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Le Temps, 5 avril 2005

Informations internationales : « Le statu quo dans le monde arabe pourrait conduire à des soulèvements destructeurs »

par Samuel GARDAZ


NATIONS UNIES. Le rapport 2004 sur le développement humain dans le monde arabe appelle à ne pas manquer les opportunités en matière de réformes politiques, économiques et sociales.


« Si la situation répressive devait perdurer dans les pays arabes, cela conduirait à des conflits sociaux. En l’absence de mécanismes pacifiques et efficaces pour lutter contre les injustices et parvenir à une alternance du pouvoir, certains seraient tentés de recourir à des mouvements de protestation violents avec le risque de troubles internes. »

Le rapport 2004 du développement humain dans le monde arabe n’y va pas par quatre chemins pour décrire ce qui attend les régimes arabes s’ils s’accrochent au statu quo politique actuel. De manière explicite, il met en garde contre les risques de « soulèvements chaotiques » et de « violences armées » qui risqueraient d’accompagner un transfert non maîtrisé du pouvoir. Et ce avec d’autant plus de vigueur que, poursuit le rapport, « un transfert du pouvoir par la violence ne garantit pas non plus que les régimes de gouvernance qui y succèdent soient acceptables ».

Le rapport, rendu public, mardi 5 avril 2005, avec plusieurs mois de retard, est rédigé par un groupe indépendant d’intellectuels et d’experts arabes. Il est sponsorisé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui précise en préambule que les vues exprimées dans le texte ne sont pas nécessairement celles de l’ONU. Fin 2004, le PNUD avait même été sur le point de retirer son parrainage au rapport sous la pression supposée des Etats-Unis, qui demandaient que soient retirées des critiques contre son occupation de l’Irak et contre l’occupation israélienne des Territoires occupés palestiniens. Au final, les critiques sont toujours là.

Dans sa première édition, publiée en 2002, le rapport identifiait les trois déficiences majeures du monde arabe sur le plan : l’accès au savoir ; la liberté et la bonne gouvernance ; et accès des femmes à l’autonomie. La deuxième édition explorait cette première déficience. Comme les précédentes, l’édition 2004 se veut un outil forgé « par les Arabes pour les Arabes », destiné à alimenter le débat sur les raisons du malaise arabe et les manières d’y remédier.

Les auteurs du rapport décrivent ainsi comment la concentration du pouvoir entre les mains des exécutifs arabes, qu’ils soient monarchiques, militaires, dictatoriaux ou issus d’élections présidentielles, a transformé l’Etat en une sorte de « trou noir qui réduit son environnement social à un ensemble statique où rien ne bouge et duquel rien ne peut s’échapper ». Ils dénoncent en outre une corruption « institutionnalisée » qui renforce ce « trou noir », ainsi que le « clanisme » qui favorise « un état d’esprit de passivité et d’obédience à l’autorité et d’intolérance face à la dissidence ».

Le rapport constate néanmoins que les pressions en faveur d’un changement politique s’intensifient, qu’elles soient internes ou externes, et qu’elles commencent à porter leurs fruits : participations des femmes aux élections législatives à Oman, élection présidentielle multipartite et libre en Algérie, ou encore adoption d’une nouvelle loi sur la famille protégeant les droits de la femme au Maroc. Le rapport ne prend pas en compte les développements intervenus dernièrement : élections législatives en Irak et présidentielle en Palestine, municipales en Arabie saoudite, et pourtant il estime déjà que « si les pays arabes ne prennent pas des mesures sérieuses et véritables en vue d’un changement, les puissances étrangères interviendront pour initier le processus de réforme de l’extérieur ».

Les premières éditions du rapport avaient en effet prêté le flanc à la critique dans la mesure où elles revenaient indirectement à légitimer les entreprises de démocratisation orchestrées par l’extérieur, comme l’Initiative américaine pour un Moyen-Orient élargi. Dans son édition actuelle, les auteurs prennent bien soin de rappeler que « c’est en fait la faiblesse des pays arabes qui les rend vulnérables aux interventions extérieures ». Selon ses auteurs, le seul moyen d’échapper à cette situation de « patronage » est donc de se réformer. Quitte d’ailleurs à « saisir l’opportunité offerte par ces initiatives étrangères, en conduisant le processus de réforme de l’intérieur ».

De manière concrète, les auteurs du rapport émettent donc un certain nombre de recommandations, telles que la fin des restrictions à la liberté de la presse, et surtout la levée de l’état d’urgence, « devenu permanent même en l’absence de dangers qui le justifient », comme en Egypte, en Syrie ou au Soudan.

Samuel GARDAZ

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source