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jeudi 17 août 2017
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AFP, 10 janvier 2005

Proche-Orient : Mahmoud Abbas élu président de l’Autorité palestinienne

Suivi d’un commentaire


Scène de rue à Gaza, le 8 janvier 2005

RAMALLAH (Cisjordanie) (AFP) - Le candidat du principal mouvement palestinien Fatah, a été élu, dimanche 9 janvier 2005, à une écrasante majorité, président de l’Autorité palestinienne, succédant à Yasser Arafat, selon les sondages sortie des urnes.

Mahmoud Abbas


Dès l’annonce des résultats, M. Abbas a promis de mettre fin à la souffrance des Palestiniens "car c’est un peuple qui mérite toute notre estime, notre respect et notre fidélité".

Un policier palestinien à Ramallah, le 8 janvier 2005

Un haut responsable israélien a exprimé de son côté l’espoir qu’"en élisant Abou Mazen (surnom de M. Abbas), les Palestiniens ont ouvert une ère de paix et qu’ils s’engagent sur la voie du compromis et du dialogue".

Un réfugié palestinien suit les élections à la rafio, depuis le camp de Baqaa, en Jordanie, le 9 janvier 2005

Les radicaux islamistes du Hamas et du Jihad islamique, qui avaient appelé au boycottage de l’élection, n’ont pas réagi aux premiers résultats. Mais ils avaient indiqué qu’ils coopéreraient avec le vainqueur quel qu’il soit.

Des Palestiniens votent au camp de réfugiés libanais d’Ein El-Hilweh, le 9 janvier 2005

Le président américain George W. Bush a salué de son côté la bonne tenue et la forte participation de l’élection palestinienne "historique" de dimanche, et s’est déclaré prêt à travailler avec le vainqueur. "Il s’agit d’une journée historique pour le peuple palestinien et pour les peuples du Proche-Orient", a affirmé M. Bush dans une déclaration publiée par la Maison Blanche après que les sondages sortie des urnes eurent donné Mahmoud Abbas largement gagnant.

Scène de rue à Bureij, le 9 janvier 2005

Pour le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier, l’élection en Palestine constitue "une première victoire pour la paix" dans un entretien avec le quotidien français d’informations générales Le Parisien/Aujourd’hui de lundi. M. Barnier estime en substance que les Palestiniens viennent de donner avec l’organisation de ce scrutin "une preuve de responsabilité". "C’est une victoire pour la démocratie, une première victoire pour la paix", ajoute-t-il.

Michel Barnier

Selon un sondage effectué par le Centre palestinien de politique et de recherches (PSR, indépendant), basé à Ramallah, M. Abbas, 69 ans, a recueilli 66,3 % des voix contre 19,7 % pour son principal rival, l’indépendant Moustapha Barghouthi, 51 ans. Ce sondage a été réalisé à la sortie de 122 bureaux de vote en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, a précisé le PSR en estimant le taux de participation à 65% des électeurs enregistrés. Un autre sondage sortie des urnes réalisé par l’Université de Bir Zeit, près de Ramallah, crédite M. Abbas de 66,1 % des suffrages contre 18,1 % pour M. Barghouthi. Selon le sondage sortie des urnes du PSR, Tayssir Khaled du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) a recueilli 3,8 % des suffrages, Bassam Al-Salhi (parti du peuple) 2,7 %, Abdelhalim Al-Ashqar (islamiste indépendant assigné à résidence aux Etats-Unis) 2,4 %, Sayyed Barakah (islamiste indépendant) 1,1 % et l’indépendant Abdelkarim Choubeir 0,7 %. Environ 1,8 million de Palestiniens âgés de plus de 18 ans avaient le droit de participer à ce scrutin, selon la CEC.

Moustafa Barghouti

Ramallah a tout de suite connu des scènes de liesse. Des sympathisants du Fatah ont tiré des coups de feu en l’air et quelque 200 personnes, brandissant des drapeaux palestiniens, se sont réunies dans le centre-ville pour manifester leur allégresse.

Scène de rue à Dheisheh, le 9 janvier 2005

Les résultats officiels doivent être communiqués, lundi 10 janvier 2005, par la Commission électorale centrale (CEC) à Ramallah et le vainqueur disposera d’un mandat de quatre ans renouvelable une fois.

