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Le Monde, 21 décembre 2004

Gambia : Par qui le doyen des journalistes a-t-il été assassiné ?

par Stephen SMITH


Vue de Banjul

Bien au-delà de la petite communauté des journalistes, à Banjul, tous veulent marcher, mercredi 22 décembre, pour "le Doyen". C’est ainsi qu’était appelé, avec respect, Deida Hydara, à 58 ans un pionnier de la liberté de la presse en Afrique de l’Ouest, mort dans la nuit du 16 décembre 2004.

Alors qu’il raccompagnait deux collaboratrices de son hebdomadaire, The Point, il a été tué par un tireur à bord d’une Mercedes qui lui a logé trois balles dans la tête.

Gambia


Depuis, selon l’un de ses amis joint par téléphone, "rien n’est ici comme avant". La plupart des titres de la presse privée observent une grève d’une semaine depuis que Deida Hydara a été enterré, vendredi 17 décembre 2004. Les journaux qui paraissent encore publient de pleines pages avec sa photo, légendée d’extraits de la Constitution garantissant la liberté d’expression.

Vue de Banjul

Comme à l’enterrement, "on attend beaucoup de monde" pour la marche qui doit conduire au ministère de l’intérieur, dit encore l’ami "qui préfère ne pas être nommé". C’est cela, aussi, qui a changé : ses confrères protestent, certes, mais ils ont peur. Lui, un calme et pondéré, s’était battu toute sa vie pour dire leur fait aux régimes qui se sont succédés. Correspondant de l’Agence France-Presse (AFP) depuis trente ans, représentant de Reporters sans frontières (RSF) depuis une décennie, il avait été de tous les combats.

Deida Hydara

Le dernier d’entre eux aura été celui mené contre deux lois sur la presse, adoptées dans les jours précédant son assassinat : l’une qui prévoit des peines de prison -jusqu’à trois ans- pour la publication de propos "séditieux" ou simplement "malveillants" ; l’autre exigeant le versement de l’équivalent de 16600 dollars pour l’obtention d’une licence de publication, quitte à hypothéquer sa maison. Dans ces conditions, Pap Saine, copropriétaire du Point, va fermer le journal.

Scène de rue à Brikama

Un confrère de l’Independent vient d’être séquestré pendant une semaine par les services de renseignement, un avocat défenseur des droits de l’homme s’est fait tirer dessus, il y a un an. Aucune enquête policière n’a jamais abouti. Le ministre gambien de l’information, Amadou Janneh, conteste tout lien entre les lois répressives et l’assassinat de Deida Hydara. "Il n’était pas le seul à s’y opposer", fait-il remarquer, ajoutant : "Le gouvernement ne viserait jamais quelqu’un qui exprime ses idées."

Parce qu’il voulait qu’il en fût ainsi, "le Doyen" est mort.

Stephen SMITH

Un bateau fluvial

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