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Le Temps, 14 février 2005

Corruption : La société Cotecna Inspection SA et l’affaire « Pétrole contre nourriture »

par Robert MASSEY


Un soldat américain à Bagdad, le 10 février 2005

Robert Massey, directeur général de Cotecna Inspection SA, explique la nature des engagements de sa société en Irak et se défend des allégations suscitées par l’apparition de son nom dans les enquêtes sur le programme humanitaire de l’ONU.

Irak


Il y a trente ans de cela, mon père, Elie-Georges Massey, fondait Cotecna Inspection SA, aujourd’hui, l’un des leaders mondiaux dans les services de développement des échanges internationaux, permettant à de nombreux gouvernements de rendre le commerce à leurs frontières et dans leurs principaux ports plus sûr et plus efficace. Nous assistons ces pays notamment par l’amélioration des systèmes d’information, d’inspection et d’administration visant à l’acquittement des droits de douane, source de revenus très importante pour les gouvernements. Les effectifs du groupe s’élèvent à ce jour à plus de 4000 personnes qui travaillent dans plus de 150 bureaux répartis dans une centaine de pays. Comptent au nombre de nos employés des inspecteurs et des experts des douanes, mais aussi des économistes chevronnés, des ingénieurs, des informaticiens ou des experts en télécommunications [...]

Le bureau de Cotecna Inspection SA à Niamey, au Niger

Cette brève présentation pourrait surprendre ceux qui ne nous connaissent que par l’attention portée ces derniers temps par les médias au programme de l’ONU « Pétrole contre nourriture » qui avait pour objet de permettre à l’Irak d’acquérir des biens humanitaires sous le régime de sanctions imposé au pays par la communauté internationale. La polémique concernant la gestion de ce programme nous a placés sous le feu de l’actualité dans les médias internationaux. Nous avons appris au cours des derniers mois à quel point il peut être difficile pour une entreprise d’avoir voix au chapitre lorsque le contexte est déjà lourd de considérations politiques. Nous avons été atteints par les « dommages collatéraux » résultant de la publicité faite à des éléments trompeurs, incomplets ou pris hors de leur contexte. Ce battage a également compromis le travail des enquêteurs et a mobilisé inutilement le temps et les ressources qui leur étaient alloués.

Le bureau de Cotecna Inspection SA à Lomé, au Togo

Nous ne perdons cependant pas espoir qu’à la lumière des faits établis au terme des enquêtes engagées, le rôle technique et limité de Cotecna apparaîtra clairement, tout comme son professionnalisme et son respect des lois et des obligations contractuelles. Aussi continuons-nous à apporter sans réserve notre coopération aux enquêteurs du Congrès américain comme de la Commission d’enquête indépendante mise en place par l’ONU, ainsi que nous l’avons fait depuis le début des investigations. Et nous sommes déterminés à rétablir les faits en les rendant publics à travers ces enquêtes et en répondant au moment et de la manière les plus adaptés aux reportages erronés ou diffamatoires.

Vue des installations pétrolières de Bassora, en Irak

Quel était le rôle de Cotecna dans le cadre du programme de l’ONU « Pétrole contre nourriture » ?

Un rôle technique et limité, sans lien aucun avec la gestion financière du programme.

A partir de février 1999, Cotecna a travaillé sous contrat avec l’ONU pour authentifier les marchandises entrant en Irak dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture ». L’authentification consistait essentiellement à vérifier les documents présentés par les transporteurs à leur arrivée aux postes frontières irakiens et au port d’Oum Qasr. La société inspectait également les produits alimentaires pour s’assurer qu’ils étaient « propres à la consommation pour l’homme » et inspectait la qualité de marchandises sélectionnées aléatoirement. Cotecna n’était impliquée ni dans la sélection des marchandises importées, ni dans la détermination de leurs caractéristiques, ni dans la sélection des fournisseurs, ni dans la négociation des prix ou la désignation d’intermédiaires ou la fixation de commissions. De plus, Cotecna n’a jamais été impliquée dans les opérations de paiement pour quelque marchandise que ce soit.

Vue des installations pétrolières de Bassora, en Irak

Cotecna a-t-elle transmis aux enquêteurs l’ensemble des informations à sa disposition ?

L’écho donné aux fausses accusations portées par une sous-commission du Congrès américain affirmant que Cotecna n’avait pas transmis une information figurant dans ses dossiers, offre un des exemples les plus frappants de la frénésie médiatique sur ce sujet. La sous-commission s’est rétractée publiquement, corrigeant ses erreurs. Il n’en demeure pas moins que deux jours d’attaques violentes et diffamantes dans la presse ont porté gravement atteinte à notre réputation. C’est un prix que nul ne devrait payer, spécialement au vu du concours apporté par Cotecna dès le départ aux enquêtes et l’importance que nous attachons à préserver notre réputation d’intégrité.

