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lundi 26 juin 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (16ème partie) : De mars 2005 à avril 2005
24 heures.ch, 20 mars 2005

Irak : L’impossible bilan

par Bernard PERRIN


Deux ans après le début de la guerre, le 20 mars 2003, le bilan humain est effroyable, mais il reste largement ignoré. Si le décompte des victimes dans les rangs de la coalition est extrêmement précis, le flou entoure le nombre de morts civils irakiens.


C’est le coût humain de la guerre : pas un jour ne passe sans que les médias du monde entier ne relatent, dans une quasi-indifférence, la mort de civils irakiens ou de soldats de la coalition. Il y a d’un côté les chiffres précis : depuis le 20 mars 2003, la force multinationale dirigée par les Etats-Unis a perdu 1680 hommes. Et il y a le nombre des victimes irakiennes, beaucoup plus difficile à évaluer...

Il est devenu une référence incontournable. Tenu à jour par des universitaires anglo-saxons, le site iraqbodycount.net recensait, le 18 mars 2005, entre 17053 et 19422 victimes civiles irakiennes, tuées par les bombes ou les balles des soldats de la coalition. Ce décompte ne tient donc pas compte des victimes des privations ou des maladies et il n’évoque pas non plus les milliers de blessés et leurs traumatismes. Ce recensement se heurte aussi à la difficulté de récolter l’information sur le terrain. Les chiffres restent donc sûrement en deçà de la terrible réalité. Mais pour les auteurs du site, « ils rappellent avant tout que derrière chaque victime se cache un drame ». Et que ces morts dûment répertoriés mettent les citoyens -américains et britanniques notamment- « devant leurs responsabilités ».

Une étude publiée dans la revue médicale The lancet après dix-huit mois de conflit, en octobre 2004, évaluait, elle, le nombre de victimes civiles à 100000, dont une majorité de femmes et d’enfants. La plupart auraient succombé « à la suite des violences de l’occupation ». Un décompte immédiatement contesté par les gouvernements de la coalition. Mais là encore, derrière les chiffres, c’est le message qui importe. Rédacteur en chef de The Lancet , Richard Horton estime, très sobrement, « que l’impérialisme démocratique a conduit à plus de morts, pas à moins ». Comment surtout imposer la démocratie en bafouant à tel point la vie humaine ? Scott Ritter, inspecteur des Nations Unies pour le désarmement en Irak de 1991 à 1998, estime que ce chiffre de 100000 victimes est « une grave accusation morale contre les pays de la coalition ».

Secret défense

Le décompte des victimes devient lui-même une arme redoutable. Deux ans après le début de la guerre, 70 % des Américains estiment d’ailleurs que le coût en vies humaines américaines (plus de 1500) est « inacceptable ». Les morts irakiens ? De nombreux experts pensent que le Gouvernement américain tient sa propre comptabilité. Mais elle reste classée « secret défense » : depuis 1991 et la première guerre du Golfe, ces données ne sont plus divulguées afin d’éviter les impacts incontrôlables qu’elles peuvent avoir sur les opinions publiques. Un souvenir de la guerre du Vietnam. « Je ne serais pas surpris que les Américains aient en effet en leur possession un décompte relativement précis. Il a une importance militaire certaine, car dans la durée, il permet notamment de déceler les zones où l’on note une baisse de la volonté de tuer. Ces chiffres ne sont pas rendus public pour éviter qu’ils ne soient exploités de manière erronée. Dans ce dossier, on constate une énorme récupération à des fins politiques », note Jean-Vincent Brisset, ancien général de brigade aérienne et directeur de recherche à l’Institut de recherches et d’informations stratégiques, à Paris.

Conventions bafouées

Les Américains font donc face à un feu nourri de critiques. Mais sans justifier la guerre, l’expert militaire tempère le propos : « Le drame du peuple irakien, c’est avant tout la violence aveugle de la résistance et les violences interconfessionnelles, qui relèvent du droit commun. C’est avant tout une guerre civile. »

Le Comité international de la Croix-Rouge, lui, ne compte pas les morts. L’énergie de l’organisation est canalisée ailleurs. « Ce n’est pas notre rôle ! Derrière le nombre de victimes se cache en effet un peuple pour qui la priorité au quotidien est la survie. Nous essayons donc de remplir notre mission : assister et protéger les civils. Et répondre aux énormes besoins, ce qui n’est pas possible pour l’heure, en raison de l’insécurité qui règne dans le pays », note la porte-parole du CICR, Antonella Notari.

Les Conventions de Genève et le droit humanitaire sont donc largement bafoués, tant par les forces coalisées que par les résistants. Les Conventions de Genève imposent pourtant aux Etats de faire en sorte que toutes les personnes coupables de violation du droit humanitaire répondent de leurs actes. Mais l’Irak ne possède pas un système juridique qui permette de juger les coupables. Au niveau international, les tribunaux spéciaux ou la Cour pénale internationale mènent des enquêtes dans les Balkans ou en République démocratique du Congo. Mais l’impunité reste de mise pour les auteurs des exactions irakiennes.

Bernard PERRIN

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