reste une semaine pour le faire) mais son épouse, Fadwa, son avocat, et ses sympathisants, multipliaient les contacts préparatoires en ce sens. « C’est un homme populaire et un tribun qui a l’aura d’un héros dans la population palestinienne », affirme Zyad Abou Ein, l’un des apparatchiks les plus importants du Fatah de Cisjordanie. « Il parle l’hébreu, il connaît la mentalité israélienne et il a longtemps soutenu les accords de paix d’Oslo. Son élection faciliterait sans doute la reprise de pourparlers de paix. » De plus, Marwan Barghouti peut se flatter d’avoir, en 2003, réussi à convaincre depuis sa cellule, les différents clans palestiniens de conclure une trêve avec Israël.

Des résistants palestiniens à Gaza, le 14 novembre 2004

Si Ariel Sharon refuse de commenter le processus électoral palestinien, d’autres responsables de l’Etat hébreu multiplient en tout cas les déclarations selon lesquelles Marwan Barghouti « finira sa vie en prison ». « C’est un terroriste aux mains pleines de sang. Il a été jugé dans les règles, et en audience publique, par un tribunal de Tel-Aviv qui lui a infligé sa peine », affirme le ministre des Affaires étrangères, Silvan Shalom. « Franchement, je ne vois pas Marwan Barghouti en liberté, même s’il annonce sa candidature. S’il le souhaite, il peut toujours se faire élire porte-parole des autres détenus palestiniens, mais rien d’autre. »

Vue de Jérusalem

Quant au ministre de l’Intérieur, Avraham Poraz, il a estimé que la grâce du député de Ramallah « n’est pas envisageable et est totalement exclue ». « Si nous le libérons, n’importe quel assassin pourra également exiger de sortir de prison », a-t-il commenté.

Un blindé israélien à Jenin, le 30 octobre 2004

Pourtant, dans les milieux diplomatiques, des rumeurs persistantes circulent, depuis vendredi 12 novembre 2004, selon lesquelles Marwan Barghouti pourrait retrouver la liberté dans le cadre englobant également la relaxe d’Azzam Azzam, un Druze israélien condamné en Egypte à quinze ans de prison pour espionnage, et de Jonatan Polard, un ressortissant américain condamné à la prison à vie pour espionnage au profit de l’Etat hébreu.

Serge DUMONT

Une Palestinienne au milieu des décombres de sa maison détruite par l’armée israélienne, à Rafah, le 4 novembre 2004

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