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AP, 9 janvier 2005

Crimes de guerre américains : Guantanamo, le déni de justice permanent

par Paisley DODDS


BASE NAVALE DE GUANTANAMO, Cuba (AP) - Le 11 janvier 2002, une vingtaine de détenus, menottés, les yeux bandés, vêtus de combinaisons orange, descendaient de l’avion les amenant d’Afghanistan et découvraient Camp X-Ray, des cellules de fortune en plein air, entourées de barbelés, planté sur un morceau d’Amérique perdu au bout d’une île communiste des Caraïbes.

Trois ans après son ouverture, le très controversé camp de détention de Guantanamo est devenu un établissement permanent, où pourtant ni les détenus ni les geôliers ne savent rien de l’avenir.


« Guantanamo est l’incarnation même du non-droit », dénonce Amnesty International. « En plus de 1000 jours de détention, elle est devenue le symbole d’une tentative de se mettre au-dessus des lois de la part d’un gouvernement. L’exemple de Guantanamo est dangereux pour nous tous ».

Depuis longtemps déjà, la plupart des 550 détenus de 42 pays, raflés pendant la guerre en Afghanistan pour liens présumés avec les talibans ou Al-Qaïda, ne sont plus considérés comme pouvant fournir des renseignements intéressants, susceptibles notamment de permettre l’arrestation d’Oussama Ben Laden, ce qui était le premier objectif à l’époque. Mais ils ne risquent pas non plus de pouvoir rentrer chez eux de sitôt : certains sont empêtrés dans des procédures judiciaires de longue haleine, d’autres restent considérés comme une menace pour l’Amérique.

Seuls quatre de ces suspects ont été formellement inculpés : un chauffeur d’Oussama Ben Laden, un comptable d’Al-Qaïda, un responsable de la propagande et un cow-boy australien devenu taliban. La plupart des prisonniers s’éternisant dans cette étrange détention préventive n’ont jamais eu accès à un avocat.

Sans compter les affaires de tortures. Selon des documents récents, le FBI avait déjà alerté le gouvernement sur ces abus en 2002, soit deux ans avant l’affaire de la prison d’Abou Ghraïb en Irak. Le Pentagone n’aurait pas réagi, selon une lettre d’un haut responsable de la Justice dont l’Associated Press a obtenu copie.

Pour l’armée, qui a cependant demandé l’ouverture d’une enquête indépendante, c’est officiellement de l’histoire ancienne : après quelques couacs, les « méthodes douteuses d’interrogatoire » n’auraient plus cours à Guantanamo.

Début 2002, en incarcérant au grand dam de la communauté internationale ces « combattants ennemis » au statut juridique inexistant au regard du droit international, le gouvernement américain comptait les faire juger par des commissions militaires inventées pour l’occasion.

Mais les juges civils américains rechignent. En novembre 2004, l’un d’eux a estimé que Salim Ahmed Hamdan, 34 ans, chauffeur d’Oussama Ben Laden, ne pourrait être jugé qu’une fois qu’un tribunal compétent aura décidé qu’il n’a pas droit à la protection dont bénéficient les prisonniers de guerre au regard des Conventions de Genève. Tout en décidant dans le même temps qu’il ne pourrait pas être jugé par un tribunal militaire ne respectant pas les protections prévues dans le code américain unifié de la justice militaire... Du coup, ce jugement, qui ne concernait qu’un seul individu, a de fait bloqué toutes les autres affaires.

En attendant, Guantanamo s’installe comme pour durer, même si son nouveau patron depuis neuf mois, le général Jay Hood, reconnaît ne « pas savoir où cela nous mènera dans quatre ou cinq ans ». Fini le provisoire du Camp X-Ray : les détenus vivent désormais dans le Camp Delta, dans des cellules préfabriquées, où ils peuvent communiquer via des portes grillagées, ou à Camp Five, prison de haute sécurité.

Un autre bâtiment équipé de caméras de surveillance est en projet, ainsi qu’une aile psychiatrique -Guantanamo a connu 34 tentatives de suicide- et une barrière de sécurité ultra-moderne. Un bataillon de 324 policiers militaires spécialisés doit remplacer les geôliers actuels, réservistes pour la plupart.

Deux cents détenus ont déjà été libérés ou transférés, dont cinq Marocains actuellement jugés au pays. Depuis que la Cour suprême américaine a autorisé, en juin 2004, les prisonniers de Guantanamo à faire appel de leur détention devant la justice fédérale, 69 d’entre eux ont entamé la démarche.

Et, au bout du compte, les responsables gèrent maintenant Guantanamo dans l’optique de la libération de nombre des détenus, explique le général Hood. Du coup, ils s’occupent de réinsertion, pour éviter surtout « qu’ils n’en veuillent aux Etats-Unis ou à l’Occident pour le temps qu’ils auront passé ici », note-t-il. Et de souligner notamment le succès des cours d’alphabétisation en pachtoun... Même si pour le Koweïtien Khaled Al-Odah, dont le fils de 27 ans est à Guantanamo depuis trois ans, « c’est un cauchemar qui s’éternise ».

Paisley DODDS

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