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mardi 21 février 2017
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AFP, 7 avril 2005

Proche Orient : Israël intensifie les préparatifs pour le retrait de Gaza

Suivi d’un commentaire


Des Israéliens manifestent contre un projet de constructions immobilières destinées aux colons évacués de la bande de Gaza, dans le secteur de Nitzanim, le 7 avril 2005

NITZANIM (AFP) - Israël a intensifié, jeudi 7 avril 2005, ses préparatifs en vue de l’évacuation, cet été, des colonies de la bande de Gaza, dont les maisons devraient rester sur place pour être habitées par des Palestiniens.

Le convoi d’Ariel Sharon, venu visiter le secteur de Nitzanim, le 7 avril 2005


La police et le service de sécurité intérieur israélien (Shin Beth) craignent par ailleurs des provocations d’extrémistes de droite contre l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-est, qui risqueraient d’embraser la région et de compromettre la mise en oeuvre du retrait de Gaza.

Des Israéliens devant le Mur des lamentations, à Jérusalem, le 7 avril 2005

Le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, a visité, jeudi 7 avril, des sites, dans le sud d’Israël, destinés à accueillir les quelque 8000 colons de la bande de Gaza appelés à être évacués à partir du 20 juillet 2005. "Il est grand temps de se mettre au travail et d’aplanir le terrain" pour leurs nouvelles demeures, a lancé M. Sharon. Il s’est rendu notamment dans le secteur de Nitzanim, au bord de la Méditerranée, entre les villes d’Ashdod et Ashkelon, au sud de Tel-Aviv, où des écologistes ont manifesté contre une construction massive de maisons dans cette région de dunes, un des derniers parcs naturels du littoral. "Ces gens (les colons) sont en difficulté, et il faut faire tout le nécessaire pour les aider (...) Je m’y emploierai dans les mois à venir et ferai de mon mieux pour essayer de trouver avec eux une solution pour leur réinstallation" en Israël, a ensuite déclaré M. Sharon à Tel-Aviv. "Il est évident qu’aucun d’entre eux ne veut partir de son plein gré, mais ils comprennent qu’ils doivent se réinstaller car des décisions cruciales pour le statut et la position internationale d’Israël ont été prises par le gouvernement et le parlement", a-t-il encore dit.

Ariel Sharon visite le secteur de Nitzanim, le 7 avril 2005

Le ministre israélien de la Défense, Shaoul Mofaz, a de son côté décidé que les habitations des colons de la bande de Gaza ne seraient pas démolies. Lors de consultations avec d’autres hauts responsables sécuritaires, le ministre a recommandé que les maisons individuelles ne soient pas rasées. En revanche, les synagogues et bains rituels seront démolis et reconstruits en Israël tandis que les tombes seront déplacées une à une. M. Mofaz a aussi donné pour consigne que les maisons soient remises aux Palestiniens après le départ des forces israéliennes et que les bases de l’armée soient démolies et reconstruites en Israël. Ses décisions devront toutefois recevoir l’aval du gouvernement, qui doit en discuter avant la fin du mois.

Shaoul Mofaz

Le vice-ministre de la Défense, Zeev Boïm, a expliqué que ces recommandations tenaient compte de "facteurs internationaux", en allusion à l’image de marque d’Israël qui souffrirait de démolitions d’une telle ampleur qui seraient immanquablement interprétée comme une "politique de la terre brûlée". M. Boïm a aussi relevé les "graves conséquences écologiques" de telles destructions massives, qui laisseraient un million de mètres cubes de gravats, dont le déblaiement coûterait environ 18 millions de dollars, sans compter les dommages écologiques.

Des colons israéliens manifestent contre le retrait de la bande de Gaza, à Netzarim, le 7 avril 2005

La police israélienne a par ailleurs interdit aux non musulmans l’accès à l’esplanade des Mosquées, où se trouve la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, après qu’un groupuscule juif d’extrême droite, Revava (Myriade), eut appelé à manifester, dimanche 10 avril 2005, sur place, afin de marquer son opposition au retrait de Gaza. L’esplanade est construite sur le site du Temple juif de Salomon, lieu le plus sacré du judaïsme que les juifs appellent le Mont du Temple. L’appel du groupe extrémiste juif a provoqué un vif émoi parmi les Palestiniens, suscitant des menaces de ripostes de la part de groupes radicaux islamistes, qui viendraient rompre la trêve en vigueur.

Vue de la mosquée d’Al-Aqsa, à Jérusalem, le 7 avril 2005

Enfin, une roquette artisanale de type Qassam a été tirée sans faire de victime à partir de la bande de Gaza contre le sud d’Israël. Selon M. Boïm, "ce tir prouve qu’Abou Mazen (le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas) ne parvient pas à s’imposer, et cède au Hamas. Il (Mahmoud Abbas) a de la bonne volonté, mais pratiquement rien d’autre".

Agence France Presse

Des policiers israéliens examinent le cratère creusé par l’impact d’une roquette palestinienne, à Sderot, le 7 avril 2005

Commentaire

Le gouvernement israélien est directement responsable de la situation dans laquelle se trouve Mahmoud Abbas. L’autorité morale de Mahmoud Abbas est liée au succès du processus de paix dans lequel il s’est personnellement engagé et dans lequel il a réussi à engager les mouvements de résistance. Mahmoud Abbas est allé aussi loin qu’il le pouvait, en matière de coopération avec les Israéliens, sans franchir la limite qui le ferait passer pour un traître aux yeux des mouvements de résistance.

Mahmoud Abbas

Or, le gouvernement israélien n’a cessé de manifester son arrogance et son mépris des Palestiniens, en multipliant les provocations : projet de construction d’une route à travers un cimetière palestinien ; projet de décharge publique dans les territoires occupés ; annexions ; poursuite de la construction du Mur et des spoliations qui l’accompagnent, etc... Tout cela a détruit la crédibilité de la volonté de paix des Israéliens et a placé Mahmoud Abbas dans la situation humiliante du naïf imbécile manipulé par les Israéliens.

Vue de la colonie israélienne de Maaleh Adumim, près de Jérusalem, le 7 avril 2005

Ce que les Israéliens présentent comme "la paix" apparaît comme une exigence de capitulation inconditionnelle des Palestiniens face à l’arbitraire israélien. Autant dire que cette conception de la paix est invendable aux mouvements de résistance palestiniens.

Des immeubles en construction dans la colonie israélienne de Maaleh Adumim, près de Jérusalem, le 7 avril 2005

Il est évident que, si le gouvernement israélien avait adopté l’attitude inverse, c’est-à-dire une attitude de respect confirmée par des mesures concrètes, l’autorité morale de Mahmoud Abbas sur les mouvements de résistance s’en serait trouvée considérablement renforcée. Il aurait pu se prévaloir de ces résultats concrets et de l’attitude respectueuse du gouvernement israélien face à ceux qui ne croient pas à la sincérité des Israéliens. Si le processus de paix échoue et que la guerre reprend, les Israéliens n’auront qu’à s’en prendre à l’arrogance de leur gouvernement.

Frank BRUNNER

Des Palestiniens lancent des pierres pendant une manifestation contre la construction du Mur israélien, à Bil’n, le 1er avril 2005

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