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samedi 25 mars 2017
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Le partage de la Palestine et la création d’Israël (1ère partie)

par Harry S. TRUMAN


Dans ses mémoires, Harry Truman, alors président des Etats-Unis d’Amérique, évoque les circonstances politiques qui ont entouré la naissance de l’Etat d’Israël, après la seconde guerre mondiale.


Un magasin juif vandalisé au cours de la Nuit de cristal, en Allemagne, du 9 au 10 novembre 1938

Le traumatisme de « la solution finale »

Le sort des victimes juives de l’hitlérisme était, pour moi, un sujet de vive inquiétude.

J’ai toujours été profondément troublé par la tragédie des peuples qui ont été exposés à l’intolérance et au fanatisme du fait de leur race, de leur couleur ou de leur religion. De telles persécutions ne devraient pas être possibles, dans une société civilisée.

Une affiche nazie datant de la Seconde guerre mondiale

Au cours de l’histoire récente, la Russie et la Pologne avaient infligé de terribles souffrances aux juifs et, à l’Est du Rhin, les ghettos étaient de règle, certains d’entre eux remontant au Moyen Age ; mais la brutalité organisée des nazis, contre les israélites allemands, a constitué l’un des crimes les plus scandaleux de tous les temps.

Des cadavres de déportés dans une fosse commune, au camp de Bergen-Belsen, en Allemagne, en avril 1945

La situation catastrophique des victimes qui avaient survécu au génocide insensé de l’Allemagne hitlérienne était un défi à la civilisation occidentale et, en ma qualité de Président, j’entrepris de rechercher des solutions à ce problème. L’une de celles qui étaient proposées était un foyer national juif.

La déclaration Balfour

La question de la Palestine, en tant que territoire pour accueillir les juifs, remonte à la promesse solennelle qui leur avait été faite par les Britanniques, lors de la déclaration Balfour, en 1917, promesse qui avait fait naître un grand espoir dans le cœur de ce peuple opprimé.

Arthur James Balfour

J’estimais que cette promesse devait être tenue, comme doivent l’être toutes celles qui ont été faites par des gouvernements responsables et civilisés.

Mise en garde du secrétaire d’Etat Stettinius

Mon premier contact officiel, avec ce problème, avait eu lieu quelques jours après mon accession à la Présidence (1945), lorsque le secrétaire d’Etat Stettinius m’avait envoyé une lettre pour me proposer de me « documenter » sur la Palestine, avant que les parties intéressées soient intervenues auprès de moi ; en effet, il était probable, selon lui, que certains dirigeants sionistes ne tarderaient pas à s’efforcer d’obtenir des engagements, de ma part, en faveur de leur programme qui visait à l’établissement d’un Etat juif en Palestine et d’un courant d’immigration juive illimitée.

Stettinius écrivait : « La tension continuelle qui règne dans le Proche-Orient est provoquée, dans une large mesure, par la question palestinienne et, comme nous avons, dans ces régions, des intérêts qui sont vitaux pour les Etats-Unis, nous estimons que tout l’ensemble du problème est de ceux qui devraient être traités avec la plus grande prudence et en tenant compte des intérêts à long terme de notre pays. »

Edward Rielly Stettinius

La position de Roosevelt

Deux semaines plus tard, Joseph C. Grew, qui remplissait les fonctions de secrétaire d’Etat par intérim, pendant l’absence de Stettinius, m’avait informé que : « (...) Si le Président Roosevelt avait parfois exprimé un point de vue conforme à quelques-uns des buts sionistes, il avait également donné, aux Arabes, certaines assurances que ces derniers regardaient comme des engagements précis de notre part.

Franklin Delano Roosevelt

En nombre d’occasions, au cours des quelques dernières années, il avait autorisé le département d’Etat à assurer, en son nom, aux chefs des différents gouvernements du Proche-Orient que, de l’avis du gouvernement des USA, aucune décision modifiant la situation de base, en Palestine, ne devrait être prise sans consultations approfondies avec les Arabes et les juifs.

Lors de sa rencontre, avec le roi Ibn Séoud, au début de cette année, Mr Roosevelt lui avait promis, en outre, que, dans l’affaire de la Palestine, il ne ferait aucun geste hostile à l’égard du peuple arabe et qu’il ne prendrait pas le parti des juifs contre celui des Arabes.

Je vous transmets, ci-joint, l’exemplaire d’un mémorandum résumant la conversation entre Ibn Séoud et Mr Roosevelt, mémorandum dont l’original se trouve vraisemblablement dans les papiers du Président défunt. Après la rencontre, ce document a été approuvé, à la fois par le Président et par le Roi, d’où il résulte qu’il peut être considéré comme intégralement authentique.

Abd Al-Aziz Ibn Saoud

Le 5 avril 1945, une semaine seulement avant sa mort, le Président a signé une lettre, pour Ibn Séoud, dans laquelle il renouvelait les assurances qu’il avait données au cours de l’entretien. Copie de cette lettre est également jointe.

Les Arabes, non seulement en Palestine, mais dans tout le Moyen-Orient, n’ont jamais dissimulé leur hostilité à l’égard du sionisme et leurs gouvernements assurent qu’il serait impossible de les empêcher de se liguer pour défendre, par les armes, ce qu’ils considèrent comme une terre arabe.

Nous savons que le Président Roosevelt s’en rendait parfaitement compte car, le 3 mars 1945, après son voyage au Moyen-Orient, il avait dit, à un fonctionnaire du département, qu’à son avis un Etat juif en Palestine (but ultime de l’effort sioniste) ne pourrait être établi et maintenu que par la force militaire.

