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jeudi 27 avril 2017
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AP, AFP, 15 février 2004

Haïti : Manifestation contre Jean-Bertrand Aristide à Port-au-Prince

par Michael NORTON


Scène de rue à Port-au-Prince, le 15 février 2004

PORT-AU-PRINCE, Haïti (AP) Malgré la menace des partisans du président Jean-Bertrand Aristide, les sympathisants de la Plate-forme démocratique de l’opposition haïtienne se sont rassemblés dimanche pour une grande manifestation à Port-au-Prince.

Les rebelles quant à eux auraient reçu le renfort d’une vingtaine de miliciens revenus de leur exil en République dominicaine voisine. Au moins 58 personnes sont mortes depuis la mi-septembre.

Scène de rue aux Gonaives, le 11 février 2004


Se rassemblant aux cris d’« A bas Aristide », les membres de la Plate-forme ont déclaré qu’ils ne soutenaient pas la violence mais qu’ils voulaient comme les rebelles renverser le président.

Mardi dernier, lors d’une telle manifestation, des partisans de l’ancien prêtre ont jeté des pierres et bloqué les protestataires.

Les rebelles ont lancé leur soulèvement neuf jours auparavant des Gonaïves, quatrième ville du pays située à 110 km au nord-ouest de la capitale et qu’ils contrôlent. Ils seraient moins nombreux que les 5.000 policiers mais une vingtaine de miliciens et policiers en exil en République dominicaine, qui partage l’île avec Haïti, seraient venus en renfort ces derniers jours.

Pillage d’un poste de police, aux Gonaives, le 11 février 2004

Un ancien soldat et milicien haïtien, Louis-Jodel Chamblain, a ainsi été vu aux Gonaïves par plusieurs témoins. Il avait dirigé les escadrons militaires de la mort en 1987 ainsi que le groupe paramilitaire du FRAPH (Front pour l’avancement et le progrès haïtien) qui avait tué et mutilé des centaines de personnes entre 1991 et 94. Il s’était exilé en République dominicaine au milieu des années 90.

Guy Philippe, ancien chef de la police exilé de l’autre côté de la frontière après avoir été accusé de fomenter un coup d’Etat en 2002, a également été repéré.

Guy Philippe

Dans un entretien filmé obtenu par l’Associated Press Television News (APTN), Guy Philippe a assuré qu’il était rentré en Haïti pour se battre pour le peuple, affirmant qu’il n’a pas d’aspirations politiques.

« Nous n’avons pas de plate-forme politique », a déclaré l’ancien chef de police âgé de 35 ans. « Notre combat est pour (avoir) un meilleur pays. (...) Nous luttons pour la présidence, pour le peuple, pour nos convictions. »

Il a ajouté que les rebelles disposaient d’un arsenal et qu’il n’était pas dans l’intérêt des Etats-Unis d’intervenir en Haïti. « Nous ne voulons pas nous battre contre eux », a-t-il déclaré. « Nous nous battons pour notre propre cause. »

Des témoins joints par téléphone affirment que la vingtaine de miliciens et de policiers arrivés en renfort travaillent avec les rebelles aux Gonaïves mais se rassemblaient à Saint-Michel de l’Atalaye, à 45 km à l’est de la ville.

Distribution de nourriture, le 10 février 2004

Haïti voit le mécontentement grandir parmi ses huit millions d’habitants depuis que le parti d’Aristide a remporté des élections législatives truquées en 2000 et que plusieurs millions de dollars d’aide internationale ont été gelés. Le secrétaire d’Etat américain Colin Powell a néanmoins déclaré vendredi que les Etats-Unis et le reste de la communauté internationale « n’accepteraient aucun résultat (...) qui soit une tentative de destituer le président d’Haïti ».

Redoutant une crise alimentaire et médicale, les Nations unies ont demandé aux belligérants d’ouvrir un couloir humanitaire menant au nord d’Haïti, où 268.000 personnes dépendant de l’aide alimentaire en sont privées.

