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lundi 27 mars 2017
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AFP, 14 février 2005

Iran : Shirin Ebadi accuse la justice de bafouer les droits de la défense


TEHERAN (AFP) - Le prix Nobel de la paix Shirin Ebadi a accusé la justice ultra-conservatrice iranienne, lundi 14 février 2005, de tout faire pour empêcher les avocats des droits de l’Homme de défendre les prisonniers politiques et de vouloir à présent imposer son autorité sur l’habilitation des avocats.


"Le juge et l’avocat sont chacun l’une des ailes de l’ange de la justice, mais l’une d’entre elles a été amputée", a déclaré Shirin Ebadi, elle-même avocate. "Nous n’avons qu’une demande : appliquez les ordres (du chef de l’autorité judiciaire, l’ayatollah Mahmoud Hachémi) Chahroudi et que chacun ait le droit à un avocat", a-t-elle lancé lors d’une conférence de presse au côté d’autres membres du Cercle des avocats des droits de l’Homme qu’elle dirige. "Les avocats passent leur temps à entrer et sortir de prison, j’ai moi-même été en prison, on ne cesse de me convoquer", a-t-elle dit. "Je subis des menaces depuis dix ans", a-t-elle poursuivi. Elle a rappelé faire l’objet d’une nouvelle convocation, et "le juge lui-même ne sait pas pourquoi". Elle a en particulier dénoncé l’impossibilité faite à un détenu de prendre un avocat spécialiste des droits de l’Homme, et cité le cas de Roozbeh Mir-Ebrahimi, arrêté à l’automne, dans une vaste opération contre les journalistes internautes.

"Ma famille a demandé à Mme Ebadi et M. Mohammad Seifzadeh de me défendre, mais on m’a dit en prison qu’avec l’accusation qui pesait sur moi, je risquais déjà 15 ans de prison et qu’avec eux (ces avocats) je prendrais 25 ans", a raconté Roozbeh Mir-Ebrahimi lors de la même conférence de presse. "Mon interrogateur m’a forcé à les rejeter et à dire qu’ils ne faisaient que servir leurs propres intérêts", a-t-il rapporté. Roozbeh Mir-Ebrahimi avait été l’un des journalistes à signer une lettre de repentance après leur libération fin 2004. "Je me suis fait piéger, ainsi que des gens comme moi, par ceux qui (...) se sont servis de nous comme de marionnettes", avait-il écrit. "Un juge m’a dit un jour que je devrai être arrêté parce que je portais une cravate", détestée par les islamistes comme un symbole occidental, a relaté Me Seifzadeh, "je lui ai demandé pourquoi ; il a sorti une fatwa (décret religieux) en disant : ça, c’est au-dessus de la loi".

Le dissident et religieux Hassan Youssefi Echkevari, tout juste sorti de prison après avoir purgé les deux tiers de sa peine de sept ans pour avoir préconisé de laisser les femmes libres de porter ou non le foulard islamique, a raconté avoir passé 300 jours à l’isolement et subi 250 heures d’interrogatoire. "Dans la pratique judiciaire, l’avocat n’existe pas", a-t-il tranché. Interrogé pour savoir s’il avait été torturé, il a répondu : "Si vous parlez de fouet ou de coups, je n’ai pas été pendu ni fouetté, mais les interrogatoires et l’isolement sont en soi une torture".

Selon la mère de Saïd Massouri, son fils est incarcéré depuis quatre ans pour intelligence avec l’opposition armée au régime islamique, les Moudjahidine du peuple, et attend son exécution. "Les responsables de la prison ne le laissent pas voir ses avocats", parmi lesquels Shirin Ebadi. Evoquant son placement en cellule d’isolement, il lui a dit : "Ils m’ont mis à un endroit où un chien ne tiendrait pas deux jours".

Selon le Cercle des avocats, la justice prépare désormais une loi mettant fin à l’indépendance du barreau. La loi prévoit que les avocats seront habilités à exercer non plus par la corporation, comme cela est le cas depuis plus de 50 ans, mais par un collège à la solde de la justice, composé en particulier de magistrats, selon le Cercle. Dans un communiqué, celui-ci estime que le texte aura un "effet destructeur pour l’indépendance des avocats et les droits des citoyens à se défendre".

Agence France Presse

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