retour article original

samedi 19 août 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Iran (1ère partie) : Du 12 janvier 2004 au 23 juin 2004
AFP 2 février 2004

Iran : Les conservateurs ne veulent pas reporter les législatives


Vue de Teheran

TEHERAN (AFP) - Les conservateurs iraniens refusent d’entendre parler d’un report des législatives, certains allant jusqu’à menacer l’exécutif réformateur de poursuites si les élections ne sont pas organisées à la date prévue du 20 février 2004.

L’un des chefs réformateurs, Mohammad Reza Khatami, a mis en garde contre la tentation du "coup d’Etat" que constituerait selon lui l’organisation, coûte que coûte, des élections avec le concours de l’armée.

Mohammad Reza Khatami


Les responsables de la commission chargée d’organiser les élections à Téhéran ont affirmé être dans l’impossibilité de le faire à la date prévue du 20 février, dans une lettre au ministère de l’Intérieur publiée lundi par l’agence officielle Irna.

"Nous sommes dans l’impossibilité d’organiser des élections législatives saines et légales dans le grand Téhéran qui compte 6,5 millions d’électeurs", écrivent les responsables de la commission relevant du ministère réformateur de l’Intérieur. "Dans les conditions actuelles, il est impossible de recueillir le vote des électeurs", insistent-ils.

Depuis plusieurs mois est agité, discrètement, le spectre d’un "coup d’Etat" qu’ourdiraient les conservateurs pour en finir avec les réformateurs, maîtres du gouvernement et du parlement. Les déclarations de M. Khatami sont révélatrices de "l’impasse", selon le mot du président Mohammad Khatami (son frère), dans laquelle a été conduit le processus électoral.

Mohammad Khatami

Justifiant des craintes de plusieurs mois, les conservateurs ont désavoué 2.500 candidats sur environ 8.000, très majoritairement réformateurs, pour manquements à l’islam et à la constitution. Impossible, dans ces conditions, d’organiser des élections "libres et ouvertes à la concurrence", a dit le ministère de l’Intérieur à qui incombe cette tâche, avec les gouverneurs des 28 provinces. Ces derniers ont remis leur démission.

La République islamique se retrouve plongée dans ce qui est peut-être la plus grave crise de son histoire au moment où elle célèbre le 25èmme anniversaire de la révolution. Le ministère de l’Intérieur a demandé le report du scrutin. Le Conseil des gardiens de la constitution, organe conservateur qui veille au respect de la loi islamique et de la constitution mais aussi à la validité des candidatures, a refusé. Accepter pourrait passer pour un terrible signe de faiblesse.

Les réformateurs, eux, ne peuvent voir les élections se tenir sans 87 députés sortants ni la plupart de leurs personnalités. Il y va de leur survie politique : voter le 20 février dans les conditions actuelles, "cela sonnerait la fin du mouvement de réformes", a dit Mohammad Reza Khatami.

Malgré les instructions expresses du tout-puissant Guide, l’ayatollah Ali Khamenei, le Conseil des gardiens de la constitution a augmenté en seconde instance le nombre des parlementaires sortants désavoués.

Ali Khamenei

Le Conseil des gardiens de la constitution pourrait encore repêcher de nouveaux candidats. Mais, objecte Mohammad Reza Khatami, "ils n’auraient pas assez de temps pour leur campagne".

Constatant le "blocage" et confronté à la démission de 120 députés, le président du parlement, le réformateur Mehdi Karroubi, en a appelé à l’intervention du Guide. Celle-ci se faisait attendre lundi 2 février 2004.

Mehdi Karroubi

Cependant l’hodjatoleslam Ahmad Azimizadeh, qui a participé au rejet massif des candidatures, a prévenu : "Les responsables des élections au sein de l’exécutif, notamment les gouverneurs de province, les préfets, les sous-préfets, doivent savoir que (...) toute démission est considérée comme une entrave au processus électoral et peut être poursuivie".

Il a aussi affirmé que le Conseil des gardiens de la constitution avait autorité pour désigner un organe chargé d’organiser le scrutin par défaut. Cela est discutable.

Mais, pour Mohammad Reza Khatami, "si les conservateurs veulent organiser les élections avec le soutien de l’armée, ce ne seront plus des élections, ce sera un coup d’Etat avec pour but d’éradiquer la république".

Du côté de la justice, bastion des conservateurs, le procureur général Abd an-Nabi Namazi a affirmé catégoriquement que "les élections auront lieu le 20 février."

M. Karroubi lui-même a reconnu un problème de lecture de la constitution sur les prérogatives du Conseil des gardiens : "Nous demandons à voir certains des experts qui ont participé à la rédaction de la constitution et sont encore en vie (...) pour qu’ils nous disent si c’était ce qui était entendu par supervision électorale".

Agence France-Presse

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source