retour article original

samedi 25 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (17ème partie) : De mai 2005 à décembre 2005
AFP, 16 mai 2005

Irak : Les sunnites dénoncent les exactions "de la police, de l’armée et des commandos du ministère de l’Intérieur"


BAGDAD (AFP) - Un responsable sunnite a demandé, lundi 16 mai, une enquête sur le meurtre de membres de sa communauté à Bagdad, où vingt-cinq corps ont été découverts, dimanche 15 mai 2005, tandis que la violence dirigée contre l’armée a fait douze tués.


Les forces de sécurité irakiennes ont capturé, récemment, un des principaux fabricants de voitures piégées dans la région de Mossoul, a indiqué, lundi 16 mai, un communiqué du gouvernement irakien. "Lors d’un raid, vendredi 13 mai 2005, les forces de sécurité irakiennes ont capturé Selim Youssef Ghafif Hussein, alias Abou Daoud, qui était chargé de récupérer des véhicules et de les piéger avec un maximum d’explosifs", précise-t-il. Selon le communiqué, Abou Daoud "était un très poche collaborateur du chef de la cellule terroriste d’Abou Talha, qui est associée au réseau terroriste d’Abou Moussab Al-Zarqaoui", le chef d’Al-Qaïda en Irak. "Il est le principal fabricant de la majorité des voitures piégées utilisées dans des attaques suicide à Mossoul", à 370 km au nord de Bagdad.

"Durant les deux derniers jours, des corps de sunnites ont été jetés dans différents endroits de Bagdad, notamment dans le quartier Chaab", a affirmé le chef de l’adminimistration du Wakfs, les biens religieux sunnites. "J’appelle le gouvernement à faire la lumière sur cette affaire, et j’appelle le Premier ministre, Ibrahim Al-Jaafari, à se dresser contre ceux qui veulent provoquer un conflit entre les communautés religieuses du pays", a déclaré Adnane Salmane Al-Doulaïmi, dans une conférence de presse, à Bagdad. Il a implicitement accusé les forces de l’ordre de la nouvelle administration, dominée par les chiites, de la responsabilité des meurtres de sunnites, en déclarant que "tout le monde est au courant des agissements de la police, de l’armée et des commandos du ministère de l’Intérieur". Il a affirmé que plus de 300 des imams, gardiens de mosquée et religieux sunnites ont été arrêtés dans des raids des forces de l’ordre et qu’il avait entrepris des démarches pour les libérer, sans obtenir de réponse. Le ministre de la Défense, le sunnite Saadoun Al-Doulaïmi a ordonné la fin des raids dans les lieux de culte et sur les campus universitaires.

Quarante-six corps d’hommes tués par balles, décapités ou égorgés, ont été découverts, samedi 14 mai et dimanche 15 mai, en Irak, dont vingt-cinq à Bagdad, selon la police. Les dernières découvertes ont été faites, dimanche 15 mai au soir, dans le quartier Chaab, dans le nord de Bagdad. "Huit corps de personnes non identifiées ont été trouvés les mains liées, les yeux bandés et en sous-vêtements dans une section du quartier", a indiqué une source du ministère de l’Intérieur. "Quatre autres corps ont été découverts dans le même quartier à une distance de cinq kilomètres", a-t-elle ajouté, sans pouvoir donner plus d’indications sur l’identité des victimes. Dimanche 15 mai 2005 au matin, la même source avait fait état de la découverte de quatorze corps dans une décharge, près du quartier de Sadr City, dans l’est de la capitale.

Le 6 mai, quatorze corps de paysans sunnites avaient été découverts dans le même quartier. Tous venaient de la ville de Madaïen, à 30 km au sud de Bagdad, qui a connu, à la mi-avril 2005, une controverse sur de possibles otages chiites retenus par des sunnites. Des sources sunnites avaient affirmé qu’il s’agissait de paysans qui ont été enlevés par des hommes habillés en policiers.

Par ailleurs, onze corps d’hommes tués par balles ont aussi été découverts, dimanche 15 mai, près de la ville d’Iskandariyah, à 40 km au sud de Bagdad, une zone où des membres de la résistance sunnite avaient l’habitude d’attaquer des pèlerins chiites se rendant dans les villes saintes du centre de l’Irak. Samedi 14 mai 2005, les corps de dix soldats ont été trouvés à l’ouest de Bagdad.

Sur le terrain, douze Irakiens, dont quatre soldats et six rebelles, ont été tués dans des attaques contre l’armée au nord de Bagdad et dans la capitale, où le convoi d’un général a été notamment attaqué par des hommes en armes, dont quatre ont été tués par les membres de sa protection.

Ces violences sont intervenues au lendemain d’une visite de la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, qui a plaidé pour une participation plus importante des sunnites dans le processus politique, notamment la rédaction d’une Constitution permanente. La commission parlementaire chargé de cette mission de 55 membres ne compte que deux sunnites et M. Jaafari s’est engagé à remédier à cette situation. Des responsables de la communauté sunnite se sont dits satisfaits, lundi 16 mai 2005, de l’appel lancé par la secrétaire d’Etat américaine mais des opposants irréductibles aux Etats-Unis y ont vu une manoeuvre. "La déclaration (de Mme Rice) est très positive, car elle appelle à la participation de tous les Irakiens" à la commission chargée de rédiger la Constitution permanente, a déclaré à l’AFP le président sunnite du Parlement, Hajem Al-Hassani. "Il est impératif que tout le monde participe à (cette) commission" autrement "le processus échouera", a-t-il ajouté, voyant dans l’appel américain "un conseil venant d’un ami". "L’appel est positif. Il faut que tout le monde sache l’importance de la participation des sunnites, pas seulement dans la rédaction de la Constitution mais aussi dans la stabilité et l’unité de l’Irak", a déclaré de son côté Adnane Doulaïmi, le chef des Waqf sunnites (biens religieux). Pour lui cependant, les Etats-Unis agissent pour préserver "leurs intérêts". "Ils savent très bien qu’ils ne peuvent pas atteindre leurs objectifs sans avoir une participation des sunnites", a-t-il dit.

En revanche, le Comité des oulémas, la principale association religieuse sunnite du pays, a estimé que l’appel de Mme Rice était une manoeuvre. "Nous ne participerons pas au processus pendant l’occupation. Il nous faut au minimum un calendrier de retrait" des forces étrangères du pays, a-t-il ajouté, appelant en réponse les gouvernements irakien et américain au "dialogue avec les forces anti-occupation (pour) écouter leur opinion".

Agence France Presse

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source