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Le Temps, 30 mars 2005

Corruption : Paul Volcker épargne Kofi Annan, mais le boulet « Oil for food » a frôlé sa tête


Vue du siège de l’ONU, à New York

NATIONS UNIES. Le secrétaire général n’est pas accusé de trafic d’influence dans le volet suisse de l’enquête sur le programme « Pétrole contre nourriture » destiné à l’Irak. Mais le Ghanéen ne sort pas vraiment blanchi.

Le rapport de Paul Volcker présenté le 29 mars 2005


Le boulet a passé près de la tête de Kofi Annan. Le secrétaire général des Nations Unies n’est pas accusé de trafic d’influence dans le volet suisse de l’enquête sur le programme « Pétrole contre nourriture » de l’ONU en Irak, et rien ne prouve qu’il se soit trouvé dans un conflit d’intérêts intenable. Mais le Ghanéen ne sort pas vraiment blanchi du rapport intermédiaire que Paul Volcker, président d’une commission d’enquête voulue par Kofi Annan lui-même, a présenté, mardi 29 mars 2005, dans un grand hôtel de New York, à deux blocs du siège de l’organisation. Si l’ancien patron de la Réserve fédérale américaine n’a pas trouvé contre le secrétaire général de « preuves raisonnablement suffisantes », c’est peut-être qu’il n’y en a pas. Ou alors -glisse le rapport- elles étaient contenues dans les documents détruits en masse par Iqbal Riza, l’ancien bras droit de Kofi Annan, en avril 2004, au moment où la commission d’enquête a été constituée.

Iqbal Riza

Reste aussi beaucoup de zones d’ombre autour de l’activité de Kojo Annan, le fils du secrétaire général, employé de Cotecna, l’entreprise suisse qui a décroché, fin 1998, un gros contrat de surveillance des importations irakiennes, dans le cadre de « Pétrole contre nourriture ».

Le bureau de Cotecna Inspection SA, à Niamey, au Niger

La mission Volcker a été provoquée par la révélation de détournements massifs du programme de l’ONU par le régime de Saddam Hussein, et par le soupçon de complicités à l’intérieur de l’organisation. Le premier rapport intermédiaire, en février 2005, a mis en cause gravement le directeur du programme, Benon Sevan, qui s’est placé, lui, dans un conflit d’intérêts absolu, en intervenant, à Bagdad, en faveur d’amis pétroliers égypto-genevois. Il a été chassé, avec un autre haut cadre onusien. Mais l’enquête continue, et un rapport final sera publié cet été.

Benon Sevan

Les cent pages d’enquête rendues publiques le 29 mars 2005 se concentrent sur le contrat de la Cotecna, le rôle de Kojo Annan, et l’attitude de son père. Le programme décidé par le Conseil de sécurité, en 1995, avait pour objectif d’alléger la peine des Irakiens sous le régime des sanctions d’après la guerre du Golfe. Bagdad pouvait vendre son pétrole, dont les revenus étaient placés sur un compte bloqué, géré par l’ONU. Cet argent servait à payer les importations irakiennes de toute nature, sauf les armes.

Saddam Hussein

Il fallait donc à la fois contrôler les ventes de brut et les achats de biens par l’Irak. La surveillance des importations a été d’abord effectuée par la Lloyd’s, préférée, dans des conditions bizarres, à Cotecna et à la SGS. Fin 1998, un nouvel appel d’offres a été lancé, et Cotecna l’a emporté : ses prix étaient les plus bas, et Paul Volcker admet que ce fut la raison de l’attribution du contrat.

Paul Volcker

Pourtant, le nom de Kojo Annan parmi les cadres de l’entreprise genevoise, d’abord comme employé, puis en tant que consultant extérieur jusqu’à l’automne 1998, a fait jaser. Le Sunday Telegraph a ouvert les feux par un article accusateur en janvier 1999 ; le journal londonien s’étonnait aussi du choix d’une entreprise contre laquelle une enquête criminelle avait été ouverte, pour des pots-de-vin versés à Benazir Bhutto, alors premier ministre du Pakistan. La Commission Volcker révèle que Kofi Annan a rencontré trois fois Elie ou Robert Massey, dirigeants de Cotneca, avant l’attribution du contrat, et une fois après. Mais rien ne démontre qu’il a alors été question du programme « Oil for Food » et de l’intérêt de la société genevoise.

Le bureau de Cotecna Inspection SA, à Lomé, au Togo

Kojo Annan, qui était alors -en 1998- consultant extérieur, et restait en contacts fréquents avec son père, a rencontré deux fois le secrétaire général, en Afrique du Sud et à New York, pendant l’Assemblée générale de l’ONU. Un associé du fils a affirmé à la commission qu’il avait été question au moins une fois de l’Irak. Kofi Annan le nie. Mais le plus troublant, dans le rôle de Kojo Annan, est venu après son départ de Cotecna. En vertu d’un accord de non-concurrence, l’entreprise lui a versé une compensation de 30000 francs par an pendant plus de cinq années, jusqu’au début de 2004. Ce fait, révélé par la presse, n’est pas nouveau. Mais la commission Volcker apporte un élément surprenant : les versements à Kojo Annan étaient effectués par des voies détournées, comme pour brouiller les pistes, de l’expéditeur au bénéficiaire.

Kojo Annan

Le secrétaire général s’est dit surpris et déçu d’apprendre sur son fils des choses qu’il ne savait pas. L’avocat de Kojo Annan a envoyé à la Commission une lettre dans laquelle le jeune homme admet avoir trompé son père sur la réalité de son activité. Kofi Annan, mardi 29 mars 2005, en fin de journée, devait commenter dans une conférence de presse la publication du rapport Volcker. Un seul mot a filtré avant : pas question de démissionner.

Alain CAMPIOTTI

Kofi Annan

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