Des Palestiniens au poste de contrôle israélien d’Hawara, le 9 janvier 2005

Avant la fin du scrutin, Israël avait fait valoir son intention de reprendre le dialogue avec l’Autorité palestinienne en cas d’élection de M. Abbas, à la condition que celui-ci engage une lutte sans merci contre la violence. "Si nous constatons qu’il y a un effort réel des Palestiniens en ce sens, nous sommes prêts à faire de nombreux gestes, notamment à envisager d’élargir un certain nombre de prisonniers palestiniens et de lever des barrages routiers" dans les territoires occupés, a déclaré le chef de la diplomatie israélienne Sylvan Shalom à la télévision publique.

Scène de rue à Khan Younis, le 9 janvier 2005

M. Abbas, un modéré qui prône la démilitarisation de l’Intifada, était le grand favori de cette élection, la deuxième organisée dans les territoires occupés après celle qui avait vu l’accession au pouvoir de Yasser Arafat en 1996. Ces derniers jours, il a fait valoir que s’il était élu, il "engagerait au plus vite des négociations avec Israël". Le Premier ministre Ariel Sharon a lui aussi fait savoir qu’il était prêt à rencontrer "le plus tôt possible" le nouveau président en vue du retrait israélien prévu en 2005 de la bande de Gaza et de quatre colonies de la Cisjordanie.

Un résistant confie son pistolet à des policiers palestiniens, avant d’entrer dans un bureau de vote, à Khan Younis, le 9 janvier 2005

La victoire de M. Abbas est "un message de démocratie du peuple palestinien au monde", a déclaré son directeur de campagne. Le ministre palestinien en charge des Négociations Saëb Erakat a pour sa part parlé d’une "victoire pour le peuple palestinien, la démocratie et la continuité" de l’héritage de Arafat.

Contrôle d’identité à Khan Younis, avant le vote du 9 janvier 2005

Les bureaux de vote, ouverts à 07h00, ont fermé à 21h00, après une décision de prolonger leur ouverture de deux heures pour permettre à plus d’électeurs de participer au scrutin. A l’origine de cette décision, la CEC a accusé Israël de ne pas avoir tenu ses engagements de faciliter la circulation de la population.

Des électrices votent, à Jebaliya, le 9 janvier 2005

L’ancien Premier ministre français Michel Rocard, chef des observateurs européens qui ont sillonné les territoires, a de son côté fait état d’incidents mineurs durant le cours des opérations de vote.

Agence France Presse

Michel Rocard

Commentaire

Il est pour le moins douteux que l’élection de Mahmoud Abbas aboutisse à la paix entre Israéliens et Palestiniens. La logique interne de la situation ne justifie pas l’optimisme "politiquement correct" affiché de toutes parts.

Dépouillement du scrutin à Ramallah, le 9 janvier 2005

Tout d’abord, on relèvera que l’élection de Mahmoud Abbas n’altère en rien la légitimité de la résistance palestinienne, puisque cette résistance trouve sa raison d’être dans la politique oppressive des gouvernements israéliens successifs.

Un partisan de Mahmoud Abbas fête son élection, à Ramallah, le 9 janvier 2005

Le gouvernement israélien actuel semble exiger que Mahmoud Abbas se lance dans la répression des résistants, en guise de "preuve de sa volonté de paix". Or, si Mahmoud Abbas s’engageait dans une telle politique, il ne parviendrait qu’à provoquer une guerre civile entre Palestiniens. Mahmoud Abbas apparaîtrait comme un traître. Cette guerre civile lui ferait aussitôt perdre toute autorité morale.

Des partisans de Mahmoud Abbas fêtent sa victoire, à Ramallah, le 10 janvier 2005

Tout au plus Mahmoud Abbas peut-il demander aux résistants palestiniens une sorte de trêve prolongée, dans le but de favoriser des négociations de paix. Toutefois, pour que les résistants palestiniens acceptent une trêve, il faudrait que le gouvernement israélien mette un terme à sa politique de terreur, d’humiliations et de provocations continuelles. Or, le gouvernement israélien n’a pas la moindre intention de renoncer à sa politique. Il veut que les résistants capitulent sans condition, en se soumettant passivement à la poursuite de l’oppression israélienne.

Scène de rue à Ramallah, le 10 janvier 2005

Il y a donc tout lieu de croire que le gouvernement israélien torpillera les espoirs de paix, ainsi qu’il en a l’habitude, et que Mahmoud Abbas, malgré sa bonne volonté, sera contraint de durcir sa position, non pas à l’égard des résistants palestiniens, mais à l’égard de l’oppresseur israélien.

Frank BRUNNER

Manifestation de colons israéliens à Jérusalem, le 10 janvier 2005

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