Je serais très heureux de vous fournir, sur le fond du problème, tous les documents complémentaires dont vous pourriez avoir besoin... »

Des Palestiniens manifestent contre l’immigration juive, à Jérusalem, en 1933

Le point de vue de Truman
Je n’ignorais rien de l’hostilité avec laquelle les Arabes envisageaient l’établissement des juifs en Palestine, mais comme beaucoup de mes compatriotes, le sort que subissait cette race persécutée en Europe me troublait profondément.

La déclaration Balfour, qui promettait aux juifs la possibilité d’une patrie en Palestine, m’avait toujours semblé en parfaite harmonie avec les nobles principes de Woodrow Wilson, surtout avec celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Lorsque j’étais au Sénat, j’avais dit à mes collègues Wagner (de New-York) et Taft (de l’Ohio), que je serais tout à fait partisan d’une déclaration établissant que le Sénat envisagerait avec faveur l’organisation rapide d’un foyer national pour les juifs. Mais, à l’époque, le département d’Etat s’inquiétait surtout des réactions arabes et le moment était mal choisi pour soulever cette question.

Des Palestiniens manifestent contre l’immigration juive, à Jaffa, en 1934

L’attitude du département d’Etat à l’égard des dirigeants sionistes
Dans un mémorandum, en date du 16 juin 1945, le secrétaire d’Etat par intérim indiquait que, pour son département, la Palestine était l’un des problèmes qui devrait être pris en considération après la guerre par l’organisation des Nations Unies et que, de toute manière, aucune décision à son égard ne pourrait être arrêtée sans que les Arabes et les juifs aient été consultés. Le document se terminait par ce conseil bien intentionné au sujet des démarches que les dirigeants sionistes ne manqueraient sans doute pas de faire auprès de moi : « Par conséquent, et à moins que vous jugiez bon d’agir différemment, il ne semble pas que vous deviez faire plus que de les remercier des éléments d’appréciation qu’ils pourront vous fournir et de les assurer que leurs points de vue seront l’objet de votre considération attentive. »

Un berger palestinien près de Bethlehem

L’analyse du premier ministre égyptien

Les Etats arabes énuméraient les raisons qu’ils avaient de s’opposer à un Etat juif et à une immigration accrue en Palestine dans des lettres au département d’Etat.

Quant au premier ministre égyptien, Nokrashy Pacha, il m’écrivit directement : « (...) Il est infiniment regrettable que les persécutions contre les juifs dans certains pays d’Europe au cours des cinquante dernières années ou plus, et tout particulièrement les souffrances accrues qu’ils ont subies depuis l’avènement du nazisme, aient été exploitées par certains éléments politiques pour servir les théories politico-raciales du sionisme et enrôler les sympathies du monde entier pour le soutien de leur programme.

Malheureusement, l’essentiel de leur effort s’est concentré sur la Palestine où les Arabes, qui pendant toute leur histoire ont fait montre d’une grande tolérance et même d’une large hospitalité à l’égard des juifs, sont les victimes innocentes de propagande, de pressions, et de spoliations qu’il leur est tout à fait impossible de supporter.

Il est difficile de comprendre, si l’on se place à un point de vue parfaitement objectif, pourquoi une petite nation d’un million d’habitants, vivant sur un territoire très restreint, serait forcée d’accepter en vingt-cinq ans, l’arrivée d’immigrants d’une race étrangère jusqu’à concurrence de 50 % du chiffre de sa population.

Un navire chargé d’émigrants juifs arrive en Palestine

Les difficultés rencontrées par l’absorption d’un nombre aussi considérable d’étrangers ont été telles que les Arabes sont fermement résolus à s’opposer à tout nouvel accroissement de l’immigration et ce principe a déjà été approuvé par un Livre blanc britannique.

Mais cet aspect du problème n’est pas le plus inquiétant. Les invités qui se sont assis à la table de l’Arabe déclarent aujourd’hui qu’en tout état de cause ils vont faire venir de leurs parents en grand nombre, lui prendre toutes ses terres et gouverner le pays à leur guise. C’est ce projet d’instauration d’un Etat juif, dans lequel les Arabes seraient ou réduits au statut inférieur d’une minorité, ou contraints de quitter leurs foyers, qui provoque chez eux la résolution inébranlable de résister à tout prix. »

Des Palestiniens sont fouillés par des policiers militaires britanniques à la recherche d’armes, à Jérusalem, en 1936

Réponse de Truman

Je répondis au premier ministre d’Egypte en ces termes : « (...) Je tiens à vous assurer que les vues exposées dans le mémorandum ont été l’objet de ma considération la plus attentive. Je suis parfaitement au fait de l’intérêt profond que prennent les pays arabes à une solution équitable de la question palestinienne et je vous renouvelle les assurances que votre gouvernement avait précédemment reçues, à savoir qu’au point de vue du gouvernement des Etats-Unis, aucune décision ne devrait être prise concernant la situation de base en Palestine sans consultations approfondies avec les Arabes et les juifs (...) »

Des réponses identiques furent envoyées aux chefs des autres Etats arabes qui écrivaient dans le même sens.

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

J’estimais que le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes exigeait que l’on consultât les Arabes aussi bien que les juifs, ce qui d’ailleurs n’était nullement incompatible dans mon esprit avec la sympathie que j’éprouvais à l’égard des aspirations israélites.

