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Le Monde, 30 janvier 2005

Irak : Les zones kurdes et chiites aux urnes, le pays sunnite déserté et ensanglanté


Les bureaux de vote étaient déserts ou presque, dimanche 30 janvier 2005, dans les régions sunnites d’Irak, où la principale association religieuse de cette communauté a appelé au boycottage du scrutin et où la résistance a menacé de mort ceux qui y participent. A Bagdad en particulier, neuf attentats-suicide ont été perpétrés, tuant une vingtaine de personnes.

En revanche, au Kurdistan et dans le Sud chiite, les incidents étaient limités et la participation importante.


Les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 heures, au milieu de mesures de sécurité draconiennes pour les premières élections multipartites en Irak depuis 1953. Peu après, le chef de la commission électorale indépendante, Abdel Hussein Al-Hindaoui, déclarait que le scrutin se déroulait "sans problèmes".

Le président intérimaire, Ghazi Al-Yaouar, a été la première personnalité politique à voter dans un bureau spécial aménagé dans la "zone verte", périmètre sécurisé du centre de Bagdad. "Je félicite tous les Irakiens et leur demande de ne pas renoncer à leur droit. Je les appelle à voter pour l’Irak et à élire l’Irak", a-t-il déclaré.

Quelque 14,2 millions d’électeurs auront la possibilité de se prononcer, en théorie dans 5159 bureaux ouverts durant dix heures. Environ 17000 candidats et 223 listes sont en lice pour trois scrutins. Pour le Parlement national de 275 sièges chargée notamment de rédiger la Constitution, 111 listes et 7761 candidats sont en lice. Les Irakiens doivent également choisir les 41 membres de chacun des 17 conseils provinciaux et les 51 du Conseil de Bagdad et les Kurdes devront en outre choisir les 111 députés de leur Assemblée autonome. Treize listes sont en compétition.

Participation plus importante que prévu dans certaines régions. Le représentant de l’ONU auprès de la Commission électorale irakienne a indiqué, dimanche 30 janvier 2005, à Bagdad, que la participation au scrutin avait dépassé les prévisions et que les électeurs se pressaient pour voter. "Selon les premières informations que nous avons reçues, la participation au vote semble dépasser les prévisions dans certaines régions" en Irak, a déclaré à la presse le Colombien Carlos Valenzuela. "Les gens ont fait la queue même dans la ville de Mossoul", théâtre de nombreuses attaques de la résistance depuis des mois, a souligné M. Valenzuela.

Selon le responsable onusien, les bureaux de vote n’ont pas ouvert leurs portes dans des localités au sud de Bagdad se trouvant dans la zone surnommée "triangle de la mort", mais le problème "a ensuite été résolu", a-t-il affirmé sans donner plus de détails.

La Commission nationale électorale irakienne a évalué à 72 % le taux de participation à 14h00. Lors d’une conférence de presse, les responsables ont fait état d’un taux égal ou supérieur à 90 % des inscrits dans de nombreuses régions chiites.

Neuf attentats-suicide à Bagdad

La résistance irakienne, qui avait promis un bain de sang à l’occasion des premières élections nationales pluralistes depuis le renversement de Saddam Hussein, a mis ses menaces à exécution. Dans les heures qui ont suivi l’ouverture du scrutin, pas moins de neuf attentats-suicide, dont le bilan s’élève à une vingtaine de morts et plusieurs dizaines de blessés, ont été perpétrés coup sur coup dans la capitale.

La plupart des attentats-suicide signalés à Bagdad se sont produits dans les quartiers ouest. Mais c’est dans l’est que le plus meurtrier a été commis. Au moins six personnes ont trouvé la mort lorsque le kamikaze a mis sa charge à feu dans la file d’attente d’un bureau de vote, ont fait savoir les autorités.

Dans l’ouest, l’opération la plus sanglante a fait quatre morts et quatre autres ont péri dans une explosion survenue à Sadr City. Le dernier attentat-suicide contre un bureau de vote a coûté la vie à deux policiers. Le neuvième a visé une maison appartenant au ministre de la justice, Malil Al-Hassan, qui ne se trouvait pas sur les lieux. Deux gardiens ont été blessés. Restrictions de circulation oblige, sur les neuf attentats, sept ont été commis par des kamikazes se déplaçant à pied.

Peu après le début des opérations de vote, une voiture piégée avait explosé près d’un barrage installé devant un bureau de vote de l’ouest de Bagdad, tuant un policier. Deux soldats irakiens et deux civils ont également été blessés par cet attentat commis devant l’école Zahraa, utilisée comme bureau de vote. Un tir de mortier a par ailleurs coûté la vie à deux Irakiens dans le sud de la capitale.

L’organisation du Jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui, "émir" présumé d’Al-Qaida en Irak, a revendiqué, dans un communiqué diffusé sur Internet, plusieurs attentats commis, dimanche 30 janvier 2005, contre des bureaux de vote. "Les lions des brigades des martyrs de l’Organisation Al-Qaida pour la guerre sainte en Irak ont attaqué plusieurs bureaux de vote à Bagdad et ailleurs", peut-on lire dans ce communiqué.

