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Le Monde, 2 février 2004

Double attentat-suicide au Kurdistan irakien, dimanche 1er février 2004, jour de fête de l’Aïd el-Adha

Bagdad de notre envoyé spécial

par Michel BÔLE-RICHARD


A Erbil, dans le nord du pays, deux kamikazes ont fait exploser les locaux des deux principaux partis kurdes, faisant plus de 50 morts et 200 blessés, selon le dernier bilan provisoire.


En dépit des mesures de sécurité supplémentaires, annoncées par les autorités américaines, en raison de la fête de l’Aïd el-Adha (la fête du sacrifice) qui a commencé dimanche 1er février, le week-end a été particulièrement sanglant. Près d’une centaine de personnes ont péri dans divers attentats samedi et dimanche. Le plus dévastateur a eu lieu, dimanche matin à Erbil, bastion du Parti démocratique du Kurdistan (PDK). Au siège de cette formation comme dans les locaux de l’autre grande formation kurde, l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), les responsables recevaient les invités venus présenter leurs vœux. Pour l’occasion, il avait été décidé de ne procéder à aucune fouille corporelle.

Deux kamikazes en ont profité pour se glisser parmi les convives. Ils ont fait exploser leur charge pratiquement en même temps, provoquant un véritable carnage. Selon un témoignage rapporté par l’AFP, un homme s’est approché du ministre des affaires gouvernementales, Shawkat Sheikh Yezdin, et lui a serré la main en lui souhaitant "bonne fête". Puis ce fut la déflagration. A ses côtés se trouvait Sami Abdel Rahmane, numéro trois du PDK. C’est lui qui aurait décidé de lever les mesures de sécurité pour la fête. Tous deux sont morts dans l’explosion, ainsi que le gouverneur de la province, Akram Mantak, son adjoint, Mahdi Khochnaw, le "ministre" de l’agriculture du Kurdistan, Saad Abdallah, et le chef de la police, selon des listes publiées par les deux partis kurdes.

Du côté de l’UPK, deux membres du bureau politique, Shahwan Abbas et Khosro Shera, ont également péri. Au siège de ce parti, les victimes seraient moins nombreuses, car le kamikaze aurait été repéré et un garde se serait jeté sur lui. Les chefs des deux partis ne se trouvaient pas à Erbil.

Cinquante-six personnes ont été tuées et 200 autres blessées dans ce double attentat-suicide selon l’armée américaine, mais le bilan pourrait être beaucoup plus lourd, car, dans la confusion, certaines victimes auraient été emportées dans les familles, les hôpitaux étant totalement débordés et la morgue saturée. C’est la première fois que le Kurdistan est touché par une action de cette envergure. Il s’agit en fait du plus important attentat commis depuis celui qui, le 29 août 2003, a coûté la vie à Mohammed Baker Al-Hakim et à une centaine de fidèles chiites, dans la ville sainte de Nadjaf.

Les soupçons se sont immédiatement portés parmi les responsables kurdes sur le mouvement radical islamique Ansar al-Islam, basé à l’est du Kurdistan. Cette organisation a été pratiquement démantelée par les troupes américaines alliées, pour l’occasion, aux forces kurdes. Le général Mark Kimmitt n’a pas écarté cette hypothèse mais il a également laissé entendre que "cela pourrait être Al-Qaida, ou n’importe quel groupe de terroristes étrangers opérant ou tentant d’opérer en Irak".

Il y a quelques jours, le général John Abizaid, chef du commandement central des forces américaines en Irak, avait rappelé que l’arrestation au début du mois d’Hassan Gül est une preuve que ce réseau opère en Irak. La piste Ansar al-Islam semble cependant privilégiée.

Jusqu’à présent, le Kurdistan était largement épargné par les actions terroristes. La cohabitation entre les Américains et les forces kurdes a toujours été sereine. Les GI ont été accueillis à bras ouverts dans l’espoir que cette collaboration serait payée de retour par un appui à la revendication kurde d’un Etat fédéral en Irak et du rattachement de la ville de Kirkouk au Kurdistan.

"Nous disons aux ennemis du Kurdistan et de l’Irak qu’ils ne porteront pas atteinte à l’unité du peuple irakien et aux revendications des Kurdes en faveur d’un Etat fédéral", a rappelé, dimanche, Massoud Barzani, le chef du PDK.

La veille, un autre attentat, à la voiture piégée cette fois, avait été perpétré à Mossoul, contre un commissariat de police. Neuf Irakiens ont été tués, dont deux policiers, et quarante-cinq autres ont été blessés. Le véhicule a réussi à franchir les barrages malgré les tirs des policiers et le kamikaze a actionné sa charge pratiquement devant le local de police.

Au moins cinq personnes ont, par ailleurs, été tuées par une explosion dans un dépôt de munitions, dans lequel elles s’étaient introduites pour le piller dans la nuit de samedi à dimanche, au sud de la ville de Kerbala. Trois autres Irakiens ont été tués et 35 capturés au cours d’une opération de l’armée américaine à Baïji, à 200 km au nord de Bagdad. Samedi, quatre Palestiniens sont morts ainsi qu’un Irakien lors d’un tir de roquette sur leur camp à Bagdad qui jouxte un camp militaire américain.

Trois GI ont également péri lors de l’explosion de leur véhicule, sur une route au sud de Kirkouk.

Cette série, non exhaustive, d’actes de violence et leur cortège de victimes ont coïncidé avec une visite inopinée à Bagdad, la troisième depuis la fin de la guerre, de Paul Wolfowitz, le secrétaire adjoint américain à la défense. Aucune indication n’a été fournie sur ce séjour qui coïncide avec le début des rotations de l’armée américaine. D’ici au moins de juin, les troupes seront relevées et ramenées de 130 000 à 105 000 hommes.

Michel BÔLE-RICHARD

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