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mardi 21 février 2017
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Genève : pourquoi les élus « de gauche » redoutent-ils tant la transparence ?...

par Frank BRUNNER


Selon la Tribune de Genève, en date du lundi 23 juin 2003, à l’occasion d’une séance du Conseil municipal de la ville de Genève, « Soutenu par le Parti démocrate-chrétien (PDC) et l’Union démocratique du centre (UDC), le Parti libéral a déposé trois motions urgentes ayant trait aux événements survenus en marge des manifestations altermondialistes. (...) les partis bourgeois ont demandé à obtenir des chiffres sur les dégâts causés par les émeutiers à la ville et aux particuliers.

La droite a par ailleurs exigé que des démarches soient introduites au plan pénal et civil contre les responsables de ces dégâts.

Les élus libéraux ont par ailleurs exigé du Conseil administratif -l’exécutif de la ville de Genève- qu’il prenne langue avec le Département de justice, police et sécurité du canton afin d’obtenir des renseignements sur le rôle actif qu’auraient pu jouer certaines associations subventionnées par la ville de Genève dans le soutien apporté aux casseurs, la droite visant très explicitement l’Usine.

Plus largement, le Parti libéral a demandé que lui soit communiquée la liste exhaustive des soutiens et subventions apportés par la collectivité publique à toute organisation, afin de pouvoir juger des projets et de leur accomplissement.

Ces trois motions ont été rejetées par l’Alternative -extrême gauche, socialistes et Verts-, majoritaire, qui a dénoncé la « chasse aux sorcières » à laquelle se livrerait une opposition accusée de faire fi de la présomption d’innocence dont doit bénéficier l’Usine ; une association que la droite aurait, à maintes reprises, voulu rendre coupable de nombreux maux.

D’autres voix, à gauche, ont invoqué la séparation des pouvoirs pour ne pas substituer l’exécutif municipal aux instances judiciaires seules à même de procéder à de pareilles investigations. (...) »


Le petit jeu des ripoux

On relèvera que les trois motions déposées par les partis de droite étaient parfaitement légitimes. Les élus ont une responsabilité évidente dans la gestion de l’argent public et rien ne justifie qu’on fasse obstruction à une enquête. L’attitude des politiciens « de gauche » et de leurs alliés Verts est manifestement arbitraire. Leur « argumentation » n’est que pure hypocrisie.

On ne saurait prétendre, de bonne foi, qu’une enquête viole la présomption d’innocence au détriment des personnes qui y sont soumises. Ou alors, il faut interdire à la police d’enquêter à propos de qui que ce soit, et interdire au Parquet de traduire, devant les tribunaux, des personnes qui n’ont pas été jugées et qui bénéficient, elles aussi, de la présomption d’innocence...

En réalité, la finalité d’une enquête est d’établir des faits. Ces faits, une fois connus, peuvent aussi bien dissiper des soupçons infondés que confirmer des soupçons fondés ou faire apparaître des choses insoupçonnées. L’enquête permet d’éviter ou de rectifier des erreurs. Ainsi, non seulement une enquête ne viole pas la présomption d’innocence, mais elle est susceptible d’établir l’innocence d’une personne soupçonnée à tort.

Selon leur habitude, les politiciens « de gauche » et leurs alliés Verts, feignent de défendre de grands principes et se posent en martyrs, alors qu’ils s’efforcent simplement d’empêcher qu’on mette le nez dans leurs malversations et celles de leurs petits copains. Leur attitude est typiquement celle d’un escroc pris la main dans le sac, qui tente de s’en sortir en prenant de grands airs : « Comment osez-vous me soupçonner ? Je vais déposer plainte pour diffamation ! Et puis, qu’est-ce qui nous prouve que ce n’est pas vous-même qui avez glissé votre porte-monnaie dans ma poche ? »

Le cas de l’ADC

Un cas d’école est celui de l’Association de défense des chômeurs (ADC), à Genève. D’abord créée par des bénévoles très motivés, cette association a bientôt obtenu une subvention de 80000.- CHF par an, de la ville de Genève, ainsi qu’un local équipé à la rue Saint-Laurent. La subvention incluait deux postes de travail à mi-temps, ainsi qu’un poste de nettoyeur à temps partiel. Le trésorier, un membre du parti socialiste, a aussitôt entrepris de truquer la comptabilité et de se livrer à des abus de confiance. Au point que les salariés ont pris l’habitude de subir d’importants retards dans le paiement de leur salaire.