Boycott et violence dans les villes sunnites

A Mossoul, grande ville du nord, six explosions ont été entendues. Dans le quartier Al-Arabi, dans la matinée, seule l’armée irakienne est présente.

Dans le bureau de vote, les employés électoraux ont été contents de voir un correspondant en pensant qu’il s’agissait d’un électeur.

Dans la province d’Al-Anbar, les bureaux de vote étaient vides. A Fallouja, à 50 km à l’ouest de Bagdad, qui fut le théâtre d’un assaut massif de l’armée américaine contre la résistance, en novembre 2004, les rues désertes étaient patrouillées uniquement par des soldats américains et les forces irakiennes. Cinq bureaux ont été ouverts mais personne n’ose s’y aventurer, selon un correspondant de l’AFP.

Un membre du corps des "marines" a été tué au combat, dimanche 30 janvier 2005, dans cette province irakienne, a annoncé, sans plus de détail, l’armée américaine dans un communiqué.

Les bureaux de vote n’étaient pas ouverts, dimanche 30 janvier 2005 au matin, dans les localités au sud de Bagdad de ce qui a été surnommé le "triangle de la mort", quatre heures après l’ouverture du scrutin, a indiqué un porte-parole de la Commission électorale.

Le maire de Samarra, Taha Hussein, a estimé qu’il n’y aura pas d’élections dans sa ville, située à 125 km au nord de Bagdad. "Je pense qu’en raison de la situation sécuritaire, il n’y aura pas d’élections", a-t-il déclaré. Un correspondant de l’AFP a indiqué que les rues étaient vides et dans les bureaux électoraux qu’il a visités, il n’y avait même pas d’employés de la Commission électorale indépendante.

Dans la localité de Kalaa, à 3 km à l’ouest de Samarra, les autorités ont fermé l’unique bureau de vote après qu’il eut été visé par une attaque au mortier, a indiqué un officier de police. L’attaque a été lancée en dépit de strictes mesures de sécurité. Trois obus de mortiers se sont abattus sur l’école Al-Khansa abritant un bureau de vote dans l’ouest de la ville, a indiqué la police sans faire état de victime. La résistance, bien implantée dans la ville, a menacé de mort ceux qui se rendraient aux urnes.

Tikrit, fief du président déchu Saddam Hussein, était, dimanche 30 janvier 2005, une ville fantôme. Un journaliste de l’AFP a visité huit bureaux de vote où personne ne s’est présentée depuis l’ouverture du scrutin. Seuls les employés et les policiers étaient présents alors que des hélicoptères américains survolaient la ville, située à 180 km au nord de Bagdad.

A Bakouba, à 60 km au nord de la capitale, très peu d’électeurs ont voté. En deux heures, une dizaine de personnes, des hommes et des femmes, s’étaient présentées dans un bureau de vote.

Une femme a été tuée et deux autres ont été blessés, dimanche 30 janvier 2005 au matin, lors de la chute d’un obus sur un bureau de vote dans le centre de Balad, à 70 km au nord de Bagdad. Un obus est tombé près d’un autre bureau de vote sans faire de victime, selon la police.

A Kirkouk, des mortiers ont été tirés sur la base américaine, provoquant une alerte juste avant le début du scrutin.

Un civil irakien a été tué et trois policiers blessés dans l’explosion, dimanche 30 janvier 2005, de sept obus de mortier dans le centre de la localité de Mahawil, à 75 km au sud de Bagdad, a indiqué un porte-parole de la Force multinationale (FMN), conduite par les Etats-Unis.

Forte participation dans les villes chiites. En pays chiite, des milliers d’électeurs se pressaient devant les bureaux de vote dans la matinée, comme dans la ville sainte de Nadjaf, à 160 km au sud de Bagdad. Le taux de participation était ainsi de 80 % dans la province de Nadjaf, selon la responsable de la Commission électorale, Bouchra Kazem. "Ce taux est évalué sur la base des premières estimations recueillies en milieu de journée", a-t-elle déclaré, ajoutant que "c’est un excellent chiffre".

Les chefs spirituels et politiques de la communauté chiite, majoritaire, ont encouragé les leurs à aller voter, tout comme les Kurdes, tandis que les sunnites, qui ont dominé la vie politique de l’Irak moderne, ont été appelés à boycotter le scrutin, et leur principale formation politique, le Parti islamique irakien, s’est retirée de la course.

Deux attaques au mortier ont visé, dimanche 30 janvier 2005 au matin, deux bureaux de vote dans le nord de la ville chiite de Bassora, à 550 km au sud de Bagdad, sans faire de victime, selon une source policière.

Le Kurdistan aux urnes

Les Kurdes se pressaient, dimanche 30 janvier 2005 au matin, par centaines, devant les différents bureaux de vote de Souleimaniyé, dans le nord de l’Irak, pour ce que beaucoup d’entre eux présentaient comme un "jour historique" pour le Kurdistan, a constaté un journaliste de l’AFP. Le scrutin se déroulait entouré de strictes consignes de sécurité. Le chef de la sécurité de la province, Dana Ahmad Majeed, a indiqué que "tout se passait calmement. Aucun incident n’a été rapporté. Les gens vont venir nombreux. J’attends une participation de 90 %", a t-il dit.

Lemonde.fr, avec AFP, AP et Reuters

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