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mercredi 22 février 2017
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Le Temps, 11 décembre 2004

Corruption : Le Tribunal de Milan acquitte Silvio Berlusconi de l’accusation de corruption de magistrats

par Eric JOZSEF


Vue de Rome

Dans un procès-fleuve, ouvert en mars 2000, le chef du gouvernement a bénéficié de la prescription pour un des faits qui lui étaient reprochés. Huit ans de prison avaient été requis par l’accusation.

Italie


Trop tard. Dix ans après le début des enquêtes et après quatre ans de procès, Silvio Berlusconi a été relaxé, vendredi 10 décembre 2004, en première instance, par les juges du Tribunal de Milan qui ont estimé que les faits qui étaient reprochés au chef du gouvernement italien sont prescrits.

Silvio Berlusconi

En tant que patron de la Fininvest, Silvio Berlusconi était soupçonné d’avoir, à la fin des années 1980 et jusqu’en 1991, corrompu des magistrats, avec l’aide de son ancien bras droit, Cesare Previti, condamné, en 2003, à cinq ans de réclusion. « Cette sentence peut changer l’histoire de ce pays et laisser une empreinte sur l’image de l’Italie », avait mis en garde, début décembre, l’avocat du président du Conseil Gaetano Pecorella à la fin de sa plaidoirie.

Gaetano Pecorella

Circonstances atténuantes

Concrètement, les juges de Milan ont accordé à Silvio Berlusconi des circonstances atténuantes réduisant de quinze à sept ans le délai de prescription du délit de corruption. Le dernier pot-de-vin présumé remontant à 1991, Silvio Berlusconi a été relaxé.

Iilda Boccassini

Pour l’autre chef d’accusation, à savoir la corruption de magistrats pour ajuster la sentence de l’affaire SME, c’est-à-dire empêcher par décision de justice la vente de ce groupe agro-alimentaire à Carlo De Beneddetti, le chef du gouvernement a été en revanche complètement blanchi. Le procureur, Ilda Boccassinia, avait réclamé huit ans de réclusion contre Silvio Berlusconi et l’interdiction à vie d’exercer toute fonction publique.

Carlo de Benedetti

A l’origine de l’affaire : la convocation, en 1995, par la brigade financière de Stefania Ariosto, la compagne de Vittorio Dotti, l’un des principaux avocats de Silvio Berlusconi.

Vittorio Dotti

Appelée à témoigner sur une petite histoire de paiements d’honoraires, celle-ci vide son sac. Elle multiplie les déclarations affirmant connaître des épisodes de corruption de juges romains auxquels elle aurait notamment assisté personnellement à deux reprises. Selon son témoignage, l’avocat Cesare Previti, le bras droit de Silvio Berlusconi, aurait ainsi mis en place, depuis les années 1980, un vaste mécanisme de corruption de magistrats pour ajuster des sentences. En 1989, Cesare Previti aurait ainsi remis une enveloppe au juge des enquêtes préliminaires de Rome Renato Squillante. « Vu que l’enveloppe n’était pas fermée, j’ai pu constater qu’elle était pleine d’argent », expliquera devant les juges Stefania Ariosto.

Stefania Ariosto

Pendant des mois, l’accusatrice est vilipendée par l’entourage de Silvio Berlusconi qui, sur la base de certaines contradictions et oublis de l’intéressée, l’accuse d’être une affabulatrice. Mais Stefania Ariosto est allée plus loin expliquant que le paiement des magistrats s’effectuait également à travers des comptes bancaires placés à l’étranger. Les commissions rogatoires effectuées par le Parquet de Milan viennent confirmer ses assertions. Le 6 mars 1991, une somme de 434404 dollars transite en quelques heures du compte « Ferrido », ouvert au Crédit Suisse de Chiasso au nom de Giuseppino Scabini, le responsable de la trésorerie de la Fininvest, vers celui de Cesare Previti, à Genève, pour être immédiatement renvoyé sur celui de Renato Squillante, dans une banque de Bellinzona.

Renato Squillante

Malgré les condamnations précédentes de Cesare Previti et Renato Squillante, le Tribunal de Milan a considéré qu’en ce qui concerne Silvio Berlusconi, les accusations liées à ce mouvement de capital suspect devaient être considérées comme prescrites.

Silvio-berlusconi en compagnie de Cesare Previti

« J’avais raison d’être serein », s’est réjoui hier soir Silvio Berlusconi. Cette affaire de corruption, la plus lourde pour le chef du gouvernement italien, était pratiquement la dernière d’une longue liste de procès dont il s’est toujours sorti, notamment grâce à la réforme du faux en bilan adoptée par sa majorité en 2001. Dans son camp politique, on exulte. « C’est une sentence qui lui rend justice », a par exemple déclaré le vice-président du Conseil (centre droit) Marco Follini.

Marco Follini

A l’inverse, l’ancien magistrat Antonio di Pietro, aujourd’hui l’un des responsables de l’opposition, a souligné que la « prescription n’est pas une déclaration d’innocence, mais présuppose la culpabilité ». Reste que dans l’ensemble les adversaires politiques de Silvio Berlusconi préfèrent ne pas polémiquer, en estimant que l’image du pays à l’étranger aurait été ternie par une condamnation. Au delà, la gauche redoutait qu’une telle issue ne provoque un tremblement de terre politique et des élections anticipées. Silvio Berlusconi n’aurait alors pas manqué de faire campagne en se présentant devant les Italiens comme le martyr d’une « justice politisée ».

Eric JOZSEF

Antonio di Pietro

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