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AFP, ATS, 17 novembre 2004

Irak : Les combats font rage à Falloujah


BAGDAD (AFP) - Passant d’une maison à l’autre, se nourrissant de condiments périmés, bravant les balles des tireurs d’élite américains, tentant sans succès de traverser l’Euphrate avant d’être sauvé par un médecin militaire irakien, le correspondant irakien de l’AFP à Falloujah a vécu une véritable odyssée.


Voici le récit relaté par Fares Dlimi de ce qu’il a vécu, jour par jour, jusqu’à son arrivée, lundi 15 novembre 2004, à Bagdad. Habitant de Falloujah, il avait délibérément choisi de rester dans sa ville.

Lundi 8 novembre 2004

Vers 19h00, un déluge de feu s’abat sur le quartier nord de Moualimine. Fares Dlimi se trouve dans une maison, près de la mosquée Baddaoui. A partir de la périphérie nord, les tanks et l’artillerie tirent sur toutes les habitations et il "faut sauter d’une maison à l’autre". Le crépitement des mitrailleuses est intense. "Les combattants nous demandent de nous retirer vers l’arrière et je passe donc la nuit dans une maison abandonnée".

Mardi 9 novembre 2004

"Je souhaite rejoindre mon domicile, dans le quartier Nazal (sud de la ville), mais j’y renonce car c’est trop dangereux", raconte-t-il. Dans le quartier Moualimine, "il n’y a pas une maison qui ait été épargnée. Toutes les chaussées sont criblées d’ornières dues aux bombes". Les tanks américains avancent par les deux rues principales qui mènent du nord vers le sud, mais, des ruines surgissent des combattants qui attaquent les blindés et les combats font rage.

Dans la matinée, Fares Dlimi rencontre un chef résistant qui lui déclare : "Nous avons laissé entrer les chars pour que les bombardements cessent et que nous puissions les combattre face à face".

Le journaliste de l’AFP affirme avoir vu, dans la matinée, deux tanks en feu dans une des rues menant au sud et d’autres blindés faire marche arrière, mais dans l’après-midi les chars reprennent leur progression.

"Les explosions sont si puissantes que je suis littéralement soulevé de terre. Je cours dans les ruelles. La poussière, des briques, des morceaux de métal me tombent dessus. Je perds connaissance et en rouvrant les yeux je me retrouve dans une maison. On a certainement dû me ramasser et me mettre à l’abri", dit-il.

Quand Fares Dlimi reprend ses esprits, il fait déjà sombre ; il décide, malgré tout, de continuer vers le sud. Pour cela, il doit couper la rue 40, une artère qui traverse le quartier d’est en ouest, sous le feu des tireurs d’élite américains. "Je cours comme un fou. Des cadavres jonchent la chaussée et d’autres, blessés, gémissent et implorent en vain des secours, mais personne ne peut les aider", explique-t-il. Pour dormir, le journaliste cherche une maison. Il en trouve une dans le quartier et par chance un réservoir d’eau. "J’avais la gorge totalement desséchée et cette eau était pour moi comme une délivrance".

Mercredi 10 novembre 2004

Des combats très violents ont lieu à l’intersection de la rue 40 et d’une artère venant du nord. "Le bruit est assourdissant. Je vois des chars en feu et les combattants se jettent dans la bataille au mépris de leur vie. Ils s’emparent de deux chars abandonnés et commencent à les manoeuvrer quand deux avions tirent des missiles et détruisent les tanks", poursuit Fares Dlimi.

Les maisons sont littéralement perforées, en ruines. Fares Dlimi passe devant la maison en feu du correspondant d’Al-Jazira, Abou Bakr Doulaimi. Les voisins lui apprennent qu’il a été grièvement blessé dans les bombardements. Il poursuit son chemin vers le sud et parvient dans la soirée au dispensaire public, qui a été bombardé quelques heures plus tôt.

"L’odeur de la mort est partout. Devant moi, je vois des chiens et des chats qui dévorent des cadavres dans la rue", explique Fares Dlimi. Epuisé, il s’arrête de parler quelques instants ; il semble être ailleurs, avant de reprendre son récit.

Durant la nuit, Fares Dlimi traverse la rue principale et rejoint, au sud, le quartier Andalous, qui est peuplé de nombreuses familles ayant fui les bombardements au nord.

Jeudi 11 novembre 2004

Fares Dlimi se rend chez lui, à Nazal (centre-sud), mais quand il veut prendre sa voiture, pour rejoindre Azraghiah, dans le nord ouest, sur les rives du fleuve, il ne la voit pas en arrivant à son domicile. Un voisin l’a prise, mais le véhicule a été touché et a pris feu, avec son passager, dans la rue principale.

Fares Dlimi rencontre alors des combattants venus du nord : selon eux, il y a encore, dans le Jolan (nord-ouest), des frères d’armes qui combattent jusqu’à la mort. D’autres résistants, postés au sud, sont prêts à en découdre.

