retour article original

mercredi 26 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (13ème partie) : Décembre 2004
Reuters, 25 décembre 2004

Irak : Sombre Noël pour les soldats dans le "triangle de la mort"

par Matt SPETALNICK

,

par Matt SPETALNICK


ISKANDARIAH, Irak (Reuters) - Au premier coup de minuit, un groupe de "marines" était en train de dynamiter des portes, traquant un meneur de la résistance irakienne, à Iskandariah, l’une des villes les plus explosives du pays. Ils espéraient pouvoir le remettre à leur commandant en guise de cadeau de Noël.


Des salves de tirs et des déflagrations assourdissantes ont certes secoué le quartier chic de la ville où ils opéraient, mais ils sont rentrés bredouilles après avoir passé au crible plusieurs maisons. Iskandariah est située dans une région rétive au sud de Bagdad surnommée le "triangle de la mort". "Espérons que le reste de Noël ne sera pas aussi décevant", soupire un Marine de 21 ans qui s’était pourtant lancé la fleur au fusil dans cette mission méticuleusement préparée.

Sur la base "Kalsu" qui leur sert actuellement de foyer, exception faite de quelques guirlandes et, ça et là, d’un bonnet de père Noël dépassant d’un casque, c’est un jour comme les autres. Le centre de commandement qu’abrite le camp, situé à une cinquantaine de kilomètres au sud de Bagdad, fourmille d’activité. Les mécaniciens s’affairent autour des véhicules blindés Humvee, dont les cicatrices trahissent les attaques quotidiennes dont ils sont la cible, et des hélicoptères de transport nouvellement livrés.

Comme tant d’autres bases américaines en Irak, Kalsu a été placée en état d’alerte élevée, les Etats-Unis craignant une recrudescence des attentats pendant la période de Noël. Ces craintes se sont vérifiées avec l’attentat qui a frappé, mardi 21 décembre 2004, une tente-réfectoire sur une base américaine à Mossoul, faisant 22 morts dont 18 Américains. "Cela leur fournirait des munitions psychologiques que de pouvoir se vanter de nous avoir frappés à Noël", analyse le colonel Ron Johnson, commandant de la 24e Unité expéditionnaire de marines, basée à Kalsu.

Humeur peu festive

A des milliers de kilomètres de leurs proches, travaillant sans relâche et confrontés à une résistance multiforme et persistante, la plupart des soldats affichent une humeur maussade. Plusieurs Marines disent même profiter de Noël pour se souvenir de leurs camarades tombés au combat. "On a le mal du pays, mais il faut le reléguer au second plan, sinon on devient fou", explique le caporal Andrew Alderson, 20 ans, de Caroline du Nord, qui compte se marier à son retour.

Conscients de l’anxiété et du stress qui vont croissant chez les 150000 soldats américains en Irak, leurs supérieurs ont tenté de leur changer les idées par de petites attentions susceptibles de leur rappeler que c’est Noël. Des aumôniers militaires ont donné des messes et des généraux ont effectué des visites destinées à remonter le moral aux soldats. Le secrétaire général à la Défense, Donald Rumsfeld, s’est lui-même déplacé pour passer la veillée de Noël en Irak, auprès des troupes, auxquelles il a promis qu’elles pouvaient l’emporter malgré les difficultés.

Les cuisiniers ont distribué des dindes rôties et des repas chauds ont été fournis aux soldats déployés dans des postes de contrôle éloignés des bases, parfois dans un froid mordant. Mais tous étaient sur leurs gardes.

A Kalsu, les mesures de sécurité ont été renforcées, se portant tout particulièrement sur la surveillance des Irakiens, civils ou membres des forces de sécurité, qui sont plusieurs centaines à vivre sur la base aux côtés des forces américaines. Le kamikaze de Mosssoul portait en effet un uniforme irakien, un élément inquiétant pour les forces américaines, qui espèrent pouvoir confier bientôt aux Irakiens la responsabilité des opérations de sécurité.

Gilet pare-balles obligatoire

A Kalsu -un camp qui est fréquemment la cible de tirs de mortier- les Marines doivent porter un gilet pare-balles à tout moment, et notamment à table, une consigne donnée il y a longtemps déjà et qui a déjà sauvé des vies quand un obus s’est abattu sur le cybercafé de la base, en décembre 2004, faisant 15 blessés. La plupart des victimes de l’attentat de Mossoul ne portaient pas de gilet pare-balles.

Au lieu de vivre un Noël tendu dans la crainte d’une éventuelle attaque, les commandants militaires américains ont décidé de marquer le coup par une offensive. Leur cible : Ali Kazar, l’un des meneurs présumés de la résistance sunnite dans cette région de la vallée de l’Euphrate où le soutien à l’ancien dirigeant Saddam Hussein demeure répandu.

Des soldats américains et des policiers irakiens vêtus de treillis ont pénétré dans la ville dans un convoi de véhicules Humvee, n’hésitant pas à détruire un bâtiment où ils pensaient trouver Ali Kazar. Des civils en sont sortis, les pieds nus, mais seules deux personnes, dont un membre du Parti Baas -aujourd’hui dissous- de Saddam Hussein ont été arrêtés. Parmi les autres se trouvaient des femmes et des enfants.

De nombreux Irakiens accusent les Américains d’avoir la main lourde dans leurs opérations, et d’attiser ainsi l’hostilité aux forces américaines parmi la population, ce que les autorités américaines démentent.

Les soldats américains et les policiers ont regagné leurs véhicules pour se rendre dans une mosquée voisine où ils pensaient, là aussi, trouver Ali Kazar. Ils n’ont récolté que trois suspects de moindre envergure et plusieurs fusils d’assaut.

Quelques minutes plus tard, les Marines étaient de retour sur leur base, où une banderole orne l’entrée du centre de commandement. "Paix dans le monde", proclame-t-elle.

Matt SPETALNICK

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • Matt SPETALNICK

  • , AUTEURS 
  • Matt SPETALNICK

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source