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jeudi 27 avril 2017
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Reuters, 17 février 2005

Irak : "Ali le Chimique" serait impliqué dans un massacre de chiites


BAGDAD (Reuters) - Ali Hassan Madjid, qui pourrait être l’un des premiers membres du régime de Saddam Hussein à être jugé pour crimes de guerre en Irak, notamment pour une attaque à l’arme chimique contre la localité kurde de Halabja, a également massacré des chiites, selon un rapport publié jeudi 17 février 2005.


Selon Human Rights Watch, Ali Hassan Madjid, surnommé "Ali le Chimique" après l’attaque contre Halabja en 1988, a ordonné l’exécution de plusieurs centaines de chiites à Bassorah lors d’une insurrection déclenchée en 1999 par l’assassinat de l’ayatollah Mohammed Sadik Al-Sadr.

Saddam Hussein, dont Ali Hassan Madjid est un cousin, est soupçonné d’avoir fait tuer Mohammed Sadik Al-Sadr, très respecté dans la communauté chiite, et deux de ses fils. Le troisième fils de Sadr n’est autre que Moktada Al-Sadr, le jeune imam chiite qui a mené deux insurrections contre les forces américaines au cours de 2004.

Human Rights Watch affirme disposer d’un document et de témoins impliquant Ali Hassan Madjid dans l’exécution d’au moins 120 hommes qui avaient participé à l’insurrection, dans laquelle 40 responsables du Parti Baas avaient trouvé la mort. "Nos recherches (...) indiquent clairement que les forces de sécurité et des membres du Parti Baas, sous le commandement et la supervision directe d’Ali Hassan Madjid, se sont livrés à des exécutions extrajudiciaires systématiques, à de nombreuses arrestations arbitraires et à des détentions, des tortures et des punitions collectives", peut-on lire dans ce rapport.

Des responsables irakiens pensent qu’Ali Hassan Madjid sera le premier des 11 lieutenants de Saddam Hussein à être jugé pour crimes contre l’humanité et génocide pour son rôle dans les attaques à l’arme chimique qui ont fait des milliers de morts parmi les Kurdes irakiens.

Selon des avocats, la culpabilité d’Ali Hassan Madjid pourrait s’avérer difficile à prouver pour des attaques survenues il y a aussi longtemps. Mais les preuves réunies par Human Rights Watch sont plus récentes, et pourraient donc se révéler plus convaincantes devant un tribunal. Ses enquêteurs se sont rendus à Bassorah, en avril et en mai 2003, et ont obtenu un document écrit de quatre pages auprès de dignitaires chiites. Ce document avait été retrouvé dans les bureaux de la police secrète de Saddam Hussein, au moment du pillage de bâtiments gouvernementaux, après l’entrée dans la ville en avril 2003 des troupes britanniques.

Pas d’en-tête, précaution probable du régime

Cette liste est anonyme et ne comprend aucun en-tête officiel permettant de la lier aux forces de sécurité irakiennes, une précaution déjà prise par l’ancien régime avec d’autres documents potentiellement incriminants, selon Human Rights Watch. Mais son authenticité est renforcée par le fait que des proches ont identifié 29 personnes y figurant dont les corps ont été exhumés d’un charnier près de Bassorah.

Répartis dans des colonnes nettement délimitées figurent des noms d’hommes et d’adolescents de 16 à 36 ans, leurs adresses à Bassorah, la date de leur exécution et les équipes qui ont procédé aux exécutions. Chaque page porte ce titre : "Listes des noms des criminels qui ont avoué avoir pris part aux événements des 17 et 18 mars 1999".

Les captifs sont décédés en quatre vagues, entre le 25 mars et le 8 mai 1999, et le document précise que l’ordre était donné par "le commandant du secteur Sud", c’est-à-dire Ali Hassan Madjid. "C’est ainsi qu’il se présentait alors dans les communiqués officiels du régime irakien. Toutes les personnes interrogées par Human Rights Watch à Bassorah en 2003 ont identifié le "commandant du secteur Sud", en 1999, comme étant Ali Hassan Madjid", précise le rapport.

L’organisation a également retrouvé des témoins des exécutions. L’un d’entre eux, un berger de 27 ans du nom de Sattar, dit avoir assisté au creusement de trois tranchées profondes par des bulldozers près de la route reliant Nassiriah à Bassorah, au printemps 1999. "Le matin suivant, vers 09h00, alors que je me trouvais au même endroit avec mon bétail, quatre bus et six voitures du genre de celles utilisées par le Parti Baas sont arrivés sur les lieux", a-t-il dit. Il s’est caché, et a vu des gens descendre des bus, gardés par des hommes armés vêtus d’uniformes vert olive, comme les membres du Parti Baas. "Entre 80 et 100 personnes se trouvaient dans les bus. Les prisonniers ont été amenés, en colonne, vers les tranchées, où ils ont été placés un par un (...). Quelques secondes plus tard, les hommes en uniforme ont commencé à tirer au hasard sur les prisonniers avec des AK47 et des mitrailleuses BKC. Les tirs ont duré quelques minutes", a-t-il expliqué.

Alistair BULL

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