retour article original

vendredi 28 juillet 2017
Vous êtes ici Accueil Corruption Corruption en Suisse L’affaire "Genève ville de Paix"
GHI , 18 février 2004

Soutien inattendu : Le Conseil d’Etat genevois finance les manifs du G8

Suivi de : " Les sept membres du Conseil d’Etat genevois et les cinq membres du Conseil administratif de la ville de Genève sont complices de détournements de fonds publics et d’escroquerie"

par François BAERTSCHI et Frank BRUNNER


Soutien inattendu : Le Conseil d’Etat genevois finance les manifs du G8

Le Gouvernement a accordé 170000 francs de subventions pour des T-shirts, mégaphones, etc. Très discrètement...

Une dénonciation a été déposée.


Tous les Genevois se souviennent de l’état de quasi-guerre civile qui a ébranlé la ville il y a huit mois, en juin 2003. Le calme régnait à Evian où se réunissaient les maîtres du monde, les huit chefs d’Etat qui dominent la planète. Au même moment, Genève a hérité des manifestations de protestation qui ont tourné à la violence et à l’émeute.

« Ville de Paix »

Les contribuables genevois seront étonnés de savoir que cette manifestation anti-G8 a été financée grâce à leurs impôts.

En effet, le Conseil d’Etat a accepté discrètement, à l’unanimité de ses sept membres, de subventionner l’accueil des manifestants.

Ainsi, la somme de 285000 francs a été allouée à une association appelée « Genève, Ville de Paix », qui a redistribué cette somme à des groupements altermondialistes ou à des personnes engagées dans cette mouvance. Il s’agit d’une espèce de holding associative, dont le but était de financer les activités organisées par d’autres associations, groupements ou médias proches de ces milieux.

A l’heure des comptes, selon le président du Conseil d’Etat Robert Cramer, environ 170’000 francs ont été réellement dépensés et donc financés directement par le contribuable genevois. La Ville, quant à elle, a également subventionné d’autres activités, notamment les concerts, à hauteur de 130000 francs, selon le président du Conseil d’Etat.

Dénonciation

Est-ce logique et conforme à la loi que les contribuables financent indirectement ce genre de manifestation ?

L’argent, qui devait subventionner l’accueil d’altermondialistes venus du monde entier, n’a-t-il pas servi à d’autres fins ?

Après les scènes de violence qui ont émaillé Genève, on peut légitimement se poser ces questions. Pour sa défense, le Conseil d’Etat affirme qu’il a atténué une situation de crise ou l’a anticipée.

La réalité démontre, hélas ! que ce financement n’a pas été très efficace. Au contraire, les sommes allouées par l’Etat et la Ville ont permis le développement sur sol suisse d’une manifestation qui s’est finie dans l’émeute. Le bouc émissaire est vite trouvé : une minorité de casseurs. Mais l’explication semble, malgré tout, un peu facile, parce que chacun savait que ces casseurs seraient présents à Genève en juin 2003. Fallait-il leur faciliter la tâche ?

Une dénonciation a été déposée l’été dernier auprès de la police par un citoyen genevois, Frank Brunner, qui, situé en marge des partis politiques, ne mâche pas ses mots et développe un site internet polémique (www.interet-general.info) [Je conteste que ce site web soit "polémique". Sa raison d’être est d’informer. FB].

Selon une source en général bien informée, un rapport plutôt explosif aurait été rédigé sur ce sujet [par la police de Sûreté genevoise], suite à la plainte de Frank Brunner.

Mais il y a la raison d’Etat qui pourrait prendre le dessus. Saura-t-on un jour toute la vérité ?

T-shirts financés

Sur un budget de 526860 francs, réalisé par « Genève Ville de Paix » et distribué à la Maison des associations, on découvre que figurent des dépenses pour les T-shirts, la location de mégaphones ou l’organisation de conférences. L’argent est notamment accordé à un syndicat, ou à diverses associations.

Payer 10000 francs pour un débat semble tout à fait excessif : cela dépasse de loin le coût de location d’une salle, quand cette dernière n’est pas gratuitement mise à disposition.

L’Etat n’est-il pas coresponsable de manifestations qu’il a, en partie, financées ?

Le Gouvernement a certainement cru qu’en se montrant généreux, les manifestants éviteraient des actes de violence. Cela ne s’est bien évidemment pas déroulé ainsi.

Dans le budget de « Genève Ville de Paix », nous découvrons que 2000 T-shirts de manifestants étaient prévus pour une somme de 16000 francs, de même que des photocopies, tracts, affiches et même des mégaphones...

Eviter le référendum

Logiquement, c’est le Grand Conseil, qui aurait dû voter cette dépense, avec le risque de se trouver face à un référendum. Et à ce moment-là, les électeurs genevois auraient très certainement refusé le budget de « Genève Ville de Paix ».

Il était plus simple de laisser le soin au Conseil d’Etat, avec la liberté dont il dispose en tant que Gouvernement, d’attribuer un budget de 285000 francs, la Ville de Genève finançant le reste. Ainsi, les électeurs n’ont pas eu à se prononcer. Et mieux, l’opinion publique n’a même pas été informée.

Le Gouvernement genevois pensait certainement amadouer les altermondialistes et éviter des actes de violence. Après coup, on constate que cette faiblesse n’a servi à rien.

Responsabilité

Etant donné que l’événement a été, en partie, financé par l’Etat, il est logique que les victimes des manifestations et de leurs débordements soient remboursées à 100% par ce même Etat de Genève. Ce dernier, par sa subvention, a pris une responsabilité directe dans les événements.

C’est la moindre des choses.

Le Conseil d’Etat genevois voulait canaliser les manifestants

« Le 28 mai 2003, le Conseil d’Etat, à l’unanimité, a décidé d’attribuer 285000 francs à l’Association Genève Ville de Paix », confirme le président du Conseil d’Etat Robert Cramer. Le but affiché était de mettre en place une structure pour accueillir les altermondialistes.

« Une fiduciaire a été chargée d’auditer et contrôler cette association. Nous avons reçu les comptes du 1er mai au 31 décembre 2003, avec un solde positif de 115503 francs. Actuellement, 110000 francs ont déjà été remboursés à l’Etat. »

La somme de 5000 francs a été gardée en réserve pour les frais de liquidation. La somme de 170000 francs aura donc été finalement dépensée.

« On constate que les comptes ont été tenus avec beaucoup de rigueur et prudence », indique Robert Cramer. « Les dépenses ont été accordées parcimonieusement. L’association Genève Ville de Paix a dépensé moins et on peut lui en donner acte, alors qu’en général il y a souvent des dépassements. »

« Eviter les débordements »

Est-ce le rôle de l’Etat de soutenir une manifestation et des opposants venus protester à Genève ?

« Cette appréciation, nous l’avons pour toute association et nous nous fondons sur le projet qui nous est présenté. Pour le Conseil d’Etat c’était une bonne idée : canaliser les manifestants en organisant un camping hors de la ville à Vessy. C’est un projet qui nous a semblé utile pour éviter les débordements. »

Mais les manifestants se sont davantage retrouvés à Annemasse qu’à Genève. Ce qui n’était pas prévu.

« Les débordements n’ont pas été ceux qu’on imaginait », indique Robert Cramer qui ajoute : « Les dégâts ont été causés à Genève par un petit nombre de casseurs venant de l’étranger. Ils ont profité de la grande foule. »

« Précautions »

Des associations tierces n’ont-elles pas profité de ces fonds ?

« Ça ne ressort pas du budget ou des comptes. Il faut ajouter que je n’ai pas vu chaque pièce justificative, mais toutes les précautions ont été prises en soulignant qu’un tiers de la subvention a été restitué. »

Est-il exact que la subvention de l’Etat de Genève a servi à financer des visiteurs qui ont reçu une généreuse indemnité pour rencontrer les émeutiers à la prison de Champ-Dollon ?

« Je ne vois rien dans le budget, rien dans les chiffres pour une dépense insolente. Mais j’ajoute que je n’ai pas vu les pièces justificatives. C’est au DASS (Département de l’action sociale et de la santé) et à ses services financiers d’exercer le contrôle. »

Si c’était à refaire ?

A posteriori, a-t-on eu raison de financer ces activités ?

« C’était tout à fait raisonnable », répond le président du Conseil d’Etat. « On s’attendait à des dizaines de milliers de personnes arrivant à Genève et il était juste de prévoir un hébergement avec une structure. C’était juste également d’organiser un concert pour que les manifestants restent sur place. Cette infrastructure a été créée mais les manifestants ont préféré rester à Annemasse. Si nous n’avions rien fait, nous aurions été accusés d’imprévoyance. C’était une chance d’avoir cette association. »

« Cette somme est une petite chose par rapport aux montants attribués au maintien de l’ordre. Elle nous a évité également de nettoyer des rues et déjections. C’était fondé. »

Et si c’était à refaire ?

Robert Cramer serait d’avis d’agir pareillement, en ajoutant que l’association Genève Ville de Paix est coprésidée par deux députés « honorablement connus » : l’écologiste Antonio Hodgers et le démocrate-chrétien Patrick Schmied.

Des organisations contestataires soutenues par deux notables, que demander de mieux ?

François BAERTSCHI

Commentaire

Nul besoin de s’appeler Sherlock Holmes pour constater que Robert Cramer, le président du Conseil d’Etat genevois, ment comme il respire.

Robert Cramer, Conseiller d’Etat genevois, complice de détournements de fonds publics et d’escroquerie

Sur le fond, que dit-il ?

Robert Cramer affirme que la décision du Conseil d’Etat genevois d’attribuer une somme considérable à l’association « Genève ville de paix » était une décision censée prouver la prévoyance et la sagesse des membres du Conseil d’Etat. Même a posteriori, Robert Cramer affirme qu’il s’agissait là d’une bonne décision et que, si c’était à refaire, il serait partisan qu’on le refasse...

Alors, si c’était, soi-disant, une décision tellement louable, tellement conforme à l’intérêt général, pourquoi l’avoir dissimulée à la population ?

Carlo Lamprecht, Conseiller d’Etat genevois, complice de détournements de fonds publics et d’escroquerie

D’ordinaire, nos élus sont plutôt portés à rendre public tout ce qui est susceptible de les faire paraître sous un jour favorable.

Or, dans cette affaire, les membres du Conseil d’Etat n’ont pas cessé de pratiquer la dissimulation. Il a fallu que le Parquet genevois soit saisi d’une plainte pénale et que le Conseil d’Etat soit interpellé par une publication distribuée gratuitement dans toutes les boîtes aux lettres du canton de Genève pour que Robert Cramer se décide enfin à évoquer cette affaire. N’est-ce pas révélateur ?

Charles Beer, Conseiller d’Etat genevois, complice de détournements de fonds publics et d’escroquerie

Examinons ensuite plus en détail les allégations de Robert Cramer.

Selon Robert Cramer, l’argent dépensé était censé dissuader les casseurs, en créant des animations supposées les distraire. Or, même si on entre en matière à propos de cet argument, on constate que, pour l’essentiel, le budget de « Genève ville de paix » ne prévoyait qu’une infime fraction des dépenses en faveur des manifestants. Pour l’essentiel, l’argent a été distribué aux petits copains, à travers les associations plus ou moins bidon qu’ils noyautaient.

Laurent Moutinot, Conseiller d’Etat genevois, complice de détournements de fonds publics et d’escroquerie

Ainsi, par exemple, on ne voit pas du tout en quoi le fait de facturer 10000.- CHF par conférence-débat aurait une quelconque influence salutaire sur le comportement des manifestants. Avec 500.- CHF, on peut non seulement louer une salle à l’université de Genève, mais il reste encore bien assez d’argent pour offrir des boissons au public de la conférence... C’est-à-dire que la conférence donnée par telle ou telle association a été facturée au moins vingt fois son coût réel. Et il n’y a pas eu qu’une seule conférence.

Or, Robert Cramer a le toupet de parler de "comptes tenus avec beaucoup de rigueur"...

Robert Cramer pousse l’hypocrisie jusqu’à affirmer qu’il ne ressort pas du budget ou des comptes que des associations tierces auraient profité de ces fonds, alors que le budget de « Genève ville de paix » mentionne explicitement que l’association « ATTAC-Genève » a reçu 25000.- CHF ; tandis que l’association « Tribunal de la dette » a reçu 50000.- CHF.

Là encore, on ne voit pas en quoi ces cadeaux faits aux petits copains noyautant lesdites associations étaient susceptibles de dissuader les casseurs...

Pierre-François Unger, Conseiller d’Etat genevois, complice de détournements de fonds publics et d’escroquerie

Quant aux soi-disant contrôles effectués par une fiduciaire, on souhaiterait les vérifier soi-même. En effet, il est probable que lesdits « contrôles » se sont limités à vérifier que les calculs comptabilisés soient exacts. C’est-à-dire que si vous avez facturé 20.- CHF pour ceci et 50.- CHF pour cela, on vérifie que le total fait bien 70.- CHF. Par contre, on ne vérifie pas si ces 70.- CHF correspondent à des dépenses réelles.

Martine Brunschwig-Graf, Conseillère d’Etat genevoise, complice de détournements de fonds publics et d’escroquerie

Ainsi, par exemple, il n’est pas du tout normal de payer 8.- CHF par T-shirt quand on en commande 2000 pièces. On devrait obtenir un rabais considérable sur la quantité commandée, et non pas payer chaque T-shirt comme s’il s’agissait d’un achat unique... Il est donc probable que les prétendus « justificatifs » de dépenses sont soit inexistants, soit des faux.

De même, on ne comprend pas quels sont ces "frais de liquidation" nécessitant une somme de 5000.- CHF. Liquidation de quoi ?

Quant aux deux députés "honorablement connus", ils sont honorablement connus de la mafia politique locale, ce qui n’est pas vraiment une référence...

Tout ce qui précède permet d’affirmer, sans risque d’erreur, que des détournements de fonds publics ont été commis et que les sept membres actuels du Conseil d’Etat genevois, à savoir Robert Cramer, Martine Brunschwig-Graf, Carlo Lamprecht, Charles Beer, Laurent Moutinot, Pierre-François Unger et Micheline Spoerri sont complices de détournements de fonds publics et d’escroquerie.

Il en va de même en ce qui concerne les cinq membres du Conseil administratif de la ville de Genève : André Hediger, Manuel Tornare, Pierre Muller, Christian Ferrazino et Patrice Mugny.

Ajoutons que les magouilles de ce genre sont routinières au sein du milieu politique genevois.

Frank BRUNNER

Micheline Spoerri, Conseillère d’Etat genevoise, complice de détournements de fonds publics et d’escroquerie. Accessoirement présidente du Département genevois de justice et police...

Les cinq membres du Conseil administratif de la ville de Genève, de gauche à droite : André Hediger, Manuel Tornare, Pierre Muller, Christian Ferrazino et Patrice Mugny, complices de détournements de fonds publics et d’escroquerie

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • François BAERTSCHI et Frank BRUNNER

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source