L’octroi d’une subvention équivalant à une sorte de reconnaissance officielle, l’ADC a suscité l’intérêt des partis d’extrême gauche (Parti du Travail et Solidarités), chacun désirant la manipuler dans un but électoraliste. Ainsi, en mai 1994, comme l’assemblée générale devait élire le comité, le PdT a rameuté ses membres afin que ceux-ci se rendent à cette assemblée générale et votent massivement pour certains candidats plutôt que d’autres. Aucun de ces candidats n’était d’ailleurs membre du PdT. Il en est résulté un scandale à la suite duquel le PdT a renoncé à s’ingérer dans les affaires de l’ADC.

Néanmoins, à la suite de cette affaire, le comité de l’ADC s’est retrouvé déchiré entre clans rivaux qui consacraient toute leur énergie à intriguer les uns contre les autres. Les bénévoles les plus motivés ont bientôt été écoeurés et ont quitté l’association les uns après les autres. Le président a attribué les postes du secrétariat à ses petits copains, après avoir fait paraître, aux frais de l’association, une offre d’emploi bidon, à laquelle une cinquantaine de chômeurs -parmi lesquels des avocats- avaient vainement répondus. Les personnes choisies par le président n’avaient aucune compétence particulièrement utile et ne maîtrisaient pas la loi sur le chômage, ce qui les empêchait de donner des conseils valables aux chômeurs. On se contentait, désormais, de les adresser à l’Office cantonal de l’emploi. En fait, la défense des chômeurs était devenue un alibi. Un chômeur pouvait se présenter au local de l’association, pour y demander un renseignement, et se retrouver à attendre durant une demi-heure tandis que les employés du secrétariat, indifférents, bavassaient au téléphone avec leurs copines.

En mai 1995, à l’occasion de l’assemblée générale, le parti Solidarités a décidé de noyauter massivement le comité de l’ADC, dont il voulait faire une marionnette électoraliste. Une réunion s’est tenue au siège du parti Solidarités, où il a été discuté, entre autres, des modifications à apporter aux statuts de l’ADC.

Le comité de l’ADC a pris l’habitude de présenter aux assemblées de l’association -comme aux autorités municipales- des « rapports d’activités » excessivement flatteurs, pour ne pas dire hautement fantaisistes. On gonflait la liste des membres et on élaborait des statistiques bidons censées démontrer que les chômeurs étaient toujours plus nombreux à se présenter au local de l’ADC. A en croire ces rapports, tout allait pour le mieux, tout baignait dans la plus complète harmonie, et chacun mouillait sa chemise au service des chômeurs... En réalité, les politicards ne levaient pas le plus petit doigt pour aider concrètement les chômeurs. Ils se contentaient de pérorer en menaçant d’exclusion quiconque refusait de se laisser manipuler par eux.

A la suite de cette élection de mai 1995, le comité de l’ADC s’est retrouvé plus déchiré que jamais. Son trésorier était, désormais, un membre du parti Solidarités. Il a aussitôt mis le doigt sur les malversations de son prédécesseur socialiste et a préconisé une plainte pénale, mais l’affaire a rapidement été étouffée. L’ex-trésorier a fait le classique numéro : « A travers moi, c’est mon parti -pour ne pas dire la démocratie elle-même- qu’on s’efforce de discréditer ! »

Pendant ce temps, l’employé au nettoyage, alors âgé de 58 ans, étranger titulaire d’un permis B -et redoutant que ce permis ne soit pas renouvelé-, a été injurié puis agressé au local, par des membres du comité, pour le motif qu’il s’était plaint d’un nouveau retard dans le paiement de son salaire. Tandis que plusieurs membres du comité tenaient ce vieillard, un autre le frappait à coups de poing. Une membre du parti Solidarités s’est acharnée à tenter de licencier abusivement ce nettoyeur, dont la présence était devenue fort gênante pour les ripoux. A l’occasion d’une agression ultérieure -une bagarre déclenchée par le président de l’ADC-, cet employé a eu la main fracturée et une artère sectionnée. Les employés du secrétariat -petits copains du président- ont refusé de lui accorder les premiers soins, alors que l’agression avait eu lieu à proximité du local. A la fin de cette même année 1995, et en pleine assemblée générale, cet employé a subi une troisième agression. Il s’agissait d’un prétexte pour l’expulser de la salle et l’empêcher de participer aux votes, lesquels s’annonçaient très serrés.

Toute cette affaire a tellement discrédité l’ADC que cette association est bientôt devenue politiquement compromettante. L’un après l’autre, les membres du parti Solidarités ont abandonné le comité. De surcroît, la subvention de 80000.- CHF par an a été réduite, en 1996, à 30000.- CHF par an. Il aurait fallu la supprimer complètement, ce qui aurait eu pour effet de démotiver les opportunistes, ceux-ci étant ainsi privés de leur sucrier. Au lieu de quoi, ce sont les opportunistes qui, au bout du compte, ont occupé le terrain, encaissant chaque année cette subvention alors que le local était, désormais, le plus souvent fermé, et que l’ADC ne présentait strictement aucun intérêt concret pour les chômeurs. En fait, cette subvention a été maintenue pour le seul motif que les partis politiques craignaient d’« avoir l’air d’être contre les chômeurs » s’ils décidaient de la supprimer...

