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dimanche 23 avril 2017
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Reuters, 6 févtrier 2005

Iran : En cas d’attaque, Teheran affirme qu’il ripostera

Suivi d’un commentaire

par Paul HUGHES et Parisa HAFEZI


TEHERAN (Reuters) - S’il est visé par une frappe militaire liée à ses programmes nucléaires, l’Iran ripostera puis intensifiera ses recherches atomiques, a déclaré, dimanche 6 février 2005, le principal négociateur iranien sur ce dossier, Hassan Rohani.


Hassan Rohani, qui est également secrétaire général du Conseil suprême de la sécurité nationale, a expliqué à Reuters que l’Occident n’avait rien à proposer à l’Iran qui puisse le persuader d’abandonner son programme nucléaire. Téhéran, que Washington accuse de mettre au point des armes nucléaires, a rejeté ainsi la demande des Européens de renoncer définitivement à toute opération d’enrichissement d’uranium, selon des diplomates iraniens et occidentaux à Vienne.

Interrogé sur l’éventualité d’une frappe militaire par les Etats-Unis ou Israël -deux pays qui ont jugé inacceptable de voir l’Iran entrer dans le club des puissances nucléaires- Hassan Rohani a répondu : "Si une telle attaque avait lieu, nous riposterions, bien sûr, et nous accélèrerions nos activités pour achever notre cycle de combustible (nucléaire)." Hassan Rohani a précisé que l’Iran étant capable de produire lui-même les pièces nécessaires à ses installations nucléaires, il était "invulnérable" puisqu’en cas d’attaque il pourrait reconstruire tout ce qui aura été détruit.

Persuader les Iraniens de transformer la suspension de leur programme de production de combustible nucléaire en une cessation définitive sera la tâche essentielle des négociateurs français, britanniques et allemands qui entament, mardi 8 février 2005, à Genève une troisième session de négociations avec les Iraniens. "Les Européens savent que cette cessation (de l’enrichissement d’uranium) ne marche pas. Nous devons trouver une solution sur la question nucléaire qui est acceptable par les deux parties, et non pas par une seule", a déclaré à Reuters un négociateur iranien, sous le sceau de l’anonymat.

Un autre négociateur iranien, Sirus Naseri, a déclaré à Reuters que l’Iran était décidé à devenir un exportateur d’électricité d’origine nucléaire. "Nous entendons bel et bien devenir un acteur dans ce domaine", a-t-il dit.

Washington milite pour des sanctions

Les diplomates occidentaux ne s’attendent pas à ce que les négociations à huis clos qui se tiendront au niveau des experts à Genève, cette semaine, débouchent sur des résultats concrets. Les Européens sont mécontents du refus de l’Iran de renoncer totalement à enrichir de l’uranium, processus qui permet de purifier le minerai soit pour un usage civil soit pour lui donner une qualité militaire.

Dans un rapport interne sur les discussions tenues en janvier 2005, on lit que la troïka de l’Union européenne a déclaré aux Iraniens que leur position était inacceptable et que le programme d’enrichissement devait être démantelé. C’est là la garantie nécessaire dont le monde a besoin pour croire réellement que Téhéran ne cherche pas à se doter de l’arme atomique, estiment les diplomates européens.

La réponse de Téhéran a été sans aucune ambiguïté, confirmant que la suspension serait de courte durée. L’Iran, ont déclaré des diplomates proches de l’AIEA à Vienne, a d’ores et déjà entrepris des contrôles de qualité des centrifugeuses nécessaires à l’enrichissement, en vue d’une reprise. Ces contrôles, disent-ils, portaient sur des pièces de haute précision comme les boulons, les valves et les robinets, sans lesquels une cascade de centrifugeuses ne peut pas être mise en route pour fabriquer du combustible nucléaire.

En public, les autorités américaines soutiennent l’intiative diplomatique européenne, mais en privé, elles estiment qu’elle ne pourra jamais aboutir et qu’il faudra lui substituer des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a souligné cependant dans un entretien préenregistré pour CNN que Washington avait opté pour la voie diplomatique, et non militaire, dans ce dossier.

Paul HUGHES et Parisa HAFEZI

Commentaire

Quoi qu’on puisse penser du régime de Teheran en matière de droits de l’homme, la position du gouvernement iranien, dans ce litige, est non seulement légitime, mais remarquablement modérée.

Voilà un pays qui, depuis une bonne dizaine d’années, est régulièrement menacé d’une agression militaire américaine, alors que lui-même n’agresse aucun de ses voisins et ne demande qu’à vivre en paix. On rappellera que la guerre entre l’Irak et l’Iran avait été déclenchée par Saddam Hussein, à l’instigation des Occidentaux, et non par l’Iran, contrairement à ce que les Américains tentent de faire croire aux Irakiens.

L’Iran a les meilleurs motifs du monde pour se doter d’une force de dissuasion nucléaire. Or, malgré tous les contrôles effectués par l’Agence internationale de l’énergie atomique, il n’existe aucune preuve selon laquelle un programme nucléaire militaire serait en cours.

Les Américains et les Européens prétendent exiger de l’Iran qu’il renonce à l’enrichissement du combustible nucléaire, sous peine de sanctions économiques. Pourtant, même si l’Iran donnait suite à cette revendication arbitraire, on l’accuserait toujours d’avoir quelque programme secret, et la menace de sanctions économiques ou d’une agression militaire persisterait. C’est-à-dire que, du point de vue iranien, le problème ne serait nullement résolu.

Ainsi, loin de céder à la menace, les Iraniens ont tout intérêt, non seulement à procéder à l’enrichissement du combustible nucléaire, mais à créer une force de dissuasion. Car, si les Etats-Unis décident d’attaquer l’Iran, ce ne sont pas les Européens qui les en empêcheront.

Frank BRUNNER

AUTEURS 

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