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Le Monde, 11 février 2004

Proche Orient : Du 3 au 11 janvier 2004, Amjad, Mohammed et Iyad Al-Masri ont trouvé la mort

par Gilles PARIS


Jeudi 5 février 2004, Bilal Al-Masri a attendu une nouvelle fois, une journée pour rien, un appel de l’armée israélienne. Le corps de son fils Iyad ne lui a pas été remis. L’adolescent a fait exploser la ceinture piégée qu’il portait sur lui, le 11 janvier, à proximité d’un check-point israélien en Cisjordanie. Iyad était âgé de 17 ans. Il était le troisième garçon de la famille Al-Masri à trouver la mort en une semaine, après son petit frère Amjad et son jeune cousin Mohammed.


Le 3 janvier, Tsahal opère une nouvelle fois dans Naplouse. Le matin, Amjad, 14 ans, a tenté sans succès d’aller à l’école, mais il a été refoulé par les soldats. De retour chez lui, il s’est installé sur une terrasse pour guetter le départ des militaires. Sous les yeux de sa mère, il a été touché par une balle israélienne. L’armée a indiqué, par la suite, que les soldats, "se sentant menacés", ont tiré contre des "lanceurs de pierres". "Il ne faisait rien et le quartier était calme", assure Bilal.

Après le tir, une ambulance palestinienne est rapidement arrivée sur place pour évacuer le garçon. Son frère Iyad et sa mère Abir y ont pris place. Abir assure que le véhicule a ensuite été arrêté pendant un quart d’heure par les soldats pour une fouille. "Les médecins nous ont dit que cela avait compté", raconte-t-elle. Son jeune fils est mort en arrivant à l’hôpital. Les funérailles ont été organisées quelques heures plus tard. Mais le cortège dans lequel avait pris place un oncle, Mouaouiya Al-Masri, élu au Conseil législatif palestinien, s’est rapidement heurté à des soldats israéliens stationnés dans la ville. "Ils ont eu peur, ils ont ouvert le feu tout de suite", raconte Mouaouiya. L’armée israélienne assure que les militaires ont tiré pour répliquer à des jets de pierres et de cocktails Molotov. Un cousin d’Amjad, Mohammed, a été mortellement blessé. Selon l’armée, Mohammed lançait des projectiles. "C’est faux, réplique son oncle : il était parmi ceux qui portaient le cercueil, aux côtés d’Iyad." Mohammed a été enterré le lendemain.

Après cette journée terrible, Iyad a changé. "Il s’est mis à lire le Coran avec assiduité, ce qu’il ne faisait pas auparavant", se souvient une tante. Ses parents ne se sont doutés de rien. Auraient-ils pu empêcher leur fils de se transformer en bombe humaine s’ils l’avaient su à temps ? Bilal ne sait pas. "Si quelqu’un est vraiment décidé, on ne peut l’arrêter", estime un voisin.

Après l’explosion de la ceinture que portait le jeune homme, unique victime de son engin de mort, la chaîne de télévision du Hezbollah libanais, Al-Manar, a fait état d’une revendication du Djihad islamique. Cette revendication a soulevé de nombreuses critiques à Naplouse. "On a moins reproché au Djihad d’avoir voulu organiser un nouvel attentat-suicide que d’avoir pris un membre d’une famille qui venait d’être durement touchée", estime un observateur. "Ils ont des règles, théoriquement, qui s’y opposent."

Pendant l’incursion de Naplouse, l’une des plus meurtrières de ces derniers mois, le premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, a assuré que "lorsque des Palestiniens mènent des attaques contre Israël, ils sont immanquablement condamnés par le monde entier, mais celui-ci se tait quand Israël s’en prend à nous." Le 28 janvier, jour d’une violente incursion israélienne à Gaza, M. Qoreï recevait des diplomates américains. La nouvelle de huit morts Palestiniens, dont des civils, est "tombée" au cours de cette réunion. Les Américains n’ont fait aucun commentaire. En janvier, 32 Palestiniens ont été tués, selon l’Agence France-Presse.

Gilles PARIS

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