L’exemple de l’ADC démontre que, dès l’instant où une association est inscrite sur le budget des subventions, on peut y faire n’importe quoi, et même n’y rien faire du tout. L’argent tombera néanmoins automatiquement chaque année. Au su des autorités municipales, qui se contentent de fermer les yeux, comme si ces subventions avaient officiellement pour finalité d’être détournées d’une manière ou d’une autre...

Le préjudice subi par la population

Or, il faut bien voir qu’avec toutes ces sommes détournées on pourrait améliorer le revenu des plus défavorisés, créer des crèches pour les enfants et rendre bien d’autres services à la population dans son ensemble. Ainsi, d’un côté, on jette l’argent public par les fenêtres, au profit des petits copains. D’un autre côté, on invoque l’endettement des finances publiques ou le déficit du budget pour refuser d’accroître les effectifs de fonctionnaires ou d’améliorer les prestations sociales. Une telle attitude mentale est particulièrement révoltante de la part de politiciens qui se disent « de gauche » et prétendent représenter les plus défavorisés.

Encore du beau linge pour nous gouverner

Quand on les coince sur une magouille, les politiciens commencent par tout nier. On croirait avoir affaire à des truands chevronnés. Même avec les preuves sous le nez, ils persistent à nier. Ils poussent le cynisme jusqu’à vous traiter de menteur et de mythomane... A l’occasion d’un procès, le député genevois et conseiller national du Parti du Travail (PdT) Jean Spielmann persistait à nier des faits impliquant son parti, dans l’affaire de l’ADC, même après que plusieurs membres du comité directeur du PdT -également impliqués- aient avoué. D’ailleurs, Jean Spielmann n’a jamais cessé de nier, et ce jusqu’au tribunal fédéral. Il niait même les faits établis par des documents écrits...

A l’époque, Jean Spielmann était défendu par l’avocat Christian Ferrazino, actuellement conseiller administratif de la ville de Genève. Dans le but de « prouver » les prétendues calomnies dont l’ADC et le PdT étaient soi-disant victimes, Christian Ferrazino n’a pas hésité à inventer des fausses citations, en italiques et entre guillemets, qu’il a introduites dans un mémoire destiné au tribunal... Ces fausses « citations » étaient attribuées au prétendu calomniateur. On ne peut pas dire que les scrupules étouffent ce beau monde.

On nie durant toute la procédure puis, une fois condamné sans appel, on se donne encore des airs de martyr : « Pourquoi évoquez-vous ces histoires anciennes ? Voulez-vous donc à tout prix faire du scandale ? Ne regardez pas le passé ! Regardez l’avenir ! Tournons la page et discutons plutôt de la prochaine magouille !... »

Quant au conseiller administratif Vert de la ville de Genève, Patrice Mugny, on se souvient qu’il a été rédacteur en chef du Courrier : le quotidien indépendant de la vérité. Dans ses éditoriaux, Patrice Mugny se donnait régulièrement des airs de gardien de l’éthique journalistique et de la morale réunies, alors même qu’il passait systématiquement sous silence les magouilles de « la gauche ». Ce qui est d’ailleurs devenu une tradition à la rédaction du Courrier.

Liste démesurée

La liste des associations subventionnées par seule la ville de Genève occupe un nombre incroyable de pages, à raison d’une association par ligne... Les élus « de gauche » savent fort bien que la ville de Genève subventionne des quantités d’associations bidons. Ce sont eux-mêmes qui ont voté ces subventions, après les avoir proposées au Conseil municipal.

Derrière ces associations bidons, on trouve toujours des petits copains politicards, qui ont ainsi la possibilité de se sucrer avec l’argent public. De façon routinière, à travers ces associations, on subventionne des sinécures pour ces petits copains. Ou encore, ceux-ci truquent la comptabilité, gonflent les factures et se mettent un maximum d’argent dans la poche.

Une autre méthode, pour arroser les petits copains, consiste à les payer afin qu’ils rédigent une prétendue « étude » bidon commandée par tel ou tel conseiller administratif.

En résumé, ces gens se comportent comme si l’argent public leur appartenait personnellement et qu’ils étaient en droit de le dilapider pour entretenir des relations de copinage. Ces faits sont pourtant constitutifs de gestion déloyale et d’abus de confiance.

On comprend sans peine pourquoi les élus « de gauche » et leurs alliés Verts ne veulent à aucun prix d’une enquête.

Raison de plus pour enquêter.

Frank BRUNNER

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