Harry Truman

Volonté de trouver un compromis

J’étais convaincu qu’en fin de compte la cause de la paix mondiale serait mieux servie par une solution qui concilierait les exigences de la justice avec les besoins du peuple juif, persécuté depuis si longtemps. Je condamnais et je déplorais l’action des extrémistes en Palestine, qu’ils fussent juifs ou Arabes, mais j’estimais aussi qu’il était important de donner quelques encouragements à ceux des sionistes qui désiraient atteindre leurs objectifs par des méthodes démocratiques.

Mémorandum pour Winston Churchill

J’avais déjà décidé que la Palestine serait un des sujets que je voulais aborder lors des discussions avec Churchill, à la conférence de Postdam et, le 24 juillet, je lui fis envoyer le mémorandum suivant pour l’inviter à traiter ce problème avec moi : « L’opinion publique américaine s’intéresse vivement à l’affaire palestinienne et les restrictions draconiennes imposées à l’immigration juive par le Livre blanc britannique de mai 1939 continuent à provoquer des protestations passionnées de la part des Américains qui s’intéressent le plus à la Palestine et au problème juif.

Ils réclament avec ardeur la levée de ces restrictions qui interdisent aux juifs, cruellement déracinés par les féroces persécutions nazies, l’entrée dans le pays qui représente pour un si grand nombre d’entre eux le seul espoir de salut.

Connaissant votre sympathie profonde pour l’établissement d’un foyer juif en Palestine, je me permets de vous exprimer l’espoir que le gouvernement britannique se trouvera en mesure de lever sans délai les restrictions imposées par le Livre blanc à l’immigration juive dans ce pays.

Je me rends parfaitement compte du fait qu’il sera très difficile d’aboutir à un règlement définitif et satisfaisant du problème palestinien et que nous ne pouvons compter avoir la possibilité de discuter bien longuement de ces obstacles lors de notre prochaine rencontre, mais je doute fort que des retards prolongés puissent aider à la solution du problème.

J’espère en conséquence qu’il vous sera possible de me faire connaître à la première occasion votre point de vue sur le règlement de la question palestinienne, afin que nous puissions en discuter de façon concrète à une date ultérieure, mais cependant assez rapprochée. »

Toutefois, avant que Churchill ait pu répondre à cette note, il fut remplacé par Clement Attlee, au poste de premier ministre, et c’est ce dernier qui m’envoya, le 31 juillet 1945, un bref message pour accuser réception de mon mémorandum à son prédécesseur et me promettre qu’il serait étudié avec attention.

Clement Attlee

Déclaration de Truman

A mon retour de Postdam, un journaliste me demanda, dès ma première conférence de presse, quelle était la position que le gouvernement des Etats-Unis avait prise, à Berlin, au sujet de la Palestine. Bien entendu, cette question n’avait pas été discutée officiellement, mais elle avait fait l’objet de conversations privées et je définis mon attitude en ces termes pour la presse : « Le point de vue américain sur la Palestine, c’est que nous voulons laisser entrer autant de juifs dans ce pays qu’il est possible d’en accueillir. Ensuite, la question devra être traitée par les voies diplomatiques avec les Britanniques et les Arabes de façon que si un Etat doit être créé là-bas, il puisse reposer sur une base pacifique. Je n’ai aucune envie d’y envoyer 500000 soldats américains pour rétablir la paix. »

Limiter l’immigration des juifs en Palestine

Le département d’Etat continuait à penser que nous devrions nous tenir à l’écart de toute activité susceptible de porter ombrage aux Arabes et les spécialistes des affaires du Moyen-Orient préparèrent un mémorandum sur ce sujet au mois de septembre 1945.

Il ne traitait que de la question d’une immigration accrue en Palestine. En 1939, les Britanniques avaient publié un Livre blanc cherchant à concilier le désir des sionistes qui voulaient que le pays s’ouvrit à l’immigration juive et la résistance des Arabes qui s’opposaient à tout accroissement de l’élément israélite en Palestine. Le Livre blanc avait promis un nombre déterminé de « certificats » d’immigration aux Juifs, mais précisé aussi que ce nombre ne saurait être dépassé.

Un navire chargé d’émigrants juifs arrive en Palestine

Le dilemme des Britanniques

Avec la fin des combats en Europe, les demandes de certificats s’accrurent dans des proportions considérables et l’on ne tarda pas à s’apercevoir que la limite prévue serait atteinte dès le début de l’automne 1945. A partir de ce moment, à moins d’un accord avec les Arabes, l’immigration juive serait stoppée net. Etant donné qu’il était à peine concevable que l’agrément officiel de ces derniers pût être obtenu, le mémorandum indiquait que les Britanniques allaient se trouver en face d’une décision difficile : leur faudrait-il s’en tenir à la position définie dans le Livre blanc et de ce fait arrêter pratiquement toute immigration juive en Palestine, ou définir une nouvelle politique provisoire aux termes de laquelle l’immigration continuerait au moins jusqu’à ce que le mandat sur la Palestine fût révisé et transféré aux Nations Unies ?

Le mémorandum ajoutait que les sionistes demandaient l’admission d’un million de Juifs dans ce pays aussi rapidement que possible.

Des juifs arrivés clandestinement dans le port de Haïfa, en juillet 1945

Recommandation du département d’Etat

Il concluait ainsi : « Aucun gouvernement ne devrait se faire l’avocat d’une politique d’immigration en masse, à moins qu’il soit disposé à prêter son concours pour rendre disponibles les forces de sécurité nécessaires, le tonnage, le logement, les garanties contre le chômage...

