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vendredi 23 juin 2017
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AFP, 28 novembre 2004

France : Partis et mouvements autonomistes corses condament la tentative d’assassinat contre Mohamed El Atrache, l’imam de Sartène


SARTENE (AFP) - Un imam marocain a échappé de peu à la mort, dans la nuit de vendredi 26 novembre à samedi 27 novembre 2004, à Sartène, où des inconnus ont tiré plusieurs coups de feu à travers la porte d’une maison abritant un lieu de culte, derrière laquelle il se trouvait.


Vers 02h30, "j’ai entendu quelqu’un qui frappait très fort à la porte, j’étais couché. Je suis allé vers la porte, ils criaient "les Arabes dehors". C’était la voix de quelqu’un de jeune", a déclaré à l’AFP Mohamed El Atrache, encore très choqué. "Et ils ont tiré ! Je me suis plaqué contre le mur et je les ai entendus partir tout de suite après", a poursuivi l’imam, âgé de 53 ans. Sur l’épaisse porte de bois de la maison située en contrebas de la rue principale de Sartène, qui accueille un lieu de culte et une association culturelle musulmane où l’imam passait parfois la nuit, dix impacts de balles sont visibles. Tous à hauteur de tête et de poitrine.

Dans le couloir qui mène à deux salles de prière, une porte vitrée est trouée en deux endroits, et l’un des projectiles de 9 mm tirés par les inconnus s’est fiché dans le mur de la cuisine, à une dizaine de mètres de là. Le procureur de la République d’Ajaccio, José Thorel, qui estime que la victime aurait été "criblée de balles" sans ses réflexes, a saisi les gendarmes d’une "enquête de flagrance pour tentative d’assassinat".

En haut d’une volée de marches menant à la route, une croix gammée et l’inscription "Arabi Fora" ("les Arabes dehors", en langue corse) peintes sur le goudron ont été recouvertes de sable.

Parmi la dizaine d’habitués de l’"Association culturelle musulmane de Sartène" venus soutenir l’imam, l’émotion est vive. "Il y a un an, la même porte avait été arrosée d’essence et incendiée. Une enquête a été ouverte, mais elle n’a jamais abouti", rappelle l’un d’entre eux, qui souhaite garder l’anonymat. "Ici, le problème, c’est qu’on n’a pas d’ennemi en face pour tenter de s’expliquer avec eux (...) Nos gosses sont nés ici, on est intégrés et on n’a pas de problème avec les gens d’ici", déclare un autre. "Je n’ai jamais eu de menaces, confirme M. El Atrache, je suis ici depuis douze ans, c’est la première fois que ça arrive, maintenant j’ai peur". "Mais je ne crois pas qu’ils étaient venus ici avec l’intention de me tuer. C’est un peu comme à Bastia, Ajaccio ou ailleurs, des jeunes qui n’ont rien à faire", estime-t-il.

Le préfet de Corse, Pierre-René Lemas, a condamné l’"attentat" et indiqué que le ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin, "a confirmé ses instructions de fermeté à l’égard de tous actes xénophobes ou racistes."

Les maires de Bastia et d’Ajaccio, Emile Zuccarelli (PRG) et Simon Renucci (DVG), et celui de Paris, Bertrand Delanoë (PS), ont vivement condamné ce nouvel acte de violence raciste, tout comme le Parti socialiste.

Le vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM) Fouad Alaoui a quant à lui réclamé "une protection de proximité des lieux de culte musulmans en Corse".

Les autonomistes du Parti de la Nation Corse (PNC, modéré) ont eux aussi condamné l’attentat, appelant les "engagés dans le combat nationaliste" à s’élever contre "la montée" du racisme dans l’île. "Notre condamnation est totale de cet acte aux motivations racistes évidentes", écrit le PNC, l’un des piliers autonomistes de la coalition nationaliste Unione naziunale (huit élus à l’Assemblée de Corse), dans un communiqué transmis à l’AFP. "Le PNC en appelle à tous les démocrates de l’île, et tout particulièrement aux engagés dans le combat nationaliste, pour qu’ils s’élèvent sans la moindre complaisance contre ces actes et leurs auteurs. Eux et leur idéologie doivent être combattus".

Les fédérations du Parti communiste français de Corse ont appelé, dimanche 28 novembre, à un "rassemblement de soutien", samedi 4 décembre 2004, à Sartène, "devant la salle de prière mitraillée". "La tentative d’assassinat dirigée contre l’imam de Sartène marque une étape sinistre dans la dérive raciste et xénophobe d’une partie de la société insulaire", écrivent les fédérations dans un communiqué transmis à l’AFP.

Une équipe de l’Institut de recherche criminelle (IRC) de la gendarmerie a été dépêchée en Corse, samedi 27 novembre 2004 après-midi, pour participer à l’enquête sur les coups de feu tirés sur une mosquée de Sartène, a-t-on appris de source proche de l’enquête. Cette équipe comporte, notamment, des experts en balistique, ainsi que des spécialistes en police technique et scientifique (PTS) "pour les domaines utiles à l’enquête". Les gendarmes de l’IRC de Rosny-sous-Bois sont envoyés pour prendre part aux enquêtes jugées prioritaires.

Par ailleurs, le bureau antiterroriste de la sous-direction de la police judiciaire (SDPJ) de la gendarmerie est associé aux investigations menées par les gendarmes de la légion de Corse, qui enquêtent en flagrance pour tentative d’assassinat.

Depuis une dizaine de jours, 21 interpellations ont été effectuées, dans le cadre d’enquêtes sur des actes de violence à caractère raciste, donnant lieu à 14 mises en examen à Paris, parmi des jeunes soupçonnés d’appartenir au groupuscule armé Clandestini Corsi, qui a revendiqué sept attentats anti-Maghrébins en Corse. L’île a connu, depuis plus d’un an, une recrudescence de ces actes, qui vise quasi-exclusivement la communauté maghrébine.

Samedi 27 novembre 2004, 200 personnes ont manifesté à Calvi contre le racisme. "C’est dommage, parce que c’est toujours une infime minorité qui fait ça et ce sont tous les Corses que l’on stigmatise", commente un des membres de l’association visée.

Agence France Presse

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