Troupes d’occupation américaines à Baijy, le 9 février 2005

Quelle était la relation entre Cotecna et Kojo Annan, le fils du secrétaire général de l’ONU ? Cette relation a-t-elle permis à l’entreprise de remporter et de renouveler son contrat ?

Dans les pays où Cotecna est présente, l’entreprise forme de nombreux jeunes diplômés originaires de ces pays et s’efforce d’employer des talents locaux plutôt que des personnes expatriées, politique particulièrement appréciée de ces pays comme de leurs jeunes ressortissants. C’est à ce titre que Kojo Annan a été un employé de Cotecna puis consultant de l’automne 1995 à la fin de 1998. Durant cette période, il a travaillé pour Cotecna dans le cadre des contrats avec le Nigeria et le Ghana. Il n’y avait aucun lien entre Kojo Annan et le travail de Cotecna en Irak qui a débuté en février 1999.

Kojo Annan

Cotecna a remporté le premier appel d’offres international de l’ONU sur l’Irak en 1992, soit trois ans avant qu’elle n’ait un quelconque contact avec Kojo Annan. (Ce contrat ne fut jamais mis en place en raison du refus opposé, à l’époque, par le gouvernement irakien). Cette mission prévoyait de mener des inspections dans les principaux ports de l’Irak ainsi qu’une vérification complète des prix des marchandises, et non une simple authentification des marchandises à l’entrée en Irak, requise par l’ONU dans le premier contrat de 1996 attribué à Lloyds Register ainsi que dans les contrats suivants à partir de 1998. Il importe aussi de noter que Cotecna a perdu l’appel d’offres de 1996 pour l’authentification des marchandises dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture », à une époque où Kojo Annan était déjà employé par Cotecna.

Un pipeline saboté par la résistance irakienne, le 24 mars 2004

Pourquoi Cotecna a-t-elle continué à payer Kojo Annan à la suite de son départ de l’entreprise, à la fin de l’année 1998 ?

Cotecna et Kojo Annan ont conclu un accord de « non-concurrence » aux termes duquel Kojo Annan s’engageait à ne pas travailler pour un concurrent de Cotecna en Afrique de l’Ouest, où d’importants appels d’offres étaient en cours à la période où il devait cesser de travailler pour l’entreprise. Selon la loi suisse, un tel accord doit s’accompagner d’une compensation afin d’être valide. Une compensation d’un montant raisonnable a été alors fixée entre les deux parties.

Un pipeline saboté par la résistance irakienne, le 4 juillet 2004

Quelle est la réponse de Cotecna aux questions soulevées par l’audit du Bureau des services de contrôle interne (BSCI/OIOS) de l’ONU daté d’avril 2003 ?

Des quelque 58 rapports d’audit du BSCI concernant le programme « Pétrole contre nourriture » de l’ONU, un seul faisait des remarques et des recommandations concernant la performance de Cotecna. Pourtant, ce fut le seul audit à faire l’objet d’une fuite dans la presse, sans que les réponses apportées à l’audit par le Bureau chargé du programme Irak « Pétrole contre nourriture » (UN OIP) soient connues. De nombreuses recommandations du BSCI ne concernaient pas tant la performance de Cotecna que la mise en place du contrat et le suivi de la performance par le Bureau de l’ONU.

Un pipeline saboté par la résistance irakienne, dans le champ pétrolifère de Rumaila, le 29 août 2004

Cotecna n’avait jamais eu accès au rapport d’audit avant qu’il ne soit publié sur un site internet à la mi-2004. Depuis lors, Cotecna s’est attachée à répondre point par point, auprès des enquêteurs du Congrès américain comme auprès de ceux de la Commission d’enquête indépendante dirigée par M. Paul Volcker, aux analyses et aux recommandations des auditeurs. Pour prendre un exemple, ce qui était désigné par les auditeurs comme un manquement de Cotecna à l’obligation de service 24 heures sur 24, correspondait en réalité à l’ajustement des horaires des inspecteurs sur certains sites, en fonction des heures d’ouverture des frontières et des disponibilités des officiers des douanes irakiens. Les inspecteurs de Cotecna poursuivaient cependant leur travail lorsque les douanes étaient fermées et ce jusqu’à minuit pour tenir compte du décalage horaire avec le siège de l’ONU à New York. Par la suite, les amendements au contrat ont pris en compte les horaires de fermeture des postes frontières.

Le pipeline Kirkouk-Ceyhan, saboté par la résistance irakienne, le 4 septembre 2004

L’enquête en cours va-t-elle soulever d’autres questions ?

Cela nous paraît vraisemblable, et nous avons la ferme intention d’établir notre professionnalisme et notre strict respect des législations et de nos obligations contractuelles. Nous sommes confiants dans l’issue des enquêtes en cours, auxquelles nous coopérons [...]

Robert MASSEY

Un puits de pétrole saboté par la résistance irakienne, près de Kirkouk, le 13 novembre 2004

Troupes d’occupation américaines à Baijy, le 10 février 2005

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