Etant donné ce qui précède, les Etats-Unis devraient s’abstenir d’appuyer une politique d’immigration massive en Palestine durant la période intermédiaire. Toutefois, ils pourraient donner leur soutien à une politique d’immigration qui, pendant cette même période, comporterait des restrictions quant au nombre et aux catégories, tout en tenant compte des considérations humanitaires, de la prospérité économique de la Palestine et de la situation politique régnant dans ce pays. En tant que puissance mandataire, il conviendrait que le gouvernement britannique acceptât la responsabilité de la politique et celle de sa mise en œuvre. »

Considération primordiale pour Truman

Toutefois, lorsque j’étudiais ces conclusions, il ne semblait pas qu’une telle attitude résoudrait le problème humain essentiel. Le sort des milliers de juifs en Europe -qui ne représentaient qu’une fraction des millions condamnés à mort par Hitler- était la considération primordiale. Parmi les masses énormes d’êtres déplacés par la guerre, ils avaient souffert plus et plus longtemps que n’importe quel autre groupe et pourtant leurs conditions de vie ne s’étaient pratiquement pas améliorées depuis la fin des hostilités.

Des juifs arrivés clandestinement dans le port de Haïfa, en juillet 1945

Le rapport Harrison

En juin 1945, j’avais envoyé en Europe Earl G. Harrison, doyen de la faculté de Droit à l’université de Pennsylvanie, avec mission d’étudier le sort des personnes déplacées déclarées « non rapatriables » et son rapport me fut soumis vers la fin du mois d’août.

Il indiquait que ces gens, dont un grand nombre étaient des juifs, vivaient toujours dans des camps, sans le moindre espoir pour leur avenir ; il soulignait également que très peu parmi eux désiraient retourner dans le pays dont ils étaient originaires : « Si l’on éprouve la moindre sympathie sincère pour ces survivants qui ont enduré tant de souffrances, un élargissement raisonnable, ou une modification du Livre blanc britannique de 1939 devrait être possible sans entraîner de répercussions par trop sérieuses, écrivait Harrison. Pour certains des juifs européens, il n’existe aucune autre solution d’avenir acceptable, ou même décente, si ce n’est la Palestine. Il s’agit là d’une considération purement humanitaire, sans rapport avec aucune tendance idéologique ou politique en ce qui concerne ce pays.

Je crois savoir de source sûre que les certificats d’immigration seront pratiquement épuisés à la fin de ce mois [août 1945]. Que sera l’avenir ? Pour quiconque a visité les camps de concentration et s’est entretenu avec leurs survivants sans espoir, il serait tout simplement calamiteux d’envisager une fermeture aussi rapide des portes de la Palestine. »

Earl Grant Harrison

Pétition de l’agence juive

L’agence juive a remis au gouvernement une pétition lui demandant de rendre disponibles 100000 certificats d’immigration supplémentaires et le mémorandum qui l’accompagnait exposait un ensemble d’arguments convaincants concernant la capacité d’absorption immédiate de la Palestine et la pénurie aiguë de main-d’œuvre qui y règne à l’heure actuelle.

Les opinions peuvent certes différer au sujet du nombre précis de certificats qui pourrait être jugé raisonnable dans les circonstances présentes, mais il n’y a pas de doute que cette requête, si elle était satisfaite, contribuerait grandement à la solution durable du problème de l’avenir pour les Juifs qui se trouvent encore en Allemagne et en Autriche, et même pour d’autres qui ne veulent ni rester sur place, ni retourner dans leur pays d’origine.

Rien n’est donc plus important par conséquent, au point de vue des juifs résidant en Allemagne, en Autriche, ou en d’autres lieux et qui ont connu les horreurs des camps de concentration, que le règlement de la question palestinienne. »

Message au général Eisenhower

Le rapport Harrison était un document émouvant et il n’était pas possible de laisser se prolonger les souffrances qu’il décrivait ; aussi envoyai-je un message au général Eisenhower pour lui demander de faire tout son possible afin d’améliorer les conditions de vie dans les camps.

Dwight Eisenhower

Lettre à Clement Attlee

J’écrivis également, le 31 août 1945, la lettre suivante à Attlee sur le problème palestinien : « Etant donné l’intérêt que prend tout naturellement mon gouvernement à l’état présent et au sort futur des personnes déplacées en Allemagne qui pourraient s’avérer être soit apatrides, soit non rapatriables, nous avons récemment envoyé Mr. Earl G. Harrison pour étudier la situation sur place.

Mr. Harrison qui a été commissaire des Etats-Unis à l’immigration et à la naturalisation, représente actuellement mon gouvernement à la commission intergouvernementale des réfugiés. Comme vous le savez, le Royaume-Uni et les Etats-Unis se sont activement intéressés aux travaux de cet organisme.

Des instructions avaient été données à Mr. Harrison pour qu’il étudie plus particulièrement les problèmes et les besoins des réfugiés juifs parmi les personnes déplacées.

Il s’est non seulement rendu dans la zone américaine en Allemagne, mais il a séjourné dans la zone britannique où il a été accueilli avec la plus parfaite courtoisie par le 21ème groupe d’armées.

Je viens de recevoir son rapport et, étant données nos conversations de Postdam, je suis persuadé que certains de ses passages vous intéresseront. Je vous en adresse donc ci-joint un exemplaire.

J’aimerais attirer votre attention sur les conclusions et recommandations figurant aux pages 8 et suivantes -plus particulièrement les allusions à la Palestine. Il appert que les certificats disponibles pour l’immigration dans ce pays dans ce pays seront épuisés d’ici peu et il est suggéré que l’attribution de 100000 autorisations de ce genre contribuerait grandement à la solution durable du problème de l’avenir pour les juifs qui se trouvent encore en Allemagne et en Autriche, ainsi que pour ceux qui ne désirent ni rester sur place ni, pour des raisons bien compréhensibles, retourner dans leur pays d’origine.

