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24 heures.ch, 20 mars 2005

Informations internationales : L’eau, une affaire de gros sous

par Caroline STEVAN


Les participants du deuxième Forum mondial alternatif sur l’eau dénoncent la marchandisation croissante de l’or bleu et l’emprise des multinationales dans ce secteur.


Plusieurs centaines de délégués et de militants du monde entier se sont réunis à Genève « pour développer et promouvoir des politiques publiques qui permettent un accès de tous à l’eau potable et une gestion démocratique solidaire et durable de l’eau ».

Un homme sur trois n’a pas d’autre possibilité que de boire de l’eau polluée. 9000 enfants en meurent chaque jour. Un Américain consomme quotidiennement 800 litres d’eau alors qu’un Tunisien doit faire avec 13 litres. Face à ces inégalités et au fait que le Forum mondial sur l’eau soit noyauté par les mulitinationales, un rendez-vous alternatif a été lancé à Florence, en mars 2003. Cette première rencontre a permis de poser le diagnostic et de dénoncer la marchandisation croissante de l’or bleu. La deuxième, qui s’est achevée à Genève, vise à la contrer.

« L’eau est devenue l’objet de convoitises de nombreuses multinationales qui souhaitent avoir la mainmise et créer un cartel à l’image du gaz ou du pétrole. Nous devons éviter cela en rappelant qu’elle est un bien humain, inaliénable et imprescriptible », argue Mario Soares, ancien président du Portugal.

Un droit humain

L’eau est reconnue comme étant un droit humain par les Nations Unies depuis fin 2003. Voilà pour le côté théorique. Côté pratique en revanche, la Suisse, parmi d’autres, refuse d’inscrire le principe dans sa Constitution. Et si le précieux liquide n’est pas considéré comme étant un bien public, il peut être soumis à la marchandisation.

« On veut nous faire croire que la privatisation est synonyme d’efficacité et de baisse des tarifs. C’est faux, dénonce Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation. A Manille, le prix de l’eau a augmenté de 425 % depuis le désengagement de l’Etat, 6,2 millions de personnes n’y ont plus accès. »

Selon Maude Barlow, militante de la première heure et fondatrice de Blue Planet Project, deux menaces nous guettent : l’inégalité dans la distribution -surconsommation d’un côté, carence de l’autre- et la pénurie à long terme. « Notre monde abuse de ses ressources hydriques, nous utilisons l’eau à un rythme tel qu’elle n’a pas le temps de se renouveler. Pour y remédier, nous devons changer notre rapport au liquide. La prochaine fois que vous en userez, songez que c’est le même qui a traversé le corps des dinosaures. »

Les initiateurs du Forum alternatif, dès lors, prônent un changement des habitudes de consommation au Nord, une gestion démocratique des ressources et un réengagement des pouvoirs publics. « Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas assez de nuages que les gens manquent d’eau, mais parce qu’ils sont pauvres et qu’ils n’ont pas les moyens de la capter là où elle se trouve ! Or, l’argent existe », note Ricardo Petrella, secrétaire général du comité international pour le Contrat mondial de l’eau. Et de souligner que la somme représentée par la dette des pays du Sud suffirait à éradiquer la misère du monde. Question de choix politique.

Caroline STEVAN

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