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samedi 27 mai 2017
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Le Monde, AFP, 9 février 2004

L’insurrection gagne plusieurs villes haïtiennes

Suivi de : "L’opposition en Haiti accuse le pouvoir du meurtre d’un chef de gang" ; et de : "Haitian police storm stronghold of slain gang leader Amiot Metayer ; One woman killed".


Scène de pillage habituelle à Port-au-Prince : Les sbires de Jean-Bertrand Aristide cambriolent et pillent les commerces, tandis que les habitants, terrifiés, se dissimulent chez eux. Quiconque s’aventure à l’extérieur est brûlé vif

Dans un communiqué, la police nationale, qui avait envoyé des unités samedi aux Gonaïves, a indiqué dimanche 8 février 2004, avoir procédé à "un retrait stratégique".

Des incidents ont été signalés dimanche 8 février dans plusieurs villes d’Haïti, où la police a échoué à reprendre le contrôle des Gonaïves (Nord-Ouest), tandis que le gouvernement accusait l’opposition de favoriser un coup d’Etat contre le président, Jean-Bertrand Aristide.

Jean-Bertrand Aristide et Yvon Neptune


"Cette violence est en connexion avec une tentative d’un coup d’Etat", a ainsi déclaré le premier ministre haïtien, Yvon Neptune, à la chaîne de télévision nationale. "Si l’opposition veut participer à la construction d’un Etat de droit, elle doit jouer son rôle pour arrêter la violence", a-t-il poursuivi, en l’invitant à prendre le chemin des élections. "C’est seulement par les élections que la crise peut être résolue."

L’ex-chef de la police, Coles Rameau, menotté au centre, avait déclaré avoir exécuté des assassinats sur ordre de Jean-Bertrand Aristide

Aux Gonaïves, quatrième ville du pays forte de 200 000 habitants, la police a échoué à reprendre le contrôle de la ville, tombée jeudi aux mains des rebelles du Front de résistance révolutionnaire de l’Artibonite, qui se réclame de l’opposition et veut la démission du chef de l’Etat.

Policier haïtien
Such were the words of tyrant Aristide when he visited a few police stations in the trash-filled capital city of Port-au-Prince in an effort to reduce Haiti’s unacceptable crime rate, Haiti’s growing crime rate, he said in a in a news conference. "If you the people see someone forcing a driver out of his or her car, that means he or she is a criminal, a bandit. If someone is robbing someone else, that means he or she is a criminal. There is no need for you, the people, to wait for the police to arrive and arrest him or her, which will then be followed by a court appearance before a judge. Forget about it, I say ! He or she is guilty. All you have to do is burning him or her alive, and I mean right on the spot."

"Retrait stratégique"

Dans un communiqué, la police nationale, qui avait envoyé des unités, samedi 7 février 2004, aux Gonaïves, a indiqué dimanche avoir procédé à "un retrait stratégique". Le communiqué ne fait mention d’aucun bilan. Sur plusieurs radios haïtiennes, le Front a confirmé le départ des policiers. Les rebelles ont détruit des ponts et construit des tranchées pour empêcher la police de revenir, a-t-on ajouté de même source.

Samedi, des témoins et des radios haïtiennes avaient indiqué qu’entre trois et sept policiers avaient été tués lors de l’intervention policière. L’un des chefs rebelles du Front, Winter Etienne, a évoqué un bilan de 14 policiers tués, mais ce chiffre n’a pu être confirmé de source indépendante. Des images diffusées ce week-end par des chaînes de télévision ont montré des hommes en armes ou détenant des gourdins à clous et des machettes, parfois grimpés sur des véhicules et patrouillant la ville, tandis que des cadavres gisaient dans les rues. Jeudi 5 février, l’assaut donné par les rebelles au commissariat central avait fait onze morts et une vingtaine de blessés.

Depuis septembre, les violences aux Gonaïves ont fait plus de 60 morts et plus de 100 blessés. Le durcissement de la contestation, qui a débuté dans cette ville où il y a deux cents ans avait été proclamée l’indépendance d’Haïti, semble s’être étendu ce week-end dans le pays.

Scène de rue dans une localité haïtienne

Plusieurs villes touchées

Le premier ministre a encouragé la population à informer la police sur les violences commises afin, a-t-il dit, qu’elle puisse rétablir la paix dans le pays. De son côté, un dirigeant de l’opposition, Evans Paul, a demandé aux policiers de ne pas se battre contre la population. Il a souligné que la mobilisation contre le président n’était pas le fait de bandes armées mais de la population dans son ensemble.

Dans la capitale, quelques barricades enflammées ont été érigées dimanche par des partisans du pouvoir, afin d’empêcher l’opposition de manifester. Pour des raisons de sécurité, un rassemblement de protestataires a été annulé.

A Jacmel (Sud), des barricades ont aussi fait leur apparition mais ont été vite enlevées.

Le carnaval à Jacmel

A l’ouest de Port-au-Prince, dans la ville de Grand-Goave (49 000 habitants), le commissariat a été déserté et le bâtiment incendié par des opposants, selon des radios haïtiennes.

Au nord de la capitale, à Saint-Marc, sur la route entre Port-au-Prince et les Gonaïves, des témoins avaient indiqué samedi que le commissariat local était tombé aux mains d’une organisation de l’opposition, Ramicos. Des prisonniers détenus dans une prison proche du bâtiment ont été libérés.

Toujours selon les médias haïtiens, des barricades enflammées ont aussi été érigées dimanche à Cap-Haïtien (Nord), deuxième ville du pays, qui compte quelque 200 000 habitants.

