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Le Monde, 6 février 2004

Armes en Irak : la CIA se justifie et protège l’administration Bush

Washington de notre correspondant. Suivi de : George W. Bush nomme une commission d’enquête sur les ADM © SDA-ATS News Service, 6 février 2004

par Patrick JARREAU


Mis en accusation, pris dans la polémique sur la réalité des armes de destruction massive produites par le régime de Saddam Hussein, le patron du renseignement américain, George Tenet, est intervenu, jeudi 5 février, pour défendre le travail de ses services. Tout en reconnaissant avoir pu "surestimer les progrès" faits par l’Irak dans le nucléaire, M. Tenet a estimé que le renseignement fourni à l’exécutif américain était correct. Il a précisé que ses experts n’avaient jamais parlé de"menace imminente". Le même jour, George Bush a adapté son discours, en évoquant "l’intention" qu’avait Saddam de développer des armes de destruction massive.


L’administration Bush se débat avec l’affaire des armes de destruction massive qu’elle a accusé l’Irak de détenir et qui n’y ont pas été trouvées. La bataille est riche en épisodes inattendus ou inhabituels.

L’un des plus surprenants a été, jeudi 5 février, le discours prononcé par le directeur de l’Agence centrale de renseignement (CIA), George Tenet, pour défendre les services de renseignement et sa propre place contre le reproche d’avoir fourni de fausses informations aux responsables gouvernementaux au sujet de la menace irakienne.

"Je n’ai jamais vu une chose pareille", a commenté un parlementaire républicain, Richard Shelby, membre de la commission du renseignement du Sénat.

M. Tenet a choisi de s’exprimer dans l’université où il fit ses études, celle de Georgetown, à Washington, l’une de celles qui forment les hauts fonctionnaires américains. Dans une grande salle néogothique pleine d’étudiants et de journalistes, le directeur du renseignement central a voulu répondre, point par point, aux propos de David Kay, ancien chef du groupe chargé de rechercher les armements supposés de Saddam Hussein (ISG). Depuis presque deux semaines, M. Kay, qui a donné sa démission d’un poste auquel il avait été nommé sur la suggestion de M. Tenet, explique que ce qu’il croyait trouver n’existe pas et que les services de renseignement ont commis une lourde erreur.

"Accusation infondée"

Très pugnace, M. Tenet a soutenu que les espions américains ont bien fait leur travail et qu’ils n’ont jamais parlé de "menace imminente", comme on les en accuse aujourd’hui. Le chef de la CIA a demandé "du temps" et répété, plusieurs fois, que la mission du groupe de recherche est loin d’être terminée.

"Malgré certaines déclarations publiques, nous n’avons certainement pas mené 85 % des recherches", a-t-il dit, se référant ainsi, pour le contredire, à un propos de M. Kay. A l’intention de ce dernier encore, il a lancé : "Une mise en accusation globale de nos moyens de renseignement humain est totalement infondée."L’ancien responsable de l’ISG estime en effet que les erreurs des services de renseignement sont dues au fait qu’ils s’en remettent aux photos et aux interceptions de communications par satellites, faute de disposer d’agents capables de pénétrer les gouvernements, les armées ou les organisations ennemis.

Le directeur de la CIA n’a rien dit de la décision prise par M. Bush de nommer une commission chargée d’enquêter sur les services de renseignement. Le président devait faire connaître vendredi la liste des neuf membres de cette commission, parmi lesquels devrait figurer, selon une information donnée officieusement par la Maison Blanche, le sénateur John McCain. La présence de M. McCain, personnalité respectée par les démocrates, est destinée à renforcer le crédit de la future commission.

La Maison Blanche a emboîté le pas à M. Kay et accepté l’idée d’une commission d’enquête, mais il y a peu de chance que l’ancien inspecteur en fasse partie.

M. Bush et son équipe ménagent M. Kay, que le président a reçu à déjeuner lundi, mais ils lui en veulent d’avoir mis le gouvernement sur la défensive. "Les rats courent en tous sens à la recherche de trous", ironise Gary Schmitt, un expert des questions de défense qui fait partie des néoconservateurs, très partisans de la guerre en Irak.