En me fondant sur ces informations et sur d’autres encore qui me sont parvenues, je partage l’opinion que rien au monde n’est plus important, pour ceux qui ont connu l’horreur des camps de concentration pendant plus de dix ans, que les possibilités futures d’immigration en Palestine. Malheureusement, le nombre des personnes qui désirent se rendre dans ce pays ou qui remplissent les conditions pour le faire n’est plus aussi considérable qu’il l’était avant que les nazis aient commencé leur programme d’extermination.

Ainsi que je vous l’ai dit à Postdam, l’opinion publique américaine dans son ensemble est profondément convaincue que l’immigration en Palestine ne devrait pas être arrêtée et qu’il conviendrait de permettre à un nombre raisonnable des juifs persécutés d’Europe de s’établir là-bas, conformément à leur désir.

Vous estimez vous aussi, je le sais, que l’avenir de la paix en Europe dépend de la mesure dans laquelle nous saurons trouver des solutions équitables aux problèmes auxquels se heurtent les groupes de personnes déplacées et autrefois persécutées. Les besoins de ces hommes, qui ont connu pendant tant d’années la torture et l’esclavage, ont droit à une priorité absolue dans nos préoccupations.

La solution essentielle semble devoir être recherchée dans l’évacuation rapide en Palestine d’un nombre aussi grand que possible des juifs non rapatriables qui désirent émigrer. Si l’on veut que cette mesure soit efficace, elle ne doit pas être différée. »

Comme le secrétaire Byrnes se disposait à partir pour Londres, où il devait assister à la conférence des ministres des Affaires étrangères, je le priai de remettre cette lettre à Attlee.

James Francis Byrnes

Réponse de Clement Attlee à la lettre de Truman

Dans sa réponse, le premier ministre assurait qu’en réalité les juifs n’utilisaient même pas tous les certificats qui étaient mis à leur disposition et que, de plus, ils exigeaient l’annulation pure et simple du Livre blanc, ainsi que l’octroi immédiat de 100000 certificats, sans égard aux effets qu’il pourrait avoir sur la situation au Moyen-Orient.

En outre, il niait, dans un second message, qu’il y eût jamais eu la moindre discrimination à l’égard des juifs dans les camps de personnes déplacées de la zone britannique et proposait que l’on fit usage des deux camps de Philippeville et de Fédala en Afrique du Nord, si des secours immédiats étaient nécessaires.

Mise en garde des Britanniques

Quant à la Palestine, le premier ministre déclarait que mon prédécesseur, moi-même et Mr. Churchill nous étions solennellement engagés à ce que les Arabes fussent consultés avant une décision définitive et il estimait qu’une autre manière de procéder, quelle qu’elle fût, « mettrait le feu à tout le Moyen-Orient ». Cependant, il m’assurait que le gouvernement britannique ferait le maximum d’efforts pour s’occuper du problème de l’admission en Palestine « dans l’intervalle », mais insistait pour que nous ne prenions aucune nouvelle initiative jusqu’à ce que les Nations Unies aient pu assumer la responsabilité de la situation.

Des Bédouins palestiniens

Publications

Le rapport Harrison fut publié dans le courant du mois de septembre 1945, avec une lettre que j’avais envoyée au général Eisenhower, pour lui demander de faire tout son possible afin d’améliorer les conditions de vie des personnes déplacées dans notre zone en Allemagne.

Les Britanniques en Palestine

Pendant ce temps, les Britanniques appliquaient leurs lois avec rigueur et réprimaient brutalement toutes les tentatives faites pour introduire en Palestine des immigrants non autorisés. Des hommes qui portaient encore les uniformes des camps de concentration furent refoulés alors qu’ils essayaient de débarquer sans certificat.

Divergence entre Truman et les sionistes

De leur côté, les sionistes s’occupaient activement à rendre mon objectif immédiat plus difficile à atteindre. En effet, ils ne se contentaient pas d’un assouplissement des lois d’immigration, ils voulaient que le gouvernement américain les aidât à établir un Etat juif en Palestine.

J’étais bien d’avis que les USA ne pouvaient rester indifférents, alors que les victimes de la folie raciale de Hitler se voyaient refuser la possibilité de refaire leur vie, mais par contre je ne voulais pas qu’une structure politique fût imposée au Proche-Orient dans des conditions qui eussent provoqué un conflit.

Cette affiche de l’organisation terroriste juive Irgoun revendique la Palestine et la Transjordanie

Une affaire du ressort de l’ONU

Ma conviction profonde, c’est que l’avenir de la Palestine était précisément le genre de problème pour lequel nous avions créé l’organisation des Nations Unies.

Cependant, il était évident que, dans l’immédiat, les juifs d’Europe avaient besoin d’une aide pour trouver un refuge où ils pussent vivre décemment.

Le département d’Etat continuait à se soucier plutôt de la réaction arabe que des souffrances des juifs. Vers le début d’octobre, le secrétaire Byrnes commença à me dire que nous devrions publier la lettre envoyée juste avant sa mort par le Président Roosevelt au roi Ibn Séoud, pensant ainsi indiquer clairement au public américain que nous ne donnerions pas notre caution au programme sioniste. En fait, il avait même préparé pour moi une déclaration qui eût réaffirmé la position de Roosevelt et il voulait que je la publie en même temps que la lettre de mon prédécesseur, datée du 5 avril 1945.

