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mercredi 28 juin 2017
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Le Monde, 11 février 2004

A Fallujah, l’ordre islamique fait taire les chanteuses et la police laisse faire

Fallujah de notre envoyé spécial

par Michel BÔLE-RICHARD


"Nous ne vendons pas de disques de chanteuses irakiennes, arabes ou étrangères" : tous les magasins de musique de Fallujah, à 60 km de Bagdad, ont affiché cette inscription sur leur façade. Car tous ont reçu des menaces d’attentat.


Des tracts ont été distribués sur le marché avec la liste des commerçants se livrant à ce négoce qui révulse les islamistes. En guise d’avertissement, l’une des boutiques a été démolie par des hommes masqués. Alors, tous se sont pliés à la nouvelle règle. Et, chaque soir, les marchands de musique emportent leur matériel à la maison, de peur qu’il soit détruit par une explosion.

Même chose pour les salons de coiffure pour dames, qui ont tous, sans exception, été contraints de fermer leur porte. L’ordre islamique règne à Fallujah, et la police, impuissante, laisse faire. Même les gardes de sécurité ne peuvent rien contre ces extrémistes qui ont également imposé aux restaurants d’instituer des salles séparées pour les hommes et les femmes accompagnées. Comme le dit un habitant : "On sort d’un régime de terreur et on entre dans un autre."

Manifestation nationale

Les associations de femmes du pays s’inquiètent de cette dérive, car elle s’accompagne de pressions de plus en plus fortes pour le port du voile. Le retour en force des islamistes s’est particulièrement illustré, le 29 décembre 2003, par la décision du Conseil intérimaire de gouvernement (CIG), présidé par Abdel Aziz Al-Hakim, président du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak, de rayer d’un trait de plume, à l’issue de la dernière réunion de l’année, le code de la famille, datant de 1959 et considéré comme l’un des plus progressistes du monde arabe, au profit de la charia et de toutes les règles islamiques.

Prise en catimini, par onze voix contre dix, en l’absence de quatre conseillers, cette décision radicale n’a été connue qu’au début du mois de janvier 2004. Même s’il n’est pas applicable sans la signature de l’administrateur américain, Paul Bremer, cet oukase a soulevé un vent de révolte chez les Irakiennes.

Aujourd’hui, elles ont acquis la conviction que ce décret n’a aucune valeur puisqu’il a été adopté par un organisme non représentatif, mais elles continuent leur combat afin qu’il soit retiré car il reste "un danger".

Pour le moment, elles n’ont pas obtenu gain de cause et restent sur le qui-vive, comme le fait remarquer Hanna Edward, de l’association Al-Amal (L’Espoir). Afin de contrer la menace islamique qui se profile à Fallujah et ailleurs, les femmes irakiennes ont décidé de demander qu’un quota de 40 % leur soit attribué dans la représentation des institutions nationales.

Pour appuyer leurs revendications, une manifestation nationale sera organisée le 18 février 2004, afin de faire entendre dans tout le pays la voix des femmes libres.

Michel BÔLE-RICHARD

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