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Le Monde, 11 février 2004

Le retournement des gangs contre Aristide plonge Haïti dans le chaos

Saint-Domingue de notre correspondant

par Jean-Michel CAROIT


Port-au-Prince

Les Etats-Unis n’ont "aucune intention" d’intervenir en Haïti, a déclaré à Washington le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, malgré le chaos et les combats qui ont fait plus de quarante morts depuis cinq jours.

La police et des civils armés par le pouvoir ont repris le contrôle de trois villes, dont le port de Saint-Marc et Grand-Goâve. Mais une partie du nord d’Haïti, dont l’importante ville des Gonaïves, est toujours aux mains d’un groupe de rebelles, renforcé, selon les autorités, par d’anciens membres de l’armée dissoute en 1994 par le président Jean-Bertrand Aristide.

Scène d’émeute aux Gonaives


La situation reste tendue au Cap Haïtien, la deuxième ville au nord du pays, privée d’essence et d’électricité. Les partisans de Jean-Bertrand Aristide et des policiers ont incendié les commerces et les maisons de sympathisants de l’opposition ainsi que Radio Vision 2000, une station indépendante.

La Coalition nationale pour les droits des Haïtiens a dénoncé "l’exécution sommaire de cinq partisans de l’opposition" à Cité Soleil, bidonville de Port-au-Prince. Cette ONG s’est fait l’écho de "rumeurs de plus en plus persistantes faisant état d’une opération de distribution d’armes et de munitions aux partisans du pouvoir".

"Nous ferons ce que nous avons à faire pour rétablir l’ordre", a averti le secrétaire d’Etat à la sécurité publique, Jean-Gérard Dubreuil. La police ne compte que quatre mille agents pour huit millions d’habitants. Le premier ministre, Yvon Neptune, qui s’est rendu dans les villes reprises aux rebelles sous forte escorte, a appelé à la "mobilisation de la population face aux terroristes".

Scène de rue à Saint-Marc

Trafics de drogue et d’armes

L’opposition politique et la société civile, regroupées au sein de la Plate-forme démocratique, ont pris leurs distances avec les bandes armées. "Nous ne nous identifions pas avec les groupes insurrectionnels", a souligné le dirigeant social-démocrate Micha Gaillard, tout en apportant son soutien au "mouvement populaire". Accusée par le pouvoir d’adopter "une stratégie de coup d’Etat", l’opposition a rappelé son attachement à la lutte pacifique pour obtenir le départ du président Aristide. Le patronat a, pour sa part, accusé le pouvoir d’être responsable du chaos "par son choix délibéré de promouvoir un Etat de non-droit".

Un policier haïtien sur les lieux du "Massacre du jour des élections"

La plupart des bandes armées qui ont attaqué les commissariats et les symboles du "pouvoir Lavalas" étaient, jusqu’à une époque récente, des alliés du président Aristide, dont elles exécutaient les basses besognes. Au cours des dernières années, nombre de ces "organisations populaires Lavalas" ont dégénéré en gangs mafieux, impliqués dans les trafics de drogue et d’armes. Selon les aveux de plusieurs de leurs chefs, ils recevaient de l’argent, des armes et des instructions du palais présidentiel pour organiser des opérations punitives contre l’opposition.

Le retournement de ces gangs remonte à l’assassinat, en septembre 2003, d’Amiot Métayer, le tout-puissant chef de l’Armée cannibale, qui a changé de nom mais contrôle toujours les Gonaïves. Les proches d’Amiot Métayer sont convaincus que l’assassinat a été commandité par M. Aristide, et d’autres chefs de bande ont préféré rompre avec le président plutôt que de subir le même sort.

Jean-Michel CAROIT

Amiot Métayer

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