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4 juin 2005

Informations internationales : Néolibéralisme et désinformation médiatique

par Frank BRUNNER


Dans le discours néolibéral, tel que le colportent les médias, le sens des mots est systématiquement perverti, de sorte qu’on leur fait dire le contraire de ce qu’ils signifient en réalité. Le néolibéralisme a réussi à s’imposer, et continue de régner politiquement, grâce à une campagne de désinformation systématique menée à travers la plupart des médias contrôlés par la finance internationale et le grand patronat. La tactique utilisée repose sur la tromperie et la censure, sous couvert de "politiquement correct".


Les partisans du néolibéralisme sont présentés, par les médias, comme de dynamiques « révolutionnaires » -la « révolution néolibérale »- alors qu’en réalité leur politique est ultra-réactionnaire et obéit à une logique esclavagiste. Le terme « libéral » est une imposture, car le néolibéralisme vise à imposer le despotisme d’une minorité de riches sur une population systématiquement et délibérément réduite à la pauvreté. Quand les néolibéraux invoquent « la liberté », il ne s’agit que de la liberté d’exploiter et de se faire exploiter.

Les partisans du néolibéralisme s’efforcent de présenter la création d’emplois comme une « politique sociale », alors même qu’ils soumettent l’emploi au dumping salarial, sans se soucier du fait que les travailleurs ne parviennent pas à vivre décemment de leur salaire. Toujours dans cette logique de tromperie, contraindre les chômeurs d’accepter n’importe quel emploi pour n’importe quel salaire est présenté comme une « lutte contre l’exclusion », alors qu’il s’agit en réalité de travail forcé et de clochardisation du travailleur. Les pires exploiteurs sont dépeints comme d’altruistes philanthropes « créateurs d’emplois ». Les plus cyniques spéculateurs sont présentés comme « des investisseurs ».

D’inamovibles éditorialistes se chargent de prêcher continuellement pour la poursuite de la fuite en avant néolibérale, et de tourner en dérision jusqu’à l’idée même d’une autre politique. Un journaliste qui voudrait publier des articles sur l’injustice sociale est réputé « engagé », « sensationnaliste », c’est-à-dire « pas objectif », tandis que celui qui fait carrière en léchant les bottes du pouvoir et des riches se voit qualifié de « grand professionnel ». Celui-là ne sera jamais trop « engagé ».

Dans les médias, quiconque revendique d’authentiques progrès sociaux -ne serait-ce qu’une mesure aussi élémentaire que l’augmentation du « minimum vital » des plus démunis-, est aussitôt qualifié de « populiste » et de « démagogue », comme si l’idée même de justice sociale était une aberration. Par contre, celui qui revendique de nouveaux cadeaux fiscaux au profit des milliardaires est présenté sous le jour le plus flatteur. Il est assuré de la plus grande complaisance.

Les médias affectent presque systématiquement d’ignorer les conditions de vie des working poors, des chômeurs et des retraités, alors qu’ils consacrent des pages entières à la vie privée des membres de la jet-set. Il faut que les sans abri meurent de froid pour que leur sort soit mentionné par les médias. Bien que la paupérisation de la population soit un phénomène de masse qui ne cesse de s’étendre, les partisans du néolibéralisme l’évoquent toujours comme un phénomène marginal et affectent de croire que l’immense majorité de la population vit dans l’aisance, comme si cette population se composait exclusivement d’avocats, de médecins et de PDG.

Insidieusement, les pauvres sont toujours dépeints comme des gens méprisables, indignes d’intérêt : des marginaux, des drogués, des alcooliques, des profiteurs, des parasites, des « faux réfugiés », des « faux requérants d’asile », des « faux invalides ». Non seulement il n’est pas question d’éradiquer la pauvreté, mais une politique solidaire à l’égard des pauvres est présentée comme une coupable faiblesse, quasiment une tare morale. Les pauvres doivent être « responsabilisés ». Il s’agit de leur couper les vivres. Selon la logique néolibérale, c’est à l’égard des riches que la société doit manifester sa solidarité, en accroissant leurs profits et en diminuant leurs impôts, au nom de la compétitivité internationale et de la sauvegarde des emplois. A en croire les partisans du néolibéralisme, c’est pour les riches que l’Etat n’en fait jamais assez, tandis que « les pauvres ne sont pas à plaindre ».

Le cliché néolibéral de « L’Etat-providence » vivant « au-dessus de ses moyens » vise à présenter toute politique sociale comme un luxe que la société ne pourrait pas se permettre. Les partisans du néolibéralisme démontrent que les assurances sociales sont déficitaires et affirment péremptoirement que « la seule solution, c’est de tailler dans les dépenses », alors que le problème réside moins dans les dépenses que dans les recettes. En effet, les systèmes de financement sociaux ont été conçus dans un contexte de plein emploi et de salaires qui augmentaient nettement plus vite que le coût de la vie. Ces systèmes de financement ne sont plus adaptés quand les emplois disparaissent à cause des mutations technologiques, des délocalisations, des licenciements, et des faillites d’entreprises. Le chômage et le dumping salarial se traduisent par un tarissement de cotisations de la part des salariés, mais aussi de la part des entreprises, puisqu’elles paient une cotisation proportionnelle à celle des salariés. C’est cette inadaptation des recettes à l’évolution de la réalité qui provoque une logique de banqueroute. Il suffit de compléter ou de remplacer les cotisations sociales par une taxe pour remédier à l’insuffisance des recettes traditionnelles. L’Etat-providence ne vivra plus, alors, « au-dessus de ses moyens », bien au contraire.

En refusant de modifier et de compléter le financement des assurances sociales, les gouvernements néolibéraux provoquent délibérément la banqueroute de ces assurances et se servent de cette banqueroute comme prétexte pour « justifier » la diminution ou la suppression des prestations sociales.

Frank BRUNNER

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source