Michael NORTON

© AP - The Associated Press. Tous droits réservés

Manifestation anti-Aristide à Port-au-Prince, le 1er février 2004

PORT-AU-PRINCE (AFP) Un peu plus d’un millier de manifestants anti-Aristide ont manifesté dimanche dans les rues de Port-au-Prince sous la protection de la police qui a du faire usage de gaz lacrymogène pour disperser un groupe qui avait quitté le cortège principal.

Malgré le nombre réduit de participants, la manifestation a eu une grande portée symbolique, aussi bien pour l’opposition que pour le pouvoir. Elle avait déjà été reportée à deux reprises par crainte d’incidents.

"Nous ne serions que cinq, nous serions des héros", commentait au début de la manifestation André Apaid, leader du groupe des 184 qui regroupe la société civile et le patronat. "Aujourd’hui, les gens ont peur de manifester", a-t-il affirmé.

André Apaid

La police haïtienne était présente et encadrait la manifestation avec des forces anti-émeutes. Une ambulance suivait également le cortège.

Les manifestants se sont mis en marche vers 10H30 locales (15H30 GMT) depuis la banlieue résidentielle de Pétionville au sud de Port-au-Prince, en criant des slogans réclamant la démission du président haïtien.

Sur son parcours, le cortège s’est scindé en deux. D’un côté, le gros de la manifestation a suivi les indications de la police, quittant l’autoroute de Delmas, à l’est de la capitale, et se dispersant sans incident.

Passant le barrage de police, quelques deux cents jeunes manifestants ont poursuivi leur chemin sur l’autoroute, s’approchant d’une zone où étaient concentrés des partisans du président Aristide.

La police s’est interposée pour empêcher les deux groupes d’entrer en contact. Après avoir demandé aux jeunes de rebrousser chemin, elle a fait usage de gaz lacrymogène pour les disperser. Dans leur retraite, les jeunes ont dispersé des pierres et des pneus pour bloquer la circulation.

La police a ensuite procédé à des arrestations, quatre au moins, selon le journaliste de l’AFP.

Un supporter de Jean-Bertrand Aristide exigeant que son règne dure 500 ans...

André Apaid a estimé qu’il y avait des "infiltrés qui devaient jouer le rôle de provocateurs". Il a réaffirmé qu’il voulait le départ du président haïtien par des moyens pacifiques et voulait éviter l’amalgame avec les insurgés des Gonaïves, au nord de la capitale, qui ont choisi la voie armée.

Les Gonaives, 11 février 2004

Interrogé par l’AFP sur l’alliance de Louis-Jodel Chamblain, un des chefs des paramilitaires haïtiens de la dictature du général Raoul Cédras (1991-1994) et de l’ex-commissaire Guy Philippe avec les rebelles des Gonaïves, André Apaid a estimé qu’ils représentaient "une vision du passé dont le peuple haïtien ne veut plus".

"Nous soutenons le peuple du Nord d’Haïti qui demande le départ de Jean Bertrand Aristide mais pas la lutte armée", a-t-il indiqué.

"Nous voulons que M. Aristide démissionne, ce qui est constitutionnel. Le danger c’est lui. Et le plus vite il partira, le plus vite on pourra réconcilier le peuple haïtien", a-t-il affirmé.

Scène de rue dans une localité haïtienne

Questionné à propos de l’enquête demandée par l’avocat du gouvernement haïtien, Ira Kurzban, au département américain (ministère) de la Justice à propos d’éventuelles violations de la législation américaine ("neutrality act") à cause de sa nationalité américaine, M. Apaid a répondu qu’il s’agissait "d’une diversion", au moment où le pays vit une crise majeure.

"Je suis haïtien d’origine, mes parents sont nés en Haïti" a-t-il répondu.

Agence France Presse

Ira Kurzban

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