Avant M. Tenet, Donald Rumsfeld, le ministre de la défense, a défendu les services de renseignement. Il s’est efforcé aussi de se défendre lui-même, mercredi, devant la commission de la défense du Sénat.

Le démocrate Edward Kennedy lui a rappelé certaines de ses affirmations catégoriques au sujet des armes non conventionnelles et de la capacité des spécialistes américains à les trouver. M. Rumsfeld a reconnu avoir parfois emprunté "des raccourcis" malheureux dans ses déclarations publiques, mais il a repris l’antienne de la Maison Blanche : "Les recherches ne sont pas terminées." Le ministre a affirmé qu’on pourrait trouver des stocks chimiques dans des caches comme celle où l’on a découvert Saddam Hussein le 13 décembre. "Je ne suis pas d’accord", a commenté jeudi M. Kay.

Les réserves de Colin Powell

Un an après sa fameuse "présentation" au Conseil de sécurité de l’ONU, énonçant les certitudes des dirigeants américains au sujet des armes de Saddam Hussein, le secrétaire d’Etat, Colin Powell, dit maintenant que, s’il avait su ce que les 1 400 inspecteurs dirigés par M. Kay ont établi, il n’aurait pas conseillé à M. Bush d’engager les hostilités en Irak. "On savait que Powell était réservé à propos de la guerre. Il n’est pas étonnant qu’il le confirme aujourd’hui", observe M. Schmitt. Ce qui est plus étrange, c’est que M. Powell se dissocie de M. Tenet, avec lequel il était allié, il y a un an, face aux tenants de la ligne dure qu’étaient le vice-président, Richard Cheney, M. Rumsfeld et son adjoint, Paul Wolfowitz. Le patron de la CIA s’était montré, en effet, relativement prudent. Il avait envoyé au Congrès, en octobre 2002, une lettre dans laquelle il disait n’avoir aucune preuve que le régime de Bagdad se préparait à agresser l’Amérique.

M. Bush a adopté la thèse de "l’intention", développée par M. Tenet. "Nous savons que Saddam Hussein avait l’intention d’armer son régime avec des armes de destruction massive", a-t-il déclaré pour justifier la décision de faire la guerre.

Patrick JARREAU

WASHINGTON - George W. Bush a annoncé la création formelle d’une commission chargée d’enquêter sur les services de renseignement américains. Elle devra déterminer pourquoi la CIA a estimé que l’Irak possédait des armes de destruction massive.

"Nous sommes déterminés à comprendre" pourquoi aucune arme de destruction massive (ADM) n’a été trouvée en Irak, a déclaré M. Bush lors d’une allocution à la Maison Blanche. A l’origine, il avait résisté à la création d’une telle commission mais avait dû finalement s’y résoudre sur la pression du Congrès.

Le président américain a nommé la totalité des membres de cette commission. Elle sera présidée par Chuck Robb, un ex-sénateur démocrate, assisté d’un républicain, le juge Lawrence Silverman. Parmi les neuf membres de la commission figure notamment le sénateur républicain John McCain.

La commission devra remettre son rapport le 31 mars 2005, après l’élection présidentielle de novembre prochain à laquelle George W.Bush est candidat pour un second mandat de quatre ans. Elle a devra examiner l’action des Etats-Unis et de leurs services de renseignements (CIA) pour lutter contre la prolifération des armes de destruction massive.

La semaine dernière, l’ex-chef du groupe d’inspection américain en Irak, David Kay, avait estimé devant le Congrès que les services de renseignement américains s’étaient trompés en indiquant que le régime de Saddam Hussein possédait des ADM avant la guerre.

Mais, selon M. Bush, David Kay a "dit la semaine dernière que Saddam Hussein avait des programmes d’armement et des activités qui violaient les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et représentaient une menace pour le monde".

© SDA-ATS News Service

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