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Le Monde, AFP, 13 février 2004

La CIA reconnaît la faiblesse de certaines sources d’informations


La CIA, accusée d’avoir fourni à l’administration Bush de mauvais renseignements sur la présence d’armes de destruction massive en Irak, a reconnu cette semaine que certaines de ses sources d’informations n’étaient pas fiables.


"Nous ne négligeons pas le devoir qu’a la CIA de protéger ses sources et ses méthodes, mais il faut lever des obstacles à la communication des informations", a déclaré la directrice adjointe du renseignement américain, Jami Miscik, lors d’un discours mercredi 11 février devant des agents de la CIA, diffusé jeudi par la Centrale de renseignement américaine.

"On ne peut plus demander aux analystes de tirer des conclusions sur un sujet sensible sans qu’ils aient une compréhension complète et entière de l’accès qu’ont les sources aux informations sur lesquelles ils travaillent", a poursuivi Jami Miscik.

Dans certains cas, une même source a été décrite de différentes façons, augmentant les risques qu’un analyste se réfère à la même source pour corroborer une information, a-t-elle précisé. "Dans d’autres cas, nous avons découvert, après coup, que bien que la source était fiable, l’information rapportée venait en fait d’une source secondaire à propos de qui nous savions peu de chose", a-t-elle ajouté.

Cet aveu de faiblesse en matière de renseignement humain est tout à fait inhabituel venant de la direction centrale du renseignement américain.

Faiblesse du renseignement humain

Dans le monde, des experts avancent régulièrement que les services de renseignement américains, s’ils sont dotés de matériels d’espionnage dernier cri, pèchent en revanche dans le domaine dit du renseignement humain, à savoir les infiltrations et les sources directes dans les milieux objet de leurs recherches.

Le discours de Jami Miscik révèle aussi un cloisonnement très poussé, au sein de la communauté du renseignement américaine, entre différents services. Ce cloisonnement s’explique par le fait que le directeur central du renseignement américain, George Tenet, qui a aussi la casquette de patron de la CIA, a, en vertu de ce premier titre, sous sa coupe, une multitude d’agences employant quelque 100 000 civils et militaires rendant complexe la coopération entre les services.

Ainsi, des informations peuvent être recueillies par des espions, puis transférées à des spécialistes de l’analyse qui n’auront pas la moindre indication sur l’origine du renseignement qu’ils doivent interpréter.

Dans un autre exemple non détaillé par la directrice adjointe, une information s’est révélée fausse, mais l’alerte sur cette erreur a été négligée, et elle a été utilisée et réutilisée dans plusieurs rapports. L’information en question, venant d’un ancien militaire irakien, était relative à la fabrication par le régime de Saddam Hussein de laboratoires mobiles capables de créer des armes biologiques. Elle avait été reprise dans un document d’octobre 2002 présumant que l’Irak détenait des stocks d’agents biologiques.

"Outre une erreur d’analyse, cette affaire révèle des failles dans la transmission d’alertes sur de mauvais renseignements transmis sans qu’un lien clair soit établi entre l’information initiale et la mise en garde diffusée", a déclaré Jami Miscik. La directrice adjointe a enfin souligné "le danger de présomptions" héritées d’autres personnes. "Nous devons faire très attention à la vérité de ce que nous avançons", a-t-elle dit.

Lorsque des rapports sont écrits sur la prolifération d’armes de destruction massive, les analystes "doivent s’interroger sur la dynamique sociale" du pays sur lequel ils travaillent, "le contexte dans lequel les gens vivent et travaillent", a fait valoir la responsable américaine.

"Il y a des suppositions très sensibles qui conduisent à des réponses" pour un tel sujet. "Nous avons l’obligation de savoir ce qu’elles sont, de les examiner rigoureusement, et à tout prix éviter les réflexions de groupe", conduisant à des analyses erronées, a estimé Jami Miscik.

Avec AFP

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