Je décidai qu’il ne serait pas mauvais, en effet, de faire comprendre à notre opinion publique que nous désirions continuer à entretenir des relations amicales avec les Arabes aussi bien qu’avec les juifs, aussi autorisai-je Byrnes à publier la lettre en question, mais comme émanant du département d’Etat et non pas de la Maison Blanche.

Toutefois, je ne jugeai pas opportun de prendre position par une déclaration publique sur une affaire qui était à mon avis du ressort de l’ONU.

Efforts britanniques

Un message d’Attlee, reçu le 5 octobre 1945, indiquait que les Britanniques faisaient des efforts sérieux pour trouver une solution au problème palestinien. Le premier ministre me faisait savoir que lui-même et son cabinet accordaient leur considération la plus attentive aux moyens d’aider les juifs en Europe et de résoudre la question de Palestine ; il signalait également que ces deux problèmes ne coïncidaient pas nécessairement et que l’un et l’autre étaient hérissés de difficultés.

Vue de Jérusalem en 1945

Proposition de commission d’enquête anglo-américaine

Puis, le 19 octobre 1945, les Britanniques proposèrent officiellement, au secrétaire d’Etat, la création d’une commission d’enquête anglo-américaine sur cette affaire.

Le document donnait une idée exacte des complications auxquelles nos alliés se heurtaient et du désir qu’ils avaient d’éviter toute décision immédiate ; il indiquait que le gouvernement de Londres jugeait particulièrement important « que les juifs pussent être mis en mesure de jouer un rôle actif dans la vie des pays d’où ils venaient, en union avec les autres nationaux de ces pays ».

Les Britanniques proposaient qu’une commission d’enquête mixte anglo-américaine fût nommée immédiatement et présidée à tour de rôle par les deux puissances, pour examiner la situation des juifs dans les régions d’Europe occupées par les Britanniques et les Américains ; pour évaluer le nombre des juifs qu’il s’avérait impossible de recaser dans leur pays d’origine ; pour examiner la possibilité d’améliorer la situation en Europe en facilitant l’immigration dans d’autres pays en dehors de ce continent ; enfin d’envisager tous les autres moyens possibles pour faire face aux nécessités immédiates.

Selon le plan britannique, la commission se rendrait d’abord dans les régions d’Europe occupées par les Britanniques et les Américains, pour étudier, sur place, la nature et l’ampleur du problème créé par la guerre ; cette besogne faite, elle tournerait son attention vers les pays qui seraient en mesure d’accepter ses membres. A la lumière des enquêtes de la commission, des recommandations seraient faites ensuite aux deux gouvernements pour les guider dans la façon de traiter le problème pendant la période intermédiaire, jusqu’à ce qu’une solution permanente pût être soumise aux Nations Unies.

La question de l’immigration juive en Palestine ne serait d’ailleurs que l’une de celles dont la commission aurait à connaître.

Pessimisme britannique

La note britannique continuait en indiquant qu’aux termes du mandat, le gouvernement de Londres était tenu de faciliter l’immigration juive et d’encourager l’établissement des juifs dans le pays, tout en garantissant les droits et la position des autres éléments de la population contre tout empiètement. Cette double obligation, à l’égard des juifs d’une part et des Arabes d’autre part, avait été la cause principale des troubles qui avaient agité la Palestine durant les vingt-six dernières années.

La note ajoutait que les Britanniques avaient fait tous leurs efforts pour mettre au point quelque arrangement qui eût permis aux Arabes et aux juifs de vivre en paix côte à côte, en coopérant à la prospérité du pays, mais que leurs tentatives avaient été vaines. Toute disposition jugée acceptable par l’une des parties était aussitôt rejetée par l’autre.

Puis la note poursuivait en ces termes : « Il faut admettre cette vérité d’expérience, c’est que les Arabes et les juifs n’ont aucun point commun. Leur religion et leur langue sont différentes ; leur culture et leur structure sociale, leur façon de penser et de se conduire, sont aussi difficiles à concilier que leurs aspirations nationales. Ce sont ces dernières qui constituent le plus grave obstacle à la paix. Les deux communautés affirment leurs droits sur la Palestine, l’une en se fondant sur un millénaire d’occupation, l’autre sur des associations historiques et des assurances données pendant la première guerre mondiale. L’opposition est donc totale... »

Les Britanniques proposaient qu’au cours de ces travaux la commission se livrât à une enquête sur place pour étudier les conditions politiques, économiques et agricoles qui étaient invoquées à l’époque pour restreindre l’immigration dans le pays.

Vue de la synagogue Hurva, à Jérusalem, en 1945

Trois étapes

Ils envisageaient de traiter le problème en trois étapes : tout d’abord ils consulteraient les Arabes en vue de conclure un arrangement qui garantirait que, jusqu’à nouvel ordre, il n’y aurait pas d’interruption dans l’immigration juive qui serait maintenue au taux mensuel alors en vigueur.

Ensuite, ils étudieraient avec les parties intéressées la possibilité de prendre d’autres dispositions temporaires permettant d’attendre qu’une solution définitive soit trouvée.

Troisièmement, ils prépareraient une solution de cet ordre pour la soumettre aux Nations Unies.

Ligne de conduite britannique

Toutefois, le gouvernement britannique avait décidé que, dans l’immédiat, la seule ligne de conduite possible était de maintenir les arrangements actuels pour l’immigration.

