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dimanche 28 mai 2017
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Reuters, 20 mai 2005

Les Etats-Unis torturent et font torturer des islamistes


BERLIN (Reuters) - Nombre d’indices donnent à penser qu’enlever en sol neutre de présumés "terroristes" islamiques pour les interroger en lieu sûr, voire les faire torturer par des pays "amis", est devenu une méthode admise des services américains.


En Italie, le juge Guido Salvini a révélé que le religieux égyptien, Hassan Moustafa Ossouma Nasser, enlevé, en février 2003, en plein coeur de Milan, avait été transféré sur une base américaine puis rapatrié de force à bord d’un avion de l’US Air Force. Dans un document judiciaire que Reuters a pu consulter, le magistrat écrit qu’"il est maintenant possible d’affirmer avec certitude qu’il a été kidnappé" par des agents secrets, "emmené sur une base américaine, interrogé et battu, puis placé, le lendemain, à bord d’un avion militaire américain en partance pour l’Egypte". Ce n’est qu’après un an de silence que Nasser a pu donner signe de vie et téléphoner à sa femme, à laquelle il aurait confié avoir été torturé et perdu une partie de ses factultés auditives, écrit Guido Salvini.

A Munich, le procureur Martin Hofmann a annoncé qu’il préparait une demande d’explication adressée aux autorités américaines au sujet de Khaled El Masri, un Allemand, enlevé en Macédoine, en décembre 2003, transféré, par des agents américains dans une prison afghane, avant d’être libéré, sans explication, cinq mois plus tard, en Albanie. "J’instruis un dossier d’enlèvement, coups et blessures, contrainte de corps et privation de liberté", a précisé Martin Hofmann, qui a réclamé aussi des informations aux autorités de Macédoine et d’Albanie sur les mésaventures de ce ressortissant d’origine arabe. Selon la chaîne américaine NBC, Khaled El Masri aurait été enlevé en raison de son homonymie avec un membre présumé d’Al-Qaïda, mais cela ne suffit pas à expliquer pourquoi ses geôliers américains ne l’ont libéré qu’un mois et demi après avoir constaté leur erreur.

Le Caire, plaque tournante du "marché"

En Suède, un médiateur parlementaire a mis en cause les services de sécurité nationaux pour avoir livré à des agents américains deux Egyptiens soupçonnés de terrorisme, qui ont été rapatriés, en 2001, dans leur pays, par un charter affrété par les Etats-Unis. Selon l’organisation de défense des droits de l’homme Human Right Watch (HRW), basée à New York, il existe des preuves crédibles que les deux hommes ont été torturés durant les semaines d’isolement qui a suivi leur retour en Egypte. Les Etats-Unis figurent parmi plusieurs Etats, notamment arabes et asiatiques, ayant secrètement livré, ces dernières années, à l’Egypte, des islamistes égyptiens présumés qui y ont très certainement été torturés, rapportait, en mai 2005, Human Right Watch, dans un rapport de 53 pages. Présentée comme le principal réceptacle mondial de détenus soupçonnés d’activisme islamique et susceptibles de fournir de précieux renseignements dans la lutte contre le terrorisme conduite par les Etats-Unis, l’Egypte aurait ainsi "accueilli" de 150 à 200 détenus depuis les attentats du 11 septembre 2001. "Les personnes renvoyées en Egypte dans ces conditions sont quasi certaines d’être torturées", estime Joe Stork, directeur adjoint de Human Right Watch pour le Moyen-Orient. Entre janvier 1993 et avril 2004, près de 300 personnes y ont été torturées et 120 en sont mortes, selon l’Organisation égyptienne des droits de l’homme, citée par Human Right Watch. D’après Joe Stork, torture et autres formes de mauvais traitements sont si répandues en Egypte que les Etats-Unis et les autres pays qui lui remettent des personnes soupçonnées de terrorisme enfreignent, ce faisant, la convention internationale contre la torture.

"Charter" Le Caire-Bakou-Bagram-Guantanamo

Le président George Bush a démenti, le 28 avril 2005, que les Etats-Unis agissaient hors du cadre du droit international, ajoutant : "Nous envoyons des gens dans les pays qui nous assurent qu’ils ne pratiquent pas la torture."

"Du fait que de nombreux exilés égyptiens sont d’anciens lieutenants d’un des principaux chefs d’Al-Qaïda, Aïman al Zaouari, lui-même égyptien, les Etats-Unis sont particulièrement intéressés par les renseignements obtenus des ressortissants égyptiens", note le rapport de Human Right Watch.

"Nous savons tous qu’il est criminel de renvoyer des gens se faire torturer. C’est le facteur qui relie tout ces cas jusqu’à maintenant", a déclaré à Reuters Juli Hall, porte-parole de Human Right Watch. En mars 2005, l’organisation avait fait état d’un "échange de bons procédés en sens inverse, entre l’Egypte et les Etats-Unis, à propos d’un colonel des services de renseignement yémenite, Abdessalam Al-Hila. Enlevé par des agents égyptiens, au Caire en 2002, il avait été transféré via Bakou, en Azerbaïdjan, dans la prison de la base américaine de Bagram, en Afghanistan, avant de se retrouver en cage, à Guantanamo, à Cuba. Une dizaine de personnes ont ainsi, à la connaissance de Human Right Watch, été capturées hors de zones de combats, par des pays tiers alliés de Washington, puis livrés aux Etats-Unis pour être détenus sine die en tant que "combattants ennemis" -hors donc de tout cadre juridique.

Reuters

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