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mercredi 28 juin 2017
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Le Monde, 3 février 2005

Côte d’Ivoire : Enquête préliminaire sur les exactions antifrançaises


Une enquête préliminaire de gendarmerie a été ouverte, par le parquet de Paris, sur des viols, meurtres et pillages commis contre des Français, lors des incidents de novembre 2004, en Côte d’Ivoire. Une autre enquête est en cours sur la disparition du journaliste Guy-André Kieffer. Ces deux dossiers pourraient envenimer les relations diplomatiques entre les deux pays.


Cette procédure, ouverte le 31 janvier 2005, fait suite au dépôt de 136 plaintes par des ressortissants rapatriés en France après ces incidents, imputés aux Jeunes Patriotes, partisans de la présidence ivoirienne. Ces incidents avaient éclaté deux jours après la mort de neuf militaires français dans un raid de l’aviation gouvernementale ivoirienne, et la destruction, en représailles, des avions ivoiriens.

Trois plaintes font état de viols, une de tentative de viol et de tentative de meurtre, et les autres portent sur des pillages et des vols dans les résidences et les commerces appartenant à des Français, principalement à Abidjan, du 6 au 8 novembre 2004.

Expertises

Le procureur a chargé la gendarmerie de Paris d’entendre les plaignants, afin d’évaluer leur préjudice, de conduire les expertises nécessaires et de recueillir les premiers éléments susceptibles d’identifier des coupables. Ce travail devrait prendre plusieurs mois, délai durant lequel la justice et la gendarmerie ne devraient pas demander à se rendre en Côte d’Ivoire. Un juge d’instruction devrait être ensuite désigné, mais pour se rendre en Côte d’Ivoire le magistrat devra délivrer une commission rogatoire internationale et obtenir l’accord du gouvernement français et des autorités ivoiriennes. Ce dossier judiciaire pourrait envenimer encore les relations diplomatiques entre les deux pays.

Les milices de Jeunes Patriotes avaient déclenché de vastes manifestations de rue, prenant pour cibles les Français expatriés à Abidjan, et les militaires français de la force "Licorne" avaient ouvert le feu sur des manifestants à Abidjan. Paris a admis qu’ils avaient tué vingt personnes, et les Ivoiriens font état d’un bilan trois fois plus élevé.

Ces incidents ont amené plus de 8000 Français à quitter la Côte d’Ivoire et suscité une controverse politique en France. La commission des affaires étrangères de l’Assemblée a rejeté, le 18 janvier 2005, une demande socialiste de création d’une commission d’enquête.

Les relations entre la France et le régime du président Laurent Gbagbo se sont dégradées depuis l’intervention française, en 2002, visant à mettre fin à un début de guerre civile, commencée par une guérilla armée dans le nord du pays. La Côte d’Ivoire est toujours divisée, sous la surveillance de casques bleus de l’ONU et d’environ 4000 soldats français.

Affaire Kieffer

Une autre instruction judiciaire en cours à Paris entretient la tension entre les deux pays. Dans cette affaire, qui concerne la disparition, en avril 2004, à Abidjan, du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, le juge d’instruction, Patrick Ramaël, est remonté, dans ses investigations, jusqu’à l’entourage du président Gbagbo. Il s’est rendu deux fois en Côte d’Ivoire, et Michel Legré, beau-frère de l’épouse du président ivoirien, Laurent Gbagbo, a été placé en détention à Abidjan.

Le juge Ramaël souhaitait se rendre une troisième fois à Abidjan, pour poursuivre son enquête, mais le Quai d’Orsay et le ministère de la justice auraient mis leur veto. Le Quai d’Orsay a refusé de lui délivrer l’ordre de mission nécessaire en invoquant des "problèmes de sécurité", a-t-on souligné, jeudi 3 février 2005, de source proche du dossier.

Avec Reuters

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