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vendredi 24 février 2017
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8 juin 2005

France : Dominique de Villepin et sa « bataille pour l’emploi »

par Frank BRUNNER


Vue de Paris

Le 8 juin 2005, Dominique de Villepin a exposé, devant le parlement français, ses idées relatives à la « lutte contre le chômage », éternel fonds de commerce électoraliste des politiciens de tous bords et de tous les pays.

France


Une fois de plus, on constate que les recettes préconisées consistent à subventionner le patronat, à favoriser le dumping social et à lutter contre les chômeurs. Le gouvernement se montre disposé à toutes les complaisances financières à l’égard des riches, mais il se refuse de lever le plus petit doigt en faveur des pauvres. Bien au contraire, toute la « politique sociale » est conçue pour contraindre les pauvres de se faire exploiter au profit des riches.

Des ouvriers de l’usine Renault, à Blainville sur Orne, le 28 septembre 2004

Si on se place du point de vue des pauvres, on constate que strictement rien n’est fait pour améliorer leurs conditions de vie. On leur présente comme un privilège le fait d’obtenir un emploi précaire payé au lance-pierre. L’argent qu’on refuse aux pauvres, on le distribue aux exploiteurs. Quant à ceux qui n’obtiennent même pas « le privilège » de se faire exploiter, on les ignore. On les laisse végéter dans leur situation. Pas un mot pour les sans abri.

Des sans abri

Le but des mesures préconisées par Dominique de Villepin n’est nullement d’assurer à chacun des conditions de vie décentes. Il s’agit uniquement de faire diminuer le chômage dans les statistiques, en vue des prochaines élections, par tous les moyens et à n’importe quel prix. C’est pourquoi Dominique de Villepin n’a pas pour ambition de créer d’authentiques emplois décemment rémunérés. Il est prêt à se satisfaire de n’importe quoi, pourvu qu’on puisse supprimer un chômeur des statistiques.

Dominique de Villepin

La « politique de l’emploi » préconisée par Dominique de Villepin peut se résumer ainsi : « Vous êtes laveur de carreaux ? Vous avez un seau d’eau et un chiffon pour nettoyer les vitrines des magasins ? Bon sang, mais vous êtes une entreprise ! Embauchez un chômeur pour porter votre seau d’eau. Embauchez un chômeur pour porter votre chiffon. L’Etat payera une partie du salaire, l’Etat payera vos cotisations sociales, l’Etat diminuera vos impôts, et l’Etat transmettra la facture aux contribuables, afin qu’ils subventionnent vos bénéfices ». Si on continue dans cette logique, les employeurs, en guise de salaire, se contenteront de distribuer aux travailleurs un croûton de pain sec et un verre d’eau du robinet, tandis que tout le reste sera pris en charge par l’Etat et facturé aux contribuables.

Un laveur de vitres

Les politiciens néolibéraux affirment continuellement qu’une augmentation de la fiscalité au préjudice des multinationales et des milliardaires est impensable, « démagogique ». Ils s’y opposent par avance et exigent, au contraire, des cadeaux fiscaux continuels au profit des multinationales et des plus riches. Selon les politiciens néolibéraux, toute hypothétique augmentation d’impôts ne peut viser que « la classe moyenne », sur le sort de laquelle ils versent ostensiblement des larmes de crocodile. Car les politiciens néolibéraux se donnent des airs de défenseurs de « la classe moyenne » contre « la horde des assistés », alors même que leur politique a pour effet de paupériser toujours davantage cette classe moyenne, jusqu’au moment où elle est elle-même contrainte de recourir à l’assistance publique. De même, les politiciens néolibéraux affectent de défendre les intérêts des PME, alors que leur politique de libre échange livre le marché aux multinationales, qui peuvent casser les prix et ruiner leurs petits concurrents.

Vue de Paris

Le néolibéralisme est à la fois une politique de libre échange et une sorte d’idéologie taillée sur mesure dans l’intérêt des multinationales. Cette idéologie s’apparente au nazisme. En effet, elle repose sur le discours des « gagnants » contre les « perdants », similaire au discours des « Aryens » et des « sous-hommes ». C’est ce blabla sur les « gagnants » et les « perdants » qui est censé « justifier » l’injustice sociale, de même que la « sous-humanité » des juifs était censée « justifier » les discriminations et persécutions qu’ils subissaient de la part des nazis.

Des femmes et des enfants attendent d’entrer dans la chambre à gaz, dans le bois de bouleaux, à Auschwitz, pendant la Seconde guerre mondiale

Les politiciens néolibéraux s’efforcent continuellement d’imposer davantage de libre échange, en niant les conséquences socio-économiques de leur politique et en rejetant la responsabilité de ces conséquences sur les victimes elles-mêmes, désignées comme boucs émissaires. Les politiciens néolibéraux s’efforcent systématiquement de détruire toute forme de solidarité au sein de la société, afin que chacune des victimes, passées, présentes et à venir, soit privée de défenseurs. Il s’agit, au contraire, de dresser les victimes les unes contre les autres. Ainsi, les PME ruinées par les multinationales sont décrites comme « des canards boiteux ». Quand il s’agit de s’en prendre aux agriculteurs, on les désigne comme « des privilégiés subventionnés ». Quand il s’agit de s’en prendre aux travailleurs, on affirme cyniquement que « les salariés ne savent plus ce que travailler veut dire ». Ou on prétend que les travailleurs devraient renoncer à leurs droits « par solidarité avec les chômeurs », « pour favoriser l’embauche ». Quand il s’agit de s’en prendre aux chômeurs, on les désigne comme « des fainéants », « des parasites vivant aux crochets des la classe moyenne ». Quand il s’agit de s’en prendre aux retraités, on affirme qu’« ils coûtent trop cher ». Quand il s’agit de s’en prendre aux invalides, on les traite de simulateurs, de « faux invalides ».

Une retraitée militante

Les nazis ne se prétendaient pas démocrates. Ils étaient des adversaires déclarés de la démocratie, tandis que le néolibéralisme affecte de s’identifier à la démocratie. Il se prétend synonyme de démocratie. Le néolibéralisme proclame la « souveraineté du peuple », alors même qu’il réduit progressivement le peuple en esclavage. En quoi une « démocratie » néolibérale se distingue-t-elle d’une oligarchie ?

Vue du Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale, à Paris

C’est de l’intérieur, au sein des parlements, à la tête des Etats, que les politiciens néolibéraux corrompent et pervertissent la démocratie. Ils opèrent comme un empoisonneur, administrant goutte à goutte du poison à sa victime. Et ils soutiennent que la victime guérira lorsqu’elle aura absorbé le reste du flacon de poison.

Frank BRUNNER

La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789

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