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Le Monde, 14 février 2004

Washington et les pays de la région s’opposent au départ forcé du président haïtien

Suivi d’un commentaire

par Paulo A. PARANAGUA


Pillage d’un poste de police, aux Gonaives, le 11 février 2004

Après une semaine de violences politiques, qui ont fait une cinquantaine de morts, Haïti est au bord de la crise humanitaire.

Les Etats-unis , le Canada et la Communauté des pays des Caraïbes (Caricom) rejettent le départ forcé du président haïtien, Jean-Bertrand Aristide, et appellent à une sortie de crise "pacifique, négociée, démocratique et constitutionnelle".

Les Gonaives, 2 décembre 2002. Cette jeune Haïtienne se tient devant les décombres de ce qui était à la fois le domicile et le commerce de ses voisins. Elle a été détruite à l’occasion des confrontations entre partisans et adversaires de Jean-Bertrand Aristide

Les Gonaives, 2 décembre 2002. Georges Beaubrun, alors âgé de 86 ans, examine les débris calcinés de sa masure, où sa fille a été abattue, frappée et tuée par des supporters du gouvernement. Plus d’une douzaines d’habitations ont été détruites à la suite de confrontations entre partisans et adversaires de Jean-Bertrand Aristide


Après une semaine d’insurrection armée qui a fait une cinquantaine de morts, la position des partenaires et voisins d’Haïti, réunis à Washington, freine les ardeurs de l’opposition. Le président Aristide est bien décidé à mener son mandat jusqu’à son terme. Les ministres des affaires étrangères du Canada et de plusieurs pays des Caraïbes se sont réunis, vendredi 13 février, avec le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell et le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), Cesar Gaviria. "Nous n’accepterons aucune issue qui se traduirait par un départ illégal du président élu d’Haïti", a déclaré M. Powell, en précisant aussitôt : "Ce que nous attendons du président Aristide maintenant, ce sont des actes et pas seulement des paroles de soutien" aux propositions de la communauté internationale pour faire revenir le calme.

Scène de rue aux Gonaives, le 11 février 2004

Force multinationale ?

L’éventualité d’une force multinationale de police avait été évoquée avant la rencontre de Washington. "Nous n’avons pas discuté ici d’un plan pour une intervention militaire ou tout autre forme d’intervention", a assuré Colin Powell. Le secrétaire d’Etat a toutefois admis la possibilité d’envoyer un "nombre modeste" de policiers étrangers à titre d’assistance, si les parties haïtiennes parvenaient à une solution politique et en faisaient la demande.

Si l’opposition a pris ses distances avec les insurgés, elle n’a pas baissé le ton contre Jean-Bertrand Aristide. André Apaid, leader du groupe des 184, une coalition d’opposants et de la société civile, estime que les rebelles de Gonaïves -ville du nord-ouest occupée depuis une semaine- devraient être désarmés, sans être tués.

Selon Evans Paul, ancien directeur de campagne de M. Aristide, devenu dirigeant de la Convergence démocratique, une autre coalition d’opposants, "Jean-Bertrand Aristide a déclaré la guerre au peuple haïtien. Il s’est confirmé comme un président délinquant, qui a attaqué avec la complicité de la police des manifestants pacifiques. Au lieu du mensonge, de la corruption et de la violence, nous voulons le respect, la justice et la démocratie."

Cap-Haïtien, le 4 septembre 2003. La police anti-émeute tire des grenades à gaz contre les manifestants anti-Aristide

Le chaos politique menace aujourd’hui le pays d’une crise humanitaire. Le nord d’Haïti, ébranlé par l’affrontement entre bandes armées d’adversaires et de partisans de M. Aristide, n’est plus en situation de recevoir l’aide internationale.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est "particulièrement préoccupé par les incursions de personnes armées dans les établissements médicaux". Nombre d’entre eux ne fonctionnent pas, car le personnel et les patients craignent pour leur sécurité. Les organisations humanitaires "ne sont pas en mesure de fournir les secours médicaux dont les hôpitaux ont besoin", selon le CICR.

L’insécurité empêche les convois de nourriture de se ren-dre sur place. Les opérations du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU sont perturbées. "Si la sécurité n’est pas garantie dans le pays, la nourriture ne sera pas distribuée et les problèmes de malnutrition vont augmenter très rapidement, a averti le Canadien Guy Gauvreau, responsable du PAM à Haïti. Les opérations destinées aux populations situées dans le nord du pays sont suspendues et nous redoutons principalement les pillages, si la situation continue de se détériorer."Ces derniers mois, huit camions transportant 61 tonnes de nourriture ont été la cible d’agressions. Or, selon le PAM, dans le nord du pays, 268 000 personnes dépendent de l’aide alimentaire.

A Miami, la Haitian American Grassroots Coalition s’inquiète de "l’exode potentiel de réfugiés haïtiens". Lors du coup d’Etat contre M. Aristide, en 1991, soixante mille Haïtiens avaient fui le pays. Certains d’entre eux n’avaient pas hésité à risquer leur vie pour franchir le détroit de Floride.

Paulo A. PARANAGUA

Jean-Bertrand Aristide

Commentaire

L’attitude des pays membres de la Communauté des pays des Caraïbes (Caricom) est manifestement inepte et témoigne du mépris du milieu politique à l’égard de la population en général. Les pauvres doivent faire preuve de patience, en attendant qu’on se lasse de les dépouiller et de les massacrer...

Un quelconque parrain de la mafia sicilienne ne se comporte pas de manière plus crapuleuse que Jean-Bertrand Aristide. Ce dernier n’est rien de plus qu’un assassin et un pillard. Il devrait être destitué et jugé devant les tribunaux locaux, exactement pour les mêmes motifs que Saddam Hussein.

Il est particulièrement hypocrite, de la part des pays du Caricom, d’invoquer le respect de l’ordre constitutionnel, alors que Jean-Bertrand Aristide est le premier à bafouer la constitution haïtienne.

Une fois de plus, on retrouve les Etats-Unis et leurs alliés soutenant un dictateur et contribuant cyniquement à l’oppression des pauvres.

Policier haïtien sur les lieux du "Massacre du jour des élections"

Même s’il le désirait réellement, Jean-Bertrand Aristide serait incapable de gouverner correctement, car il a déclenché une logique de haine qu’il ne contrôle pas. Il ne peut que pratiquer la fuite en avant dans la terreur ou être renversé et, probablement, assassiné.

Cela ne l’empêchera pas de promettre tout ce que l’on voudra afin de se maintenir au pouvoir et continuer d’alimenter ses comptes bancaires à l’étranger...

S’imaginer que les victimes de Jean-Bertrand Aristide se résigneront à sa dictature suppose, a priori, qu’on est disposé à autoriser ou à couvrir tous les massacres nécessaires pour réduire les opposants à une complète soumission.

Reste à savoir quel sera le prix politique que payeront les gouvernements complices des atrocités commises, depuis des années, par Jean-Bertrand Aristide.

Manifestant anti-Aristide

Du point de vue de l’intérêt général de la population, il ne fait aucun doute que Jean-Bertrand Aristide doit être mis hors d’état de nuire par n’importe quel moyen et dans les plus brefs délais.

Ce n’est qu’ensuite, et en étant alors assuré du soutien de la vaste majorité de la population, qu’il deviendra possible de désarmer les gangs à la solde du milieu politique et d’établir un système réellement démocratique.

Frank BRUNNER

Fillette haïtienne

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