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Le Monde, 28 janvier 2005

Iran : Lors de ses inspections, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a constaté aucune infraction

par Joëlle STOLZ


L’Agence internationale pour l’énergie atomique ne fera plus aucune "découverte" sur le terrain qui bouleverserait les paramètres de l’équation nucléaire iranienne. Telle est la conviction de nombreux experts, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Agence. Les clés du problème sont dans les chancelleries, non dans les laboratoires où l’AIEA fait analyser les échantillons qu’elle prélève sur les sites iraniens.


Gardienne du Traité de non-prolifération nucléaire, le TNP, dont l’Iran est partie prenante, l’Agence est aussi chargée de vérifier la suspension complète des activités d’enrichissement de l’uranium. C’est le point essentiel de l’accord conclu, à Paris, en novembre 2004, qui va bien au-delà des obligations du TNP. Jusqu’à présent, les missions d’inspection qui se succèdent régulièrement en Iran n’ont pas constaté d’infraction à cet engagement.

Le programme de centrifugation, dans lequel Téhéran a investi des milliards de dollars, est arrêté. Dans le centre de technologie nucléaire d’Ispahan, où les autorités iraniennes voulaient convertir 37 tonnes de "yellow cake" (minerai concentré) en hexafluorure d’uranium, l’une des premières étapes de l’enrichissement, les experts onusiens ont apposé des scellés sur les machines. Les Iraniens sont en train d’évacuer le minerai stocké sur place. Le directeur de l’AIEA, Mohamed ElBaradei, fera le point sur la situation en Iran dans une déclaration liminaire au prochain conseil des gouverneurs, le 28 février 2005. Mais, pour la première fois depuis deux ans, il ne lui consacrera pas un rapport spécifique.

Il n’y a pas non plus de révélations à attendre des échantillons collectés en janvier 2005 sur le site de Parchine, dont l’administration américaine a tant parlé depuis l’été 2004, comme s’il recelait la preuve ultime des mauvaises intentions de Téhéran. Les militaires iraniens y ont testé des explosifs puissants, mais il sera sans doute impossible d’établir un éventuel lien avec un programme nucléaire.

Une attente inexpliquée

Pourquoi alors, les autorités iraniennes ont-elles fait attendre l’Agence pendant huit mois avant de l’autoriser à entrer à Parchine ? Certains experts onusiens soupçonnent qu’il s’agit d’un jeu des Iraniens pour focaliser l’attention générale sur un lieu, et valoriser au maximum leur "reddition" lorsqu’ils consentent enfin à ouvrir les portes. Poursuivent-ils ailleurs des recherches moins innocentes ? Ni l’Agence ni les services de renseignements occidentaux ne peuvent le prouver.

"Ces deux dernières années, nous avons eu accès à tous les sites que nous avions demandés", affirme le porte-parole de l’AIEA, Mark Gwozdecky, qui rappelle que l’Agence ne se prononce jamais "sur des soupçons, mais sur des faits". En novembre 2004, elle mentionnait neuf sites placés en permanence sous son contrôle. Les plus importants sont à Téhéran, Buchehr, Arak (construction d’une centrale à eau lourde), Ispahan (conversion de minerai, suspendue) et Natanz, où étaient prévues des milliers de centrifugeuses (activités suspendues). Le site de Lashkar Ab’ad, où l’Iran menait des expériences d’enrichissement par laser, a été démantelé.

A l’Agence, on dément catégoriquement que M. ElBaradei soit en possession d’une liste d’installations nucléaires secrètes en Iran, qui lui aurait été fournie par des services occidentaux.

Joëlle STOLZ

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