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Le Monde, 29 janvier 2004

Informations internationales : Luiz Inacio Lula da Silva propose de taxer les ventes d’armes pour lutter contre la faim

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Taxer les ventes d’armes pour lutter contre la faim : c’est une des propositions évoquées jeudi 29 janvier 2004 à Genève par le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, avant de rencontrer, vendredi, les chefs d’Etat français et chilien ainsi que le secrétaire général de l’ONU, à Genève, pour réfléchir aux moyens de "dynamiser" la lutte contre la pauvreté.

Ce sommet fait suite à une idée lancée par le président brésilien au G8 à Evian, en Savoie, en juin 2003.


Issu d’une famille de paysans pauvres du nord-est brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva avait proposé de créer un fonds de lutte contre la faim, financé par une taxe sur les ventes d’armes ou par un pourcentage du service de la dette des pays pauvres, reversé par les pays créanciers.

Investi le 1er janvier 2003, Luiz Inacio Lula da Silva a fait de la lutte contre la faim la priorité de ses quatre années de mandat. Il a lancé un programme "Faim zéro" qui institue un impôt d’un taux de 0,38 % sur toutes les transactions financières. Environ sept milliards de dollars seraient ainsi collectés par an. Son constat est que peu a été fait pour réaliser les objectifs du Sommet du Millénaire de l’ONU en 2000 et du Sommet de la Terre à Johannesburg, deux ans plus tard.

L’enjeu est de réduire de moitié, d’ici à 2015, la part de la population mondiale vivant avec moins d’un euro par jour, soit 1,2 milliard d’individus en 2000), souffrant de la faim (840 millions de personnes) et privée d’accès à l’eau potable (un milliard). Cet engagement nécessite une forte augmentation de l’aide au développement qui atteint 50 milliards de dollars par an. L’objectif est de parvenir à en doubler le montant au moyen de mécanismes de financements privés permettant de la démultiplier.

Les Européens ont prévu de porter leur aide publique au développement (APD) de 0,34 % en 2002 à 0,43 % en 2006, soit une enveloppe de 37 milliards de dollars. La France s’est engagée à porter sa contribution à 0,5 % de son PIB d’ici à 2007. L’APD française était de 0,4 % en 2003, elle devrait atteindre 0,43 % cette année.

L’exemple chilien

Jacques Chirac, apôtre d’une "mondialisation de la solidarité", s’est montré très favorable à la proposition de Luiz Inacio Lula da Silva, estimant qu’une taxation sur les ventes d’armes "ne serait pas du tout injustifiée". La France est pourtant l’un des principaux marchands d’armes de la planète.

En 2002, les ventes d’armes représentaient 794 milliards de dollars, soit 2,5 % du produit intérieur brut mondial. Lors de la conférence de l’ONU sur le financement du développement, en mars 2002 à Monterrey, au Mexique, puis à Johannesburg en août de la même année, M. Chirac avait relancé l’idée controversée d’une taxe internationale "sur les ressources qu’engendre la mondialisation" pour financer le développement durable.

Le président français a installé, le 7 novembre dernier, un groupe de travail sur ce thème qui lui rendra un rapport au printemps. Il souhaite qu’on "y voie clair sur les modalités techniques de tels prélèvements, qui sont autant de questions politiques : leur assiette, leur taux, leurs conditions de recouvrement".

A l’Elysée, on regrette que le débat ait été parasité par l’idée "peu réaliste" d’une taxation des mouvements internationaux de capitaux lancée en 1972 par l’économiste américain James Tobin (la "taxe Tobin"), défendue notamment par le mouvement altermondialiste Attac.

Le président français ne s’est pas prononcé pour l’heure sur la nature d’un éventuel impôt solidaire. Outre une taxe sur les ventes d’armes, plusieurs pistes ont été évoquées, en France et à l’étranger : taxer les émissions de gaz à effet de serre, instaurer une taxe sur les transports aériens ou maritimes, sur le pétrole, prélever un centime additionnel sur les médicaments, sur l’eau, les paiements par carte de crédit...

Le Chili est pour l’heure le seul pays à avoir expérimenté le principe d’une taxation sur les capitaux spéculatifs, sur la recommandation du Fonds monétaire international (FMI).

Depuis juin 1991, le Chili impose aux capitaux entrant dans son système financier de placer sans intérêt 30 % de leur montant auprès de la Banque centrale pendant une durée d’un an. Tous les investissements doivent demeurer un an dans le pays. Le pourcentage des capitaux instables serait ainsi tombé de 66 % à moins de 10 %.

Avec AFP et Reuters

Commentaire

Quand les politiciens parlent de "lutter contre la pauvreté", on est en droit de se montrer sceptique. D’autant plus lorsque ces politiciens, tout en affectant d’être préoccupés par la pauvreté dans les pays du tiers monde, mènent une politique favorisant le développement de l’injustice sociale dans leur propre pays et qu’ils ne se soucient même pas des sans abri dans leur propre ville...

On organise des collectes de fonds soi-disant "pour les pauvres", mais les fonds récoltés engraissent le charity business et les pauvres demeurent toujours aussi pauvres. Au mieux, ils n’obtiennent qu’une soupe populaire, et les politiciens poussent le cynisme jusqu’à aller se faire photographier parmi eux. Il n’y a pas de petit profit électoraliste.

Frank BRUNNER

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