Ils craignaient, disaient-ils, « non seulement que toute modification brutale décidée malgré l’opposition arabe fournisse un prétexte pour accuser le gouvernement de Sa Majesté de manquer à sa parole, mais qu’elle provoque dans tout le Moyen-Orient des désordres graves qui obligeraient à engager de nombreuses troupes et causeraient de vives inquiétudes aux Indes ».

Le mur des lamentations, à Jérusalem

Truman refuse une tactique dilatoire

Je chargeai le secrétaire Byrnes de préparer une réponse indiquant que nous étions disposés à prendre part à l’enquête proposée, mais que nous entendions consacrer tous nos efforts à l’obtention de résultats rapides.

De plus, je suggérai qu’à mon avis la Palestine devrait être le centre de toute l’enquête et non pas seulement l’un des points entre lesquels elle se disperserait.

Je tenais à ce qu’il fût établi clairement que je n’abandonnais rien de la position prise dans ma lettre du 31 août 1945 à Attlee : je ne voulais pas que les Etats-Unis donnassent leur caution à la moindre tactique dilatoire.

Les Britanniques ne furent pas extrêmement satisfaits de notre réaction et Bevin écrivit à Byrnes pour insister sur la nécessité d’étendre l’enquête à des pays autres que la Palestine et qui pourraient éventuellement accueillir des Juifs européens. Toutefois, nous maintînmes notre point de vue, de peur que l’enquête n’eût pour résultat de faire traîner les choses interminablement en longueur et, lorsque la réunion prévue eut lieu, ce fut notre façon de voir qui prévalut.

Ernest Bevin

Une dépêche du Comité d’urgence sioniste américain

Le bruit de cet échange de messages entre Washington et Londres, concernant un projet d’enquête anglo-américaine sur le problème des juifs européens sans asile, ne tarda pas à se répandre dans le public.

Le 30 octobre 1945, je reçus de porte-parole sionistes cette dépêche dont je reproduis quelques extraits : « (...) Nous apprenons par la presse qu’une proposition est actuellement à l’étude devant les gouvernements de Grande-Bretagne et des Etats-Unis, en vue d’établir une commission mixte qui étudiera, une fois de plus, la situation des juifs en Europe et leurs besoins dans le domaine de l’immigration ; à en croire le rapport Harrison, il s’agit encore de préciser le nombre de ceux qui veulent partir pour la Palestine et de ceux qui pourront être placés ailleurs...

Ce qui est nécessaire, c’est une politique cohérente et non pas une nouvelle enquête. Forts d’une amère expérience longue de bien des années, nous osons affirmer que la nomination de la commission envisagée ne fera pas avancer la solution du problème d’un pas. Au contraire, elle compliquera encore la situation, provoquera des retards interminables et ajoutera à une confusion déjà inextricable.

Au cours des sept dernières années, trois grandes conférences et commissions intergouvernementales, sans compter notre propre bureau des réfugiés de guerre, nommé en 1944 et déjà dissous, se sont efforcés de régler la question des réfugiés juifs et de leur immigration. Il s’agit de la conférence internationale sur les réfugiés convoquée par le Président Roosevelt à Evian en 1937, de la commission intergouvernementale sur les réfugiés nommée à la suite de cette conférence et de la conférence des Bermudes sur les réfugiés, qui s’est réunie en 1943.

Chacune de ces tentatives s’est terminée par un échec lamentable qui provenait du fait qu’il était invariablement posé en principe que les portes de la Palestine, illégalement fermées à l’immigration juive par le gouvernement britannique aux termes de son Livre blanc publié en 1939, devaient rester fermées.

L’attention était concentrée sur la possibilité de diriger une immigration vers d’autres pays, mais en réalité aucun d’entre eux n’était désireux d’accepter des réfugiés juifs en nombres importants. Par contre, si les portes de la Palestine avaient été maintenues ouvertes, des centaines de milliers de juifs, morts aujourd’hui, seraient encore en vie.

Nous vous supplions de ne plus donner votre sanction à de nouvelles commissions et enquêtes qui ne peuvent que constater des faits déjà bien connus, au prix de nouvelles pertes en vies humaines et d’une prolongation de la souffrance des hommes.

Ce qui est nécessaire et urgent, ce ne sont pas d’autres commissions itinérantes, ou d’autres enquêtes dévoreuses de temps, mais des mesures concrètes immédiates, conformes à une politique depuis longtemps établie et clairement définie par des accords internationaux valides...

Nous vous indiquons donc respectueusement que ces mesures immédiates sont les suivantes :

1 -L’admission sans délai de 100000 juifs en Palestine, comme vous-même, Monsieur le Président, l’avez demandé. Il s’agit là d’une nécessité urgente qui pourrait et devrait être satisfaite sans affecter « la situation de base »...

2 -L’abandon ou l’annulation immédiate par le gouvernement britannique du Livre blanc de 1939, dont la promulgation a été un acte unilatéral, fait en violation du mandat, au mépris de l’opinion expressément formulée par la commission permanente des mandats de la Société des Nations et sans l’approbation des Etats-Unis. Son annulation est une responsabilité qui revient au seul gouvernement britannique.

3 -Une déclaration commune par les gouvernements britannique et américain, pour faire connaître leur intention d’appuyer et de poursuivre une politique palestinienne en harmonie avec l’objectif primitif et les intentions profondes de la déclaration Balfour et du mandat sur la Palestine.

4 -Comme suite à une telle déclaration, il serait extrêmement utile de constituer une commission mixte pour étudier les voies et moyens par lesquels ces deux pays pourraient coopérer à la mise en œuvre de la politique annoncée, compte tenu de leurs intérêts et responsabilités respectifs.

