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samedi 25 mars 2017
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AP, 13 décembre 2004

Corruption : Le commerce illicite du pétrole sous Saddam Hussein n’était pas un secret pour Washington


Un pipeline en feu, à Yusufiah, le 6 août 2004

NATIONS UNIES (AP) - Le pétrole irakien et son cortège d’irrégularités continuent de faire couler de l’encre. Lundi 13 décembre 2004, c’était au tour du conseil de surveillance internationale pour l’Irak, créé par l’ONU, de rendre son rapport sur la gestion par l’occupant américain de l’argent du pétrole irakien et des fonds du programme « pétrole contre nourriture ».

Irak


Le Conseil de sécurité de l’ONU avait mis sur pied un Fonds de développement irakien pour aider l’Autorité provisoire de la coalition (CPA), dirigée par Paul Bremer, à administrer l’Irak. Ce Fonds incluait les sommes provenant des ventes de pétrole irakien par la CPA ainsi que les millions de dollars restant de « pétrole contre nourriture », bouclé en novembre 2004. Selon le conseil de surveillance, la CPA aura mal géré l’argent irakien et pas réussi à lutter contre la corruption.

Paul Bremer

A l’heure où l’ONU est montrée du doigt par les Etats-Unis à cause de « pétrole contre nourriture », au coeur d’un scandale de corruption impliquant notamment le fils du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, le dossier des malversations autour du pétrole irakien se diversifie.

Kojo Annan

Selon Charles Duelfer, rapporteur de la CIA, qui a conclu à l’absence d’armes de destruction massive en Irak, mais s’est aussi penché sur les finances de Saddam Hussein, son « magot » provenait surtout de ventes illicites de pétrole à la Syrie, la Jordanie et la Turquie. Qui lui rapportait bien plus que les détournements via « pétrole contre nourriture »...

Charles Duelfer

Entre les deux guerres du Golfe, l’Irak était sous embargo. De 1996 à 2003, le programme humanitaire de l’ONU a autorisé Bagdad à vendre son pétrole pour financer l’achat de vivres ou médicaments, afin de soulager les souffrances des Irakiens. Un programme perverti, Bagdad ayant versé des pots-de-vin à tour de bras et détourné des sommes importantes.

Le pipeline Kirkouk-Ceyhan

Dans le collimateur, Kofi Annan a délégué l’ancien patron de la Fed Paul Volcker pour mener sa propre enquête. De leur côté, les Américains multiplient les commissions, manière pour eux de saper la crédibilité de l’ONU et de son secrétaire général.

Paul Volcker

Mais d’autres rappellent que la contrebande de pétrole avec la Syrie ou la Jordanie s’est déroulée au vu et au su des Etats-Unis. Le rapport de l’inspecteur en désarmement Charles Duelfer a établi que les détournements de « pétrole contre nourriture » ont rapporté 1,7 milliard de dollars à Saddam Hussein. Soit beaucoup moins que les contrats pétroliers illicites, d’un montant d’environ 8 milliards : plus de quatre avec la Jordanie, 2,8 avec la Syrie, 710 millions avec la Turquie...

Des pompiers irakiens luttent contre l’incendie d’un pipeline

Les membres des commissions sénatoriales américaines additionnent les chiffres de cette contrebande et ceux des détournements de « pétrole contre nourriture », reprochant le tout (soit 21,3 milliards de dollars) en bloc aux Nations Unies. Mais, pour les congressites démocrates, impossible de tenir l’ONU pour responsable d’une contrebande dont Washington avait connaissance : « Les trois-quarts de ces sommes (...) étant une chose à laquelle nous avions acquiescé, cela montre à quel point c’est une erreur d’en accuser Kofi Annan », souligne Carl Levin, sénateur démocrate du Michigan.

Carl Levin

Selon d’anciens responsables du département d’Etat, Washington n’avait guère d’autre choix que de fermer les yeux : en 1991, la Jordanie était aux abois, privée d’un partenaire commercial crucial par les sanctions contre l’Irak. Et ne pouvait acheter son pétrole ailleurs, boycottée par ceux qui lui reprochaient d’avoir soutenu Bagdad... « Nous nous sommes rendus compte que la Jordanie s’effondrerait », si elle ne pouvait accéder au pétrole irakien, explique David Mack, secrétaire d’Etat ajoint chargé du Proche-Orient à l’époque.

David L. Mack

Quant au trafic avec la Syrie, Washington aura élevé maintes objections, mais « il ne semblait y avoir aucun moyen de l’arrêter en dehors de l’action militaire », note Allen Keiswetter, qui occupa le poste de David Mack en 2000-2001. Les revenus des ventes de pétrole à la Syrie, déposé sur des comptes à Damas, ont notamment servi à Saddam Hussein à acheter des armes conventionnelles, précise le rapport Duelfer : de 2000 à 2003, la Syrie a été la principale source d’exportations interdites vers l’Irak. Par elles passaient les contrats avec le Bélarus, principal fournisseur d’armement haute technologie, la Corée du Nord et la Bulgarie.

Associated Press

Saddam Hussein

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