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Le Monde, 7 décembre 2004

Informations internationales : Les méthodes esclavagistes des multinationales


Un rapport de la Confédération indépendante des syndicats libres (CISL) dénonce les conditions de travail pratiquées au sein des 3000 zones franches d’exportation (ZFE) qui existent dans le monde. Salaires de misère, journées sans fin, harcèlement, menaces, absence de droits : ces conditions confinent souvent à la servitude.


Salaires de misère, journées sans fin, harcèlement et menaces : c’est le lot quotidien de 42 millions de salariés dans le monde, souvent des femmes, parfois des enfants, employés des zones franches où exportation rime avec exploitation, accuse le mouvement syndical mondial.

Il existe plus de 3000 zones franches d’exportation (ZFE) dans le monde, dont les deux tiers en Chine, selon un recensement de l’Organisation internationale du travail (OIT). La Confédération indépendante des syndicats libres (CISL), première organisation syndicale mondiale avec 148 millions d’affiliés, en dénonce les réalités dans un rapport intitulé L’Envers des marques : conditions de travail et droits des travailleurs dans les zones franches d’exportation.

Quelle contribution au développement ?

Depuis les années 1970, ces zones attirent les investissements étrangers par des régimes fiscaux avantageux et une régulation allégée. En contrepartie, elles sont censées générer des revenus liés aux exportations. Mais les syndicats s’interrogent sur la "réelle contribution" de ces investissements à court terme, assortis de concessions fiscales très généreuses, employant une main-d’œuvre non spécialisée, au "développement" du Bangladesh, de la République dominicaine, du Honduras, de Madagascar ou du Sri Lanka, où ils ont relevé de graves violations des droits des salariés. Pour eux, des "dérives" aussi "intolérables" reflètent "l’urgente nécessité de renforcer la solidarité syndicale internationale".

Des salariés privés de droits

La majorité de ces zones se trouvent pourtant dans des pays qui ont ratifié les huit conventions de l’OIT, socle des normes du travail. Toutefois, dans les faits, nombre d’entreprises y sont exonérées de l’application du droit du travail. Ainsi, dans les six zones franches d’exportation du Bangladesh, aucun syndicat n’est autorisé, le travail des enfants et le harcèlement sexuel sont monnaie courante, ainsi que les heures supplémentaires non payées, et le chantage au licenciement est "utilisé pour faire cesser les doléances", déplore la CISL, réunie en congrès au Japon.

Begum Amena Mahmuda, déléguée du Bangladesh Jatiabadi Sramil Dal (BJSD, 2 millions d’affiliés), témoigne : "Beaucoup de femmes sont tentées de se syndiquer. Mais la plupart des entreprises étrangères ne l’autorisent pas. Seules quelques-unes le font." "Le Bangladesh est le plus pauvre des pays en voie de développement, notre problème principal est le chômage et l’illettrisme", rappelle-t-elle.

Aux Philippines, les trois ZFE de Luzon, près de Manille, hébergent des sociétés asiatiques, américaines et européennes qui paient moins de 250 pesos (quelque 3 euros) par jour, le salaire minimum, explique Democrito Tolo Mendoza (Trade Union Congress of the Philippines, TUCP, 1 million de membres). "Les syndicats n’arrivent pas à y pénétrer. C’est un très grave problème. Nous arrivons à organiser ces travailleurs, mais c’est très lent", souligne-t-il. La CISL y a décelé "des cadences de production inhumaines" et "l’intimidation des employés".

En Egypte, les travailleurs d’une ZFE doivent signer des lettres de démission dès l’embauche, pour laisser à leurs employeurs toute liberté de s’en débarrasser à leur convenance, selon les syndicats locaux.

Quelques avancées

Un travail de fourmi et quelques actions spectaculaires permettent toutefois aux syndicats de marquer quelques points. En septembre 2003, la CISL a diffusé une vidéo à l’occasion de la conférence de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun, montrant les mauvais traitements physiques imposés aux salariés de l’usine Corazon au Honduras. Après six mois d’une "âpre lutte", rapporte la CISL, les syndicats locaux obtenaient la deuxième convention collective signée au Honduras.

Avec AFP

Misère et exploitation

A Madagascar, Norosoa Ravalanirina (32 ans), employée dans une entreprise belge de tricot et de broderie : "Je fabrique des pulls à la machine, mais je n’ai pas de masque pour me protéger. Normalement, je peux fabriquer cinq pulls, mais quand l’employeur me dit de fabriquer neuf pièces, je n’y arrive pas, alors je suis parfois obligée de travailler jusqu’à 10 heures du soir. Je gagne environ 22 euros par mois, c’est très peu, car mon loyer coûte déjà 13 euros. Pour le riz ou la viande, le prix n’est plus abordable. Je suis obligée de marcher à pied jusqu’à l’usine car je n’ai pas de quoi payer le ticket de bus."

Au Mexique, Monica (26 ans), embauchée en 1999 par le sous-traitant SCI, qui fabrique des imprimantes pour Hewlett Packard (HP) : "J’étais dans une pièce avec deux infirmières. Du moins elles portaient des tenues d’infirmières. Elles étaient toutes les deux très grossières et elles m’ont vraiment malmenée. Elles m’ont posé toutes les questions habituelles concernant la cigarette, l’alcool, les maladies dans la famille. Puis l’une d’elles m’a dit : "Déshabille-toi, je dois vérifier si tu as des tatouages"... Elles m’ont demandé si j’étais enceinte. Je leur ai dit non, mais ça n’a pas suffi. Elles m’ont donné le papier à test et m’ont dit d’aller faire le test de grossesse dans la salle de bains. Puis elles ont ajouté : "Si tu as tes règles, montre-nous ta serviette hygiénique pour qu’on puisse vérifier"... - (AFP.)

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