Nous espérons également que les Etats-Unis jugeront possible de collaborer à des plans économiques, dans la mesure où ceux-ci seraient profitables non pas seulement au peuple de Palestine et à l’avenir de l’établissement des juifs dans ce pays, mais aussi aux populations de tout le Moyen-Orient dont les pays sous sous-développés et ravagés par la pauvreté.

En conclusion, nous voudrions souligner, aussi fortement que nous le pouvons, les dangers de tout nouveau délai et de toute fuite devant le problème central, inéluctable, nous voulons dire l’exécution des engagements internationaux pris à l’égard du peuple juif en raison des liens historiques qui les unissent à la Palestine ; engagements qui garantissent que leur établissement dans ce pays et la reconstitution de leur foyer national seraient facilités. Il est évident que des commissions ne sauraient tenir lieu d’une action dont le sens est clairement indiqué.

Nous faisons à nouveau appel à votre gouvernement pour qu’il fasse intervenir toute son influence morale et politique, afin que la justice et l’humanité puissent triompher.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération.

Stephen S. WISE

Abba HILLEL SILVER

Co-présidents

Comité d’urgence sioniste américain »

Des vendeurs de rue à Jérusalem

Que faire des rescapés juifs des camps nazis ?

L’un de nos principaux problèmes, c’est que la Palestine n’était pas à nous et que nous ne pouvions pas en disposer. Elle avait été légalement confiée aux Britanniques par la Société des Nations (à qui elle n’appartenait pas non plus) et ces derniers étaient en somme ses possesseurs de fait.

Dans mon esprit, les buts des sionistes qui visaient à établir un Etat juif étaient d’une importance secondaire à ce stade, comparés au problème immédiat qui consistait à trouver le moyen de soulager les souffrances des personnes déplacées.

Accord entre les Britanniques et les Américains

Etant données les difficultés qu’éprouvaient les diplomates à se mettre d’accord sur le rayon d’action et les buts de la commission d’enquête proposée, cette affaire ne fut pas reprise jusqu’à la venue d’Attlee à Washington, vers la mi-novembre.

De ces conversations avec lui devaient naître une entente au sujet de la Palestine. Les Britanniques, constatant que je refusais de modifier mon premier point de vue, acceptèrent pour la commission d’enquête le champ d’activité que le département d’Etat avait prévu.

Je fus en mesure d’annoncer l’accord le 13 novembre et je publiais à la même date le texte de la lettre que j’avais envoyée, le 31 août 1945, à Attlee pour lui demander de laisser entrer 100000 juifs en Palestine.

La commission d’enquête anglo-américaine

Le 10 décembre 1945, j’annonçai les noms des membres américains de cette commission mixte : le juge Joseph C. Hutcheson, juge fédéral hautement estimé du Texas qui devait présider l’organisme lorsque ce serait à l’Amérique de le faire ; le Dr Frank Aydelotte, ancien résident de Swarthmore College, puis directeur de l’institut des hautes études à Princeton ; Frank W. Buxton, rédacteur en chef du Boston Herald ; William Philipps, vétéran de nos services diplomatiques ; James G. McDonald, ancien haut commissaire de la Société des Nations pour les réfugiés et O. Max Gardner, ancien gouverneur de la Caroline du Nord. Ce dernier n’ayant pu accepter le poste, je nommai à sa place Bartley C. Crum, avoué californien.

La commission commença ses travaux par l’audition de personnalités importantes à Washington, le 4 janvier 1946, puis se rendit en Europe et dans le Proche-Orient pour étudier la situation sur place ; son rapport me fut soumis, le 22 avril 1946, par le juge Hutcheson, président américain.

Le rapport Hutcheson

Elle recommandait à l’unanimité que 100000 certificats soient accordés pour l’immigration en Palestine et que le mouvement soit poussé avec la plus grande rapidité possible.

Quant à la Palestine même, la commission insistait sur la nécessité d’en faire un pays où ni les Juifs, ni les Arabes ne domineraient et suggérait l’adoption de ces trois principes :

1 -Que les juifs ne dominent pas les Arabes, ni les Arabes les juifs en Palestine.

2 -Que la Palestine ne soit ni un Etat juif, ni un Etat arabe.

3 -Que la forme de gouvernement à établir par la suite protège et préserve intégralement, sous garanties internationales, les intérêts dans la Terre sainte de la chrétienté, ainsi que des religions musulmane et juive.

Toutefois, la commission concluait que les relations entre juifs et Arabes étaient si tendues que toute tentative pour établir l’indépendance, ou proclamer l’accession au rang de nation ne pourrait que provoquer une guerre civile ; pour cette raison, elle recommandait donc que la formule du mandat soit continuée, qu’il y ait par la suite un accord conclu avec les Nations Unies pour l’établissement d’un trusteeship et que les modalités de cet arrangement visent avant tout à rapprocher Arabes et juifs.

Les recommandations comportaient également une proposition tendant à rendre possible l’immigration juive sans entraves, ainsi que l’abrogation ou la modification des lois agraires qui protégeaient les Arabes sans donner les mêmes garanties aux juifs.

Ce rapport était très soigneusement conçu et fort complet ; le juge Hutcheson et ses collègues avaient fait un beau travail, impartial, consciencieux et j’avais l’impression que la voie qu’il indiquait était la bonne.

Le 30 avril 1946, je publiai donc une déclaration exprimant mon accord avec l’essentiel de leurs propositions. Toutefois, il restait encore à persuader les Britanniques de mettre ce plan à exécution.

Vue de Jérusalem

(Suite dans Le partage de la Palestine et la création d’Israël (2ème partie)

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