Fares Dlimi retourne vers l’ouest et se dirige vers le fleuve. "Selon les rumeurs, on peut traverser le fleuve en bateau mais les francs-tireurs ouvraient le feu de la rive d’en face", se remémore-t-il. Fares Dlimi décide donc de gagner l’autre rive à la nage, descend à travers les roseaux quand les hélicoptères font feu.

Fares Dlim rebrousse alors chemin vers le quartier Andalous. "Toute la nuit, j’entendais les pleurs et les gémissements des femmes. J’avais le sentiment que c’était le jour du jugement dernier". Il dort dans une maison occupée par plusieurs familles.

Vendredi 12 novembre 2004

Les forces américaines contrôlent les grands axes. Des hauts-parleurs demandent à ceux qui veulent se rendre de gagner la mosquée Fardous, dans une rue au sud. Ses compagnons de la nuit décident d’y aller. Fares Dlim a peur, car il craint qu’il s’agisse d’un piège. Il passe de maison en maison et dans l’une d’elle, il découvre les corps de quatre hommes tués d’une balle dans la tête.

Fares Dlim s’enfuit. "Pendant ma course, j’ai entendu des cris dans une maison. Je suis rentré et j’ai vu une femme avec une fille de 12 ans, un garçon de 10 ans blessé à la jambe et trois hommes gisant sur le sol. Elle lui a affirmé que les Américains étaient entrés et les avaient abattus". "La femme était terrorisée. Je lui ai dit de prendre la chemise blanche de son défunt mari et de m’accompagner jusqu’à la mosquée. Elle était tétanisée. J’ai pris l’enfant blessé dans mes bras et nous y sommes rendus. Il y avait une foule à l’intérieur". L’armée irakienne était présente dans la mosquée.

Sous les balles, dans des pick-up, les soldats irakiens ont conduit les familles vers la mosquée Furqhan, dans la partie nord de la ville. Les blessés ont reçu les premiers soins et les hommes seuls ont été séparés des familles.

Peu après, Fares Dlim, la mère et ses deux enfants ont été conduits, par l’armée irakienne, à la station de train, à la lisière nord de la ville. Il y avait environ 1500 personnes.

Un homme masqué désignait du doigt ceux qui étaient des combattants et 25 jeunes ont été immédiatement arrêtés. Puis des soldats ont pulvérisé sur chaque homme présent un produit pour déterminer la présence de poudre et prouver ainsi qu’il avait combattu.

Fares Dlim a sympathisé avec un médecin militaire irakien et lui a confié qu’il était journaliste de l’AFP. Après avoir examiné sa carte de presse, le praticien lui a promis de l’aider.

Samedi 13 novembre 2004

Le matin, le médecin fait sortir Fares Dlim de la station et lui indique le chemin pour Saqlawiyah, à 10 km à l’ouest de Falloujah. Après avoir marché trois km, Fares Dlim réussit à convaincre des militaires de le conduire en camion, avec la femme et le deux enfants, jusqu’à la localité, où il laisse la famille au dispensaire à l’entrée de la ville, puis se dirige vers Zaharid, au nord ouest.

Dans la nuit, Fares Dlim traverse, avec un ami à quatre pattes, un barrage sur l’Euphrate, et réussi à gagner une ferme, où il est accueilli par un paysan. "J’étais épuisé. J’avais des vertiges, le ventre gonflé. J’ai mangé et j’ai dormi toute la journée de dimanche 14 novembre 2004.

Lundi 15 novembre

Fares Dlim regagne Bagdad.

L’horreur et la peur à Falloujah

FALLOUJAH (AFP) - Des otages appelant à l’aide et implorant le pardon ont été découverts, dans des prisons secrètes, à Falloujah, par les US Marines, au fur et à mesure qu’ils avançaient dans ce bastion sunnite. Au moins deux prisons et plusieurs chambres de torture ont été découvertes, où gisaient des cadavres pourris ou ayant la tête coupée. Ces "centres de détention" étaient improvisés dans les chambres et les salons des maisons où les extrémistes ont installé des barres de fer et vidé leurs chargeurs dans le dos et la tête de leurs "prisonniers". Les groupes islamistes ont pris en otages plus de 150 étrangers depuis avril 2004 après qu’une offensive américaine ait permis à ce bastion sunnite de basculer entre les mains de la résistance.

Connue comme la Ville des mosquées, pour ses centaines de minarets se dressant vers le ciel, Falloujah est devenue la cité de la mort, où au moins 27 corps, certains les bras et les jambes amputés, ont été découverts, depuis huit jours, selon un décompte de l’AFP.

Plus de 1200 résistants, 39 soldats américains et cinq soldats irakiens ont été tués, depuis le début de l’offensive, le 8 novembre 2004. Cependant, aucun bilan de victimes civiles n’est disponible.

