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jeudi 27 avril 2017
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Le Monde, 30 novembre 2004

Côte d’Ivoire : La Fédération internationale des ligues des droits de l’homme accuse la France d’avoir outrepassé son mandat


La Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) a condamné, mardi 30 novembre, l’ensemble des actions "contraires au rétablissement de la paix" commises par les protagonistes du conflit ivoirien, dont l’intervention française du 9 novembre 2004 à Abidjan.


Dans un communiqué, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme reproche en particulier à Paris de "n’avoir cessé de minimiser l’ampleur de la tragédie" autour de l’hôtel Ivoire. "Les forces françaises ont tiré à balles réelles par hélicoptère et au sol sur les manifestants (...). Ces tirs auraient fait, selon une série de sources concordantes, une soixantaine de morts et plus d’un millier de blessés", affirme-t-elle, sans préciser l’identité de ses sources. "Ces actions militaires ont outrepassé largement le mandat confié par les Nations Unies", ajoute-t-elle.

Ces chiffres sont largement supérieurs à ceux donnés, mardi 30 novembre 2004, à l’AFP, par un responsable du ministère français de la défense, qui a estimé à "une vingtaine" le nombre d’Ivoiriens tués par l’armée française, lors des affrontements du 6 novembre au 9 novembre 2004, le nombre de blessés étant impossible à évaluer. Selon cette même source, environ 80 soldats français blessés durant ces événements ont pour leur part dû être rapatriés.

Les principaux affrontements ayant provoqué la mort de civils ivoiriens ont eu lieu à Douéké, lorsqu’un convoi français se dirigeant vers Abidjan a été bloqué (8 à 9 morts) ; lors des affrontements à l’aéroport d’Abidjan, le 6 novembre au soir (6 morts) ; au carrefour d’Akwaba, dans la nuit du 6 novembre au 7 novembre (un mort) ; et à l’hôtel Ivoire, le 9 novembre 2004 (un mort), selon cette source, qui a précisé qu’il s’agissait d’estimations et non d’un bilan.

S’exprimant sous couvert de l’anonymat, des sources militaires ont assuré à la presse que l’armée française avait agi, à chaque fois, soit en état de légitime défense, s’estimant menacée, soit en état de "légitime défense élargie", une notion qui englobe également la protection non seulement de soi-même mais également d’autrui et des biens d’autrui.

Face à la controverse sur l’attitude de l’armée française, la ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, a évoqué, mardi 30 novembre 2004, une "volonté de manipulation" et des "provocations" de la part de la partie adverse. "Je ne sais pas d’où vient cette volonté de manipulation, mais il y a eu visiblement des provocations qui avaient pour but d’essayer de faire perdre leur sang froid aux militaires Français, ce qu’ils n’ont pas fait", a déclaré Michèle Alliot-Marie dans un entretien accordé à France 2. Elle a ajouté que si une situation similaire se représentait, l’armée française agirait de la même façon. "Il est évident que, si la situation d’attaque, de menace, contre des ressortissants étrangers se produisait, dans le cadre de la mission qui nous a été confiée par l’ONU, nous assumerions exactement de la même façon que nous l’avons fait précédemment, nos responsabilités", a-t-elle dit.

Le pouvoir ivoirien menace de déposer plainte

Dans son communiqué, la FIDH demande également aux autorités françaises de faire "toute la lumière sur les raisons pour lesquelles ses forces d’intervention ont détruit l’ensemble des moyens militaires d’un pays souverain avec lequel elle n’est pas en guerre".

L’organisation dénonce à la fois le refus des Forces nouvelles de désarmer ; les attaques de l’armée ivoirienne contre les principales agglomérations du Nord ; celle de l’aviation gouvernementale à Bouaké, qui a provoqué la mort de neuf soldats français ; et les manifestations xénophobes des "Jeunes Patriotes".

Les nombreux griefs adressés aux autorités françaises sont de nature à conforter les accusations portées par les partisans du président ivoirien, Laurent Gbagbo, qui menacent de porter plainte contre la France, devant la Cour internationale de justice (CIJ), à La Haye. Lundi 29 novembre 2004, Désiré Trago, porte-parole du président ivoirien, avait affirmé que Laurent Gbagbo n’avait porté "à ce jour" aucune plainte contre Paris ni mandaté personne pour le faire. Il soulignait néanmoins que "les faits commis par l’armée française, les circonstances de la commission de ces faits, de même que l’état actuel de la législation tant nationale qu’internationale justifient des plaintes de l’Etat ivoirien".

Une délégation de la présidence ivoirienne avait, auparavant, annoncé, à Bruxelles, le prochain dépôt d’une plainte, notamment pour la destruction de l’aviation ivoirienne en représailles au bombardement de la force Licorne à Bouaké, et les "massacres" autour de l’hôtel Ivoire. Selon une source ivoirienne, Laurent Gbagbo, qui voulait utiliser cette menace de plainte pour faire pression sur Paris, aurait finalement décidé de calmer le jeu.

Pour la FIDH, "toutes les victimes des violences en Côte d’Ivoire ont droit à la justice". Elle appelle donc le Conseil de sécurité à saisir la Cour pénale internationale (CPI) sur l’ensemble des crimes perpétrés en Côte d’Ivoire. Et elle demande également à toutes les parties ivoiriennes de respecter strictement l’embargo sur les ventes d’armes, décidé par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 15 novembre 2004, de protéger les populations civiles et de condamner les exactions commises par leurs forces.

Avec AFP et Reuters

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