Avec AFP

Scène de rue à Cap-Haïtien

Amiot Métayer

FLASH BACK Le Monde, 24 septembre 2003

L’opposition en Haiti accuse le pouvoir du meurtre d’un chef de gang

par Jean-Michel CAROIT

Qui a tué Amiot Métayer, chef de "l’Armée cannibale", l’un des gangs les plus redoutés d’Haïti, qui a longtemps soutenu le président Jean-Bertrand Aristide ? Pour l’opposition, ce "crime machiavélique" a permis d’éliminer un exécuteur de basses œuvres qui pouvait se convertir en un témoin dangereux pour le pouvoir. Le gouvernement et la Famille Lavalas, le parti présidentiel, dénoncent de leur côté "un plan de déstabilisation mis en œuvre par un bras armé de l’opposition".

Amiot Métayer avant sa mort

Le cadavre criblé de balles d’Amiot Métayer, surnommé "Cubain", a été retrouvé, mardi 23 septembre, à la sortie de Saint-Marc, une petite ville côtière au nord de Port-au-Prince. Selon ses proches, il avait quitté son domicile des Gonaïves, dimanche, en compagnie de Paul Odonel, un militant Lavalas qui a ses entrées au palais présidentiel. Depuis l’assassinat, Paul Odonel est introuvable et la ville des Gonaïves, le fief d’Amiot Métayer, est en ébullition. De violents affrontements ont opposé la police à de jeunes manifestants qui accusent le pouvoir d’être responsable du meurtre.

Exilé aux Etats-Unis après le coup d’Etat militaire qui avait déposé le président Aristide, en 1991, Amiot Métayer était rentré aux Gonaïves en 1994. Partisan du président Aristide, il fonde une "organisation populaire" avec les jeunes désœuvrés de Raboteau, le bidonville le plus pauvre des Gonaïves. Sous la férule de "Cubain", impressionnant gaillard au crâne rasé, l’organisation populaire se transforme bientôt en un gang doté de nombreuses armes à feu qui impose sa loi dans la troisième ville d’Haïti et fait la chasse aux opposants.

Amiot Métayer et Jean Tatoune

Spectaculaire évasion

En décembre 2001, une mystérieuse attaque contre le Palais national sert de prétexte à une violente vague de répression. Amiot Métayer est accusé de l’incendie de plusieurs maisons et d’avoir brûlé vif le chauffeur d’un responsable de l’opposition des Gonaïves, Luc Mesadieu.

Luc Messadieu

Emprisonné en mai 2002, il est libéré trois mois plus tard par des membres de sa bande qui enfoncent un mur de la prison à l’aide d’un tracteur volé. Cent cinquante-neuf détenus en profitent pour se volatiliser.

Depuis sa spectaculaire évasion, Amiot Métayer résidait aux Gonaïves sans être inquiété par les autorités. Entouré de sa garde prétorienne, il avait même accordé plusieurs entretiens à des journalistes haïtiens.

Parmi les mesures réclamées par la communauté internationale pour rétablir un climat de sécurité propice à l’organisation de nouvelles élections figuraient l’arrestation et le jugement du chef de "l’Armée cannibale".

David Lee, responsable de la mission de l’Organisation des Etats américains (OEA), a demandé une "enquête approfondie et une autopsie professionnelle" pour faire la lumière sur cet assassinat. "Il est regrettable que M. Métayer ne puisse plus jamais être appelé à témoigner", a-t-il déploré.

"Pour le gouvernement, Métayer était devenu un personnage dangereux car il avait menacé de parler", explique Jean-Claude Bajeux, infatigable défenseur des droits de l’homme. "On ne saura jamais la vérité. Cet assassinat, pas plus que les précédents, ne sera élucidé par la justice", prédit pour sa part le journaliste Hérold Jean-François, avant d’ajouter : "Reste à se demander à qui profite le crime."

Jean-Michel CAROIT

Jean-Claude Bajeux, le 17 novembre 2002, debout derrière le manifestant au T-Shirt noir avec l’inscription "Haiti"

FLASH BACK Haiti Political News, 27 octobre 2003 :

Haitian police storm stronghold of slain gang leader Amiot Metayer ; One woman killed

by MICHAEL NORTON, Associated Press Writer

PORT-AU-PRINCE, Haiti -Attacking by land, sea, and air, police raided a slain gang leader’s seaside slum Monday and arrested a dozen of his cronies in retaliation for a police station attack the day before. At least one person was killed.

Residents fled as police stormed the Raboteau slum, using boats, a helicopter and dozens of officers on the ground. A female bystander was shot and killed, at least two people were wounded and 12 people were arrested in the neighborhood outside west-coast Gonaives, the private Radio Metropole reported.

The dead woman was identified as Jocelyne Michel, 30, the station said without providing further details.

Metayer’s followers have been staging violent anti-government protests since his bullet-riddled body was found Sept. 22.

On Sunday, nine heavily armed Metayer followers attacked the Gonaives police station, wounding two police officers. A 17-year-old girl, Josima Pierre, was shot in the head after leaving a church.

"The police will not tolerate terrorist acts," government spokesman Mario Dupuy said.

At least 11 people have been shot and killed and 35 others wounded during more than a month of demonstrations that have paralyzed this town 68 miles northwest of the capital.

Metayer’s followers also plundered the private residence of central government representative Ketlen Telemaque.

Metayer once ruled the streets for President Jean-Bertrand Aristide, but his followers have turned against the president, saying his government masterminded Metayer’s assassination to prevent him from revealing compromising information.

The government has denied the allegation, saying Metayer’s followers are being manipulated by the opposition as a pretext not to participate in elections Aristide pledged to hold this year.

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