Selon le lieutenant-colonel Patrick Malay, l’une des chambres de torture aurait servi au groupe de l’islamiste Abou Moussab Al-Zarqaoui, pour décapiter des otages étrangers, y compris l’Américain Nicolas Berg, dont le corps a été découvert début mai 2004. La maison, coincée entre deux magasins, a été dynamitée par les US Marines, avant que les journalistes ne s’y rendent à cause des grandes quantités d’explosifs qui s’y trouvaient. Les hommes du capitaine Ed Bitanga, qui ont découvert la maison, ont décrit un spectacle d’horreur. Les murs sur lesquels était accrochée une bannière portant l’inscription "Unicité et guerre sainte" (ancien nom du groupe d’Abou Moussab Al-Zarqaoui) étaient peints en blanc. La chambre était maculée de sang, affirme l’officier américain. Avant que les US Marines ne quittent la pièce, ils ont entendu des coups sur le mur. Après inspection, ils ont retrouvé un homme ligoté dans une salle de bains qui leur a affirmé qu’il était chauffeur de taxi.

Dans un autre bâtiment, les US Marines ont trouvé un homme dans une salle de bains. Il venait d’une riche famille de Bagdad et les ravisseurs avaient exigé 250000 dollars pour sa libération. "Ils nous a dit "je veux rentrer en Irak" et nous lui avons répondu qu’il était en Irak. Il était vraiment surpris parce que ses ravisseurs étaient Syriens", raconte un des soldats américains.

Au moins dix ateliers de production de bombes ont été découverts, dans le nord-ouest de Falloujah, selon des US Marines.

Les hommes du capitaine Bitanga ont aussi retrouvé le chauffeur syrien des deux journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot kidnappés, en août 2004, au sud de Bagdad. Mohammad al-Joundi a été retenu deux semaines avec les journalistes, qui ont ensuite été conduits vers une destination inconnue.

Selon M. Joundi, plusieurs personnes étaient détenues avec lui. Une autre prison a été découverte, vendredi 12 novembre 2004, par les US Marines, où les journalistes de l’AFP se sont rendus.

Les US Marines, patrouillant le quartier nord de Jolan, ont entendu des cris en provenance d’un immeuble. Après inspection, ils ont découvert trois cellules avec des barres de fer et des murs noirs. Deux hommes carbonisés y gisaient. Deux hommes, retardés mentaux, Khamis et Ahmed Issaoui, amaigris, ont été libérés de ces cellules. Ils n’avaient pas été nourris depuis six jours.

Lundi 15 novembre 2004, douze corps d’hommes, liés les uns aux autres, ont été découverts dans deux maisons, alors que sept hommes en vie ont été retrouvés dans une habitation mitoyenne en briques. Ils ont affirmé avoir senti l’odeur de la mort et étaient en état de choc. "Il semble qu’il aient été férocement battus", selon le sergent Gary Caduto.

Agence France Presse

Les combats font rage à Falloujah

BAGDAD - Les combats font rage dans le sud de Falloujah. L’armée américaine a pilonné des positions de résistants irakiens, a rapporté un photographe de l’AFP accompagnant les soldats. Parallèlement, des heurts ont eu lieu à Ramadi.

Des tirs d’artillerie étaient entendus et des avions AC-130 bombardaient des positions dans le sud de la ville, prise d’assaut depuis le 8 novembre 2004. Des artificiers de l’armée américaine faisaient par ailleurs exploser des maisons qui servaient de caches d’armes dans ce bastion résistant situé à 50 km à l’ouest de Bagdad.

Quatre familles, dont des femmes et des enfants en bas-âge, ont été évacuées de la ville par les forces américaines vers Saqlawiyah, 10 km plus à l’ouest, a constaté le photographe de l’AFP.

Des accrochages ont par ailleurs éclaté, entre des GI’s et des résistants, dans la ville de Ramadi, à 100 km à l’ouest de Bagdad, selon un journaliste de l’AFP sur place. Les affrontements à l’arme légère et aux obus de mortier ont surtout eu lieu dans le centre de la ville. Aucun bilan d’éventuelles victimes n’était disponible dans l’immédiat. Des heurts meurtriers ont opposé ces derniers jours des soldats américains à des résistants, dans cette ville sunnite, chef-lieu de la province d’Al-Anbar. Six Irakiens ont été tués, dimanche 14 novembre 2004, dans des heurts.

Enfin, la police irakienne, épaulée par des US Marines, a libéré, au sud de Bagdad, un routier irakien détenu par des résistants. Le chauffeur a été emmené dans une base US, où il a reçu des soins médicaux. Quatre hommes, recherchés pour « des activités anti-irakiennes » ont été arrêtés durant ce raid, a-t-on indiqué de source officielle.

Agence télégraphique suisse

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