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samedi 25 mars 2017
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AP, 1er mars 2005

Irak : Florence Aubenas appelle à l’aide


BAGDAD/PARIS (AP) - Florence Aubenas appelle à l’aide. Pour la première fois, 55 jours après sa disparition à Bagdad en compagnie de son guide-interprète irakien Hussein Hanoun Al-Saadi, l’envoyée spéciale de "Libération" est apparue sur une vidéo, appelant au secours, semblant effrayée et fatiguée. Mais vivante.


"Mon nom est Florence Aubenas. Je suis française. Je suis journaliste et je travaille pour "Libération". S’il vous plaît, aidez-moi. Ma santé est très mauvaise. Je suis également très mal au plan psychologique. C’est urgent maintenant. S’il vous plaît, aidez-moi", déclare la journaliste, qui porte un sweatshirt gris et un pantalon noir. L’air très angoissé et fatigué, elle est assise devant un fond rouge foncé, les jambes ramenées sur sa poitrine. On était sans nouvelles de l’envoyée spéciale de "Libération", âgée de 43 ans, et de son accompagnateur irakien depuis leur disparition, le 5 janvier 2005, à Bagdad. L’enregistrement, qui dure moins d’une minute, a été déposé dans les bureaux d’une agence de presse internationale dans la capitale irakienne.

Le Premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, a précisé, mardi 1er 2005, que la vidéo était en cours d’expertise. "Nous poursuivons nos investigations", a-t-il expliqué. "Nous avons déjà eu un document vidéo la semaine passée, que nous avons pu montrer à la famille. Pour le moment, les laboratoires expertisent ce deuxième document pour savoir s’il est antérieur ou postérieur", a souligné M. Raffarin, lors d’un bref point de presse, dans l’après-midi. "Depuis le début de cette affaire, nous avons beaucoup d’interférences. L’ensemble des communications qui nous sont faites ne sont pas d’ordre politique. Nous poursuivons nos investigations", a ajouté le Premier ministre. "Nous sommes évidemment très préoccupés et le gouvernement est très mobilisé pour obtenir la libération de Florence Aubenas et de Hussein Hanoun".

Dans cet enregistrement, la journaliste en appelle en particulier au député UMP de Seine-et-Marne Didier Julia, qui connaît actuellement des démêlés judiciaires pour avoir monté une expédition au Moyen-Orient pendant la détention en Irak des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, libérés peu avant Noël quatre mois après leur enlèvement, et dont l’initiative avait été vivement dénoncée par ces ex-otages. "S’il vous plaît, M. Julia, aidez-moi, c’est urgent. M. Julia, aidez-moi", lance Florence Aubenas. Interrogé sur France-Info, le député a affirmé savoir depuis quinze jours que la journaliste était "malade". "Je l’ai su parce que mes contacts à Bagdad et dans la région m’ont dit qu’elle était malade et que ce sont des gens fiables et sérieux. N’ayant aucune autre preuve que verbale, je n’ai pas transmis au Quai d’Orsay", a-t-il poursuivi, disant se tenir "à la disposition du gouvernement pour toute intervention qui serait utile". Le gouvernement a fait savoir à Didier Julia "qu’il n’était pas souhaitable qu’il prenne une initiative personnelle", a précisé quant à lui le président du groupe UMP à l’Assemblée, Bernard Accoyer.

De Londres, en marge de la Conférence sur les réformes palestiniennes, le chef de la diplomatie française, Michel Barnier, a pour sa part dit que le gouvernement allait "après avoir analysé cette vidéo, prendre les décisions les plus utiles". Reste que, pour lui, il y a dans cette cassette de la journaliste un "élément important" : "elle est en vie".

Journaliste, depuis 1986, pour "Libération", Florence Aubenas a notamment couvert le Kosovo, l’Algérie, le Rwanda et l’Afghanistan. Pour le directeur du quotidien, Serge July, ce premier message est une "très bonne nouvelle, même si on ne peut pas préciser à quelle date la cassette a été enregistrée". "C’est d’abord une preuve de vie qui porte une espérance forte, elle nous montre que Florence n’est pas morte", souligne-t-il sur le site Internet du journal. Mais elle pose aussi des "questions angoissantes". "Il n’y a pas Hussein, et on se demande pourquoi".

S’agissant de l’appel à Julia, le responsable du service Etranger de "Libération", François Sergent, a estimé, dans un entretien à l’Associated Press, que Florence Aubenas "parlait évidemment sous la contrainte" : "L’appel à Julia, la chose la plus étrange, ne peut être fait que sous la contrainte", a-t-il répété.

Quant à sa mère, Jacqueline Aubenas, elle a plaidé pour des négociations rapides avec les ravisseurs. "J’ai la certitude qu’il faut aller vite, que Florence est fatiguée, exténuée physiquement et peut-être psychologiquement", a-t-elle déclaré, avant de conclure : "Florence, je voudrais qu’on te rende à ta vie".

Associated Press

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