retour article original

jeudi 23 mars 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Informations internationales (2ème partie) 2005-2007
AFP, 6 juin 2005

Informations internationales : Washington veut imposer le néolibéralisme à l’Amérique latine

Suivi d’un commentaire


La secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, a appelé, dimanche 5 juin 2005, les pays membres de l’Organisation des Etats américains (OEA) à renforcer la démocratie régionale dans un discours prononcé lors de la séance inaugurale de l’assemblée, réunie pour la première fois aux Etats-Unis depuis 31 ans.


"Nous devons remplacer l’excès de discours par une action ciblée", a déclaré Condoleezza Rice. "Et nous ne devons jamais, jamais accepter de considérer la démocratie seulement comme un idéal admirable mais comme un objectif à atteindre". "La charte démocratique doit devenir le noyau dur d’un multilatéralisme de principe et efficace pour les Amériques", a déclaré Mme Rice. "Nous devons insister ensemble pour que les dirigeants qui ont été élus démocratiquement aient la responsabilité de gouverner démocratiquement", a-t-elle poursuivi. Mme Rice a cependant démenti que la proposition américaine vise spécifiquement le Venezuela. "Il n’est pas question d’intervenir pour punir. Il s’agit d’intervenir pour essayer de soutenir les démocraties dans la région", a-t-elle dit, sans convaincre Hugo Chavez, pour qui "si un gouvernement de l’Organisation des Etats américains a besoin d’une surveillance, c’est bien celui des Etats-Unis qui soutient des terroristes, qui marche sur les droits de son propre peuple et qui veut imposer la dictature globale".

Par ailleurs, Mme Rice a provoqué des applaudissements pendant son discours en assurant que l’assemblée de l’Organisation des Etats américains "avait un siège libre à sa table qui serait un jour occupé par les représentants d’un Cuba libre et démocratique". Cuba, était en 1948 l’un des 21 membres fondateurs de l’Organisation des Etats américains qui compte aujourd’hui 34 membres, mais elle en avait été chassée, en 1962, après s’être déclarée marxiste.

Washington espère convaincre les gouvernements réticents d’Amérique latine à approuver un mécanisme qui renforce la démocratie dans la région et revitalise la mise en place de la liberté de marché, en perte de vitesse. Le président américain, George W. Bush, devrait insister sur ces questions, lors de son discours, lundi 6 juin 2005, devant l’assemblée.

Le débat concernant le renforcement du rôle de l’Organisation des Etats américains en tant que protecteur de la démocratie s’est intensifié après le limogeage, le 20 avril 2005, du président équatorien, Lucio Gutierrez. Certains se sont plaints de l’absence d’intervention de l’Organisation des Etats américains pendant la crise. En Bolivie, le gouvernement du président Carlos Mesa est pris en tenaille entre les riches provinces qui exigent l’autonomie régionale et menacent de faire sécession, et les travailleurs et paysans pauvres qui réclament la nationalisation de la lucrative industrie du gaz naturel du pays.

Cependant, plusieurs pays d’Amérique latine considèrent la proposition américaine comme une invitation ouverte à s’immiscer dans les affaires internes des autres pays, tandis que d’autres estiment que c’est une manière de surveiller le président populiste de gauche du Venezuela, Hugo Chavez, opposant déclaré aux Etats-Unis.

Agence France Presse

Commentaire

La politique du gouvernement des Etats-Unis, en Amérique latine comme dans le reste du monde, est d’une hypocrisie et d’un cynisme absolus. Toutes les dictatures latino-américaines ont été soutenues par le gouvernement des Etats-Unis, afin que leurs multinationales puissent mettre en coupe réglée les pays latino-américains et leurs habitants. Si l’Amérique latine est devenue démocratique, ce n’est pas grâce au gouvernement des Etats-Unis, mais malgré lui.

Lorsque le gouvernement des Etats-Unis prétend promouvoir la démocratie, il s’efforce de tromper le public. En réalité, il ne s’agit pas de promouvoir "le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple". Il s’agit uniquement de promouvoir le libre échange. Il s’agit de promouvoir le néolibéralisme, hypocritement présenté comme synonyme de démocratie, alors que le néolibéralisme est en réalité le pire ennemi de la démocratie. Il s’agit de faire prévaloir l’intérêt particulier d’une oligarchie locale à la botte des multinationales et des spéculateurs internationaux, contre l’intérêt général d’une population qui végète dans des bidonvilles et qui est censée se satisfaire de sa situation.

En Bolivie, un mouvement autonomiste, soutenu financièrement par les multinationales, veut s’assurer le contrôle des gisements de gaz naturel, dans le but de privatiser leur exploitation au profit des multinationales. Ce mouvement autonomiste s’oppose aux habitants des autres régions qui, eux, réclament la nationalisation de l’exploitation du gaz naturel, afin que l’argent bénéficie à tout le peuple bolivien. Le mouvement autonomiste s’efforce de désigner les habitants des autres régions de Bolivie comme "des parasites" qui voudraient "profiter" de l’argent du gaz naturel. C’est-à-dire que les multinationales sont prêtes à provoquer des tensions ethniques, voire même une guerre civile en Bolivie, dans le but de privatiser l’exploitation du gaz naturel et d’en prendre le contrôle.

Ce sont des manoeuvres de ce genre que le gouvernement des Etats-Unis veut imposer partout, et ceux qui s’y opposent sont accusés de "s’opposer à la démocratie".

Frank BRUNNER

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source