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AFP, 30 janvier 2005

Côte d’Ivoire : La presse malade de ses journalistes "patriotes" et pro-rebelles


YAMOUSSOUKRO (Côte d’Ivoire) (AFP) - Instrumentalisée par les hommes politiques et boudée par la population, la presse ivoirienne est de plus en plus malade de la guerre que se livrent ses journalistes "patriotes" et pro-rebelles, jetant le discrédit sur leur profession tout en alimentant un climat d’insécurité pour tous les journalistes en Côte d’Ivoire.


Dans un pays coupé en deux depuis le coup d’Etat raté de septembre 2002 contre le président Laurent Gbagbo (avec une rébellion armée qui contrôle le nord), le conflit se déroule aussi par voie de presse. Journalistes "patriotes" et pro-rebelles s’affrontent quotidiennement au travers d’articles de propagandes mêlants rumeurs, informations non sourcées, diffamations ou pure affabulation. "Cette situation est à l’origine du climat d’insécurité qui mine la profession sans aucun respect de la déontologie", ont estimé une trentaine de journalistes ivoiriens, réunis, vendredi 28 janvier et samedi 29 janvier 2005, à Yamoussoukro.

A l’initiative de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI) et en partenariat avec l’Institut pour la sécurité du journalisme (INSI, basé en Belgique), cette rencontre visait à "réduire le nombre de journalistes tués ou blessés" dans la crise ivoirienne. Illustration de cette insécurité, quatre journalistes travaillant en zone rebelle (le nord du pays) et invités à la rencontre, ont été convoyés jusqu’à Yamoussoukro sous la protection d’une quarantaine de casques bleus marocains de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI).

Deux journalistes ont été tués, en 2003, en Côte d’Ivoire : un correspondant de l’Agence ivoirienne de presse dans l’ouest du pays, et le correspondant de Radio France Internationale (RFI), Jean Hélène, tué par balle, par un policier, le 21 octobre 2004, à Abidjan. Guy-André Kieffer, journaliste franco-canadien, spécialisé dans les questions économiques, est porté disparu depuis le 16 avril 2004, date à laquelle il a été vu pour la dernière fois sur le parking d’un supermarché d’Abidjan.

Selon l’organisation Reporters sans frontières, la situation de la presse en Côte d’Ivoire est caractérisée par une "insécurité totale, renforcée par le sentiment d’impunité des forces de l’ordre régulières et des multiples mouvements rebelles et milices présents dans le pays". Le régime du président Gbagbo a "une réelle part de responsabilité dans cette situation", aggravée par le climat de haine entretenu par certains médias ivoiriens, comme par l’incompétence et l’irresponsabilité de quelques prétendus journalistes, souligne Reporters sans frontières.

"Le journaliste ivoirien est devenu un acteur de la lutte pour le pouvoir, de la conservation du pouvoir, à son corps défendant ou de façon volontaire", a déploré Assa Alafé, du quotidien "L’intelligent d’Abidjan". "Les journalistes ivoiriens se trouvent très souvent au devant de deux camps qui se font face. Mais quand on utilise sa casquette de journaliste pour servir ces causes, il faut s’attendre au retour du bâton", a ajouté M. Alafé. "Ils ne sont ni plus ni moins en sécurité que le citoyen ordinaire vu le contexte dans lequel nous vivons", a cependant relevé M. Alafé, alors que la situation des droits de l’homme est aujourd’hui catastrophique en Côte d’Ivoire.

L’INSI a identifié des "zones caractérisées par une grande instabilité où les reporters ont de nombreuses difficultés à faire correctement leur métier" dans le pays : Abidjan, la frontière avec le Liberia, Bouaké (quartier général de la rébellion) et Korhogo.

"La réconciliation doit passer par les journalistes, il faut extirper de nos rangs au nord comme au sud les médias de la haine", a souhaité Jean-Marc Abou Ouattara, rédacteur en chef du journal Liberté, édité et distribué en zone